L'artiste Geneviève Lebel a utilisé des partitions de musique, des recettes des Augustines et autres pour fabriquer les nombreuses fleurs de l'exposition. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

L’artiste visuelle Geneviève Lebel est allée à la rencontre des amateurs d’art les 25 et 26 septembre derniers lors des Journées de la culture dans le cadre de son exposition La chambre intérieure du Monastère des Augustines. « C’est un échange qui va au-delà de notre bagage, croit cette dernière. Qu’on soit croyant ou non, il y a ça dans l’art ». 

Geneviève Lebel, enseignante et coordonnatrice du programme d’arts visuels au Cégep de Drummondville, a profité de l’achalandage lors des Journées de la culture pour expliquer sa démarche artistique au public. « C’est vraiment de voir si les gens sont touchés, s’ils ont une curiosité par rapport à certains objets », raconte l’artiste.

La chambre intérieure est une première pour le Monastère des Augustines, alors que les religieuses n’avaient jamais ouvert les portes de leur réserve muséale à une artiste contemporaine jusqu’ici.

Le cœur au centre de la démarche

La Chambre intérieure rassemble des œuvres créés à partir d’objets d’archives du Monastère des Augustines. Les responsables du Monastère désiraient mettre en valeur les objets de leur collection par le biais d’une exposition centrée sur le thème du cœur. «[Le cœur] a une représentation très importante pour les Augustines, explique Lisa-Marie Perreault, responsable du Musée du Monastère. Premièrement, ça fait référence au sacré cœur de Jésus, mais également au cœur enflammé de Saint-Augustin ». Les Augustines tiennent leur nom de ce saint qui influence également leur spiritualité.

L’idée de la chambre est née de la vocation d’hébergement du Monastère et du thème central de l’exposition, le cœur. « C’est une métaphore de notre intériorité et du retour à notre cœur », précise Geneviève Lebel, entourée de ses œuvres. L’artiste affectionne particulièrement ce thème du retour au cœur. « J’avais pu déjà le travailler dans ma pratique de manière plus anatomique », souligne-t-elle.

Les amateurs d’art peuvent visiter deux pièces lors de l’exposition, La chambre de jour et La chambre de nuit. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

Avant le début de l’exposition, qui a ouvert ses portes le 22 mai dernier, les religieuses ont pu visiter La chambre intérieure. « Elles ont été extrêmement touchées par la sensibilité de l’artiste, de la façon qu’elle a représenté leur histoire », se souvient madame Perreault. L’utilisation d’objets de tous les jours comme des crochets de dentisterie ou des emporte-pièces de gâteaux a permis de saisir tous les aspects de la vie de ces femmes. On remarque aussi la présence de fleurs vieilles de 300 ans exposées sous des cloches de verre lors de la visite. Pour pouvoir manipuler des objets aussi anciens, l’artiste a reçu l’aide des archivistes du Monastère.

On peut voir les crochets de dentisterie qu’utilisaient les Augustines entourant un cœur dans le cercle droit. Lors de l’exposition, on entend le chant des Augustines qui résonne dans le Monastère par moments, un rappel de leur présence. (Crédit photo : Sarah Rodrigue)

La création des centaines de pièces et l’assemblage des objets de La chambre intérieure ont nécessité environ sept mois de travail, explique l’artiste. La conception de l’exposition a fait ses premiers pas en octobre 2020. « J’ai fait la visite de la collection permanente, de la réserve, des archives et j’ai dressé une liste d’objets dont j’aurais besoin pour l’exposition », explique Geneviève Lebel.

Réorienter la mission des Augustines

« Avec l’exposition, on voulait sortir des sentiers battus, essayer quelque chose de nouveau », Lisa-Marie Perreault.

L’exposition de Geneviève Lebel s’inscrit dans le cadre du changement de vocation que s’est donné le Monastère des Augustines il y a quelques années, mais aussi avec la place que la congrégation occupe dans le domaine de la santé depuis ses débuts. Les Augustines ont créé la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines qui gère le Monastère depuis 2009 et qui a donné naissance à un musée dans l’établissement historique, mais aussi d’un hôtel et d’un restaurant afin de sauvegarder le patrimoine des Augustines.

Le cœur de la santé au Québec

Les Augustines étaient des hospitalières, des « religieuses qui travaillent dans le secteur de la santé et qui occupent toutes sortes de fonctions », précise Aline Charles, professeure d’histoire au Département des sciences historiques de l’Université Laval. Elles occupaient des postes de cuisinières, de comptables, d’infirmières, d’archivistes et autres dans leurs hôpitaux. Certaines de ces femmes étaient également des apothicairesses, des pharmaciennes qui soignaient grâce aux plantes. « C’étaient des religieuses assez importantes, parce qu’elles avaient l’expertise », raconte Aline Charles.

Toutefois, le recrutement chez les Augustines est en chute libre depuis les années 1940-1950. Il reste moins d’une dizaine d’Augustines au Monastère et la moyenne d’âge dépasse 80 ans. Les trois premières Augustines arrivées de France en 1639 ont fondé le premier hôpital en Amérique au nord du Mexique, l’Hôtel-Dieu de Québec. Par la suite, elles seront à l’origine de la création de 12 hôpitaux au fil des siècles. « Elles sont l’épicentre de la santé au Québec », souligne madame Perreault. Une seule Augustine travaille encore à l’Hôtel-Dieu à l’heure actuelle. Les religieuses ont perdu le contrôle des hôpitaux du Québec lors des réformes laïques des années 1960, à l’issue de la révolution tranquille.

Le Monastère des Augustines, qui s’est ouvert aux citoyens en 2015, offre également des séjours de détente et de ressourcement. Il peut accueillir des travailleurs du milieu de la santé, des services sociaux et de l’éducation. Depuis la pandémie, la demande pour ces services « a énormément augmenté », constate Lisa-Marie Perreault.

Ce n’est pas un hasard si les religieuses ont transféré leur patrimoine à une fiducie. Celle-ci devra protéger l’héritage des Augustines pour les années à venir. « On n’est pas à l’étape ultime, mais presque, souligne la professeure Aline Charles. On parle du Monastère des Augustines, mais elles ne le gèrent plus »