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Films internationaux tournés à Québec : l’expertise québécoise attire

5 avril 2017 - 12:11

Les éclairagistes utilisent plusieurs plusieurs rouleaux de ruban adhésif de couleurs différentes afin de leur faciliter la tâche. (Crédit photo : Samuel Lessard)


Samuel LESSARD, Andree-ann Simard

Le Québec et plus particulièrement la ville de Québec, sont des lieux de tournage prisés par les producteurs internationaux, autant pour les séries télévisuelles que pour les longs métrages. Selon Alain Rondeau, délégué à l’accueil des projets à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), autant les possibilités offertes par le paysage et l’architecture que l’expertise québécoise en matière de productions visuelles permettent au Québec de s’illustrer auprès des producteurs internationaux.

M. Rondeau oeuvre au sein de la direction générale du cinéma et de la production télévisuelle à la SODEC. Pour lui, il y a plusieurs raisons pour lesquelles les producteurs mondiaux viennent au Québec.

Une bonne réputation

En ce qui a trait aux compétences requises sur un plateau de tournage, Daniel Dallaire en sait quelque chose. Il est chef éclairagiste et travaille dans le domaine des productions cinématographiques et télévisuelles depuis plus de 10 ans. Monsieur Dallaire a travaillé sur plusieurs productions internationales, tournées partiellement au Québec, telles que The Day After Tomorrow, Gothika, Confession of a Dangerous Mind, Rollerball et Catch Me If You Can. Il a aussi collaboré à de nombreuses productions québécoises, dont, notamment, Tout sur moi, Un sur deux, C.A., Au secours de Béatrice, Ceci n’est pas un polar, C.R.A.Z.Y, Meetings with a Young Poet, le Cyclotron et Plan B, une série de Louis Morrissette prochainement diffusée sur Séries+.

Après avoir travaillé sur plusieurs tournages américains et français au Québec, il constate que les techniciens québécois ont une bonne réputation. Pour lui, les raisons de ce succès sont claires:

Diversité de paysages

Le Québec offre aussi une grande diversité de paysages et d’éléments architecturaux. Selon Daniel Dallaire, les producteurs mondiaux, mais à plus forte raison les producteurs américains, apprécient cette versatilité. Ainsi, il est possible de recréer ici même une ville ou une ambiance qui se trouve réellement à des milliers de kilomètres.

Tel qu’évoqué par M. Dallaire, cette scène du film « Catch me if you can » de Steven Spielberg (version française : Attrape-moi si tu peux) a été tournée à Québec, plus précisément à Place Royale.

Légende : À gauche, on voit le décor tel qu’il est présenté dans la scène finale du film Catch me if you can. À droite, on peut voir Place Royale telle qu’elle est aujourd’hui (Crédit photo : Samuel Lessard).

On a légèrement camouflé le décor original pour prétendre qu’il s’agit du plutôt de l’ancienne commune française de Montrichard située dans la province de Touraine, dans laquelle Frank Abagnale Jr (Leonardo DiCaprio) se réfugie.

Sophie Roy est conseillère au cinéma et à la télévision au Bureau du cinéma et de télévision de la Ville de Québec. Elle mentionne qu’en plus de la compétence des techniciens québécois, la variété de décors disponibles représente un attrait. Selon elle, les producteurs étrangers peuvent retrouver des lieux urbains modernes ou européens qui se retrouvent à proximité de lieux naturels grandioses. À titre d’exemple, Mme Roy évoque la série télévisuelle sud-coréenne Dokkaebi, dont 60 minutes de contenu ont été tournés à Québec. Elle soutient que les producteurs coréens ont été charmés par la ville de Québec mais également par les espaces naturels avoisinants, notamment par les paysages de la Côte-de-Beaupré et de la région de Charlevoix. Des professionnels québécois du cinéma ont été mis à contribution lors de ce tournage d’une durée de deux semaines.

Sur le plan financier, Mme Roy ajoute que cette proximité entre les lieux urbains et la nature est également un avantage. Ceci permettrait aux producteurs de réaliser des économies notables, notamment en réduisant les coûts reliés au transport de l’équipement et du personnel.

Des budgets décuplés

Pour Daniel Dallaire, la différence majeure entre un tournage international qui débarque au Québec et une production québécoise, c’est certainement le budget.

Pour l’éclairagiste, les productions internationales, ce « n’est pas plus stressant » que de travailler sur un film québécois. Au contraire, un film québécois peut être plus « énervant » puisque l’équipe doit composer avec un budget beaucoup plus limité. « Il faut être plus imaginatif un peu quand on fait du cinéma québécois, plus débrouillard » souligne-t-il.

Cependant, une production internationale peut générer un plus haut niveau de stress pour les directeurs de département, comme par exemple le directeur photo, puisque lorsque que « l’enjeu est plus gros, la responsabilité devient plus importante ».

Des incitatifs fiscaux alléchants

Hormis la « diversité formidable des décors » et la main-d’œuvre appréciée des producteurs internationaux, le membre de la direction générale de la SODEC, Alain Rondeau, explique que les productions étrangères bénéficient de crédits d’impôts octroyés par le gouvernement du Québec :

Selon le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, le gouvernement du Québec offre des avantages fiscaux « parmi les meilleurs en Amérique du Nord » pour les productions cinématographiques et télévisuelles étrangères.  En fait, ces productions bénéficient d’une remise de 20 % en espèces de toutes les dépenses liées à leur production qu’ils ont encourues en sol québécois. Les producteurs peuvent aussi percevoir un boni de 16 % des dépenses pour la main-d’œuvre nécessaire à la réalisation d’effets visuels et d’animations informatiques et de scènes tournées devant un écran chromatique. Cette mesure a pour but d’appuyer le développement technologique de l’industrie québécoise.

Au total, c’est plus de 38.4 % de leurs dépenses que les producteurs étrangers peuvent se voir remboursées en retour de taxes. De plus, la ville de Québec, pour inciter les productions cinématographiques à venir tourner sur son territoire, offre un rabais de 30 % sur les coûts de ses services municipaux.

La volonté du gouvernement d’attirer des productions étrangères par de tels avantages fiscaux s’explique par le fait que ces productions rapportent beaucoup d’argent au Québec, comme l’explique Alain Rondeau :

De son côté, la Ville de Québec, par le Bureau du cinéma et de télévision, souhaite favoriser la venue de productions cinématographiques et télévisuelles dans la ville parce qu’il s’agit d’une excellente carte de visite pour exposer les attraits touristiques de la Capitale-Nationale. Sophie Roy affirme d’ailleurs que l’Office du tourisme de Québec, suite à la diffusion de l’émission sud-coréenne tournée à Québec, a enregistré une hausse dans les demandes d’informations provenant de Sud-Coréens qui envisageraient de venir visiter Québec.