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D’où vient la popularité des films de superhéros?

24 juin 2019 - 09:00

Il n'est pas rare de voir plusieurs films de superhéros à l'affiche en même temps dans les salles de cinéma. Crédit photo : Louis-Philippe Samson


Louis-Philippe Samson

Les cinémas sont pris d’assaut chaque année par de nombreux amateurs de films de superhéros. Avec la sortie du film Avengers : Phase finale, les salles de cinéma s’étaient préparées à recevoir beaucoup de clients alors que le long métrage bat des records au box-office. Cependant, pour quelles raisons les cinéphiles ont-ils un si grand intérêt pour ce genre de film? La question a été posée à des amateurs et un gestionnaire de salles de cinéma afin d’avoir leur point de vue sur le sujet.

Pour Sylvain Gilbert, président du groupe Ciné-détente, qui gère les cinémas Lido et des Chutes à Lévis, la popularité peut s’expliquer par plusieurs raisons. Les effets spéciaux, comme les personnages ou encore les histoires peuvent tous être des facteurs qui expliquent leur popularité, selon lui.

Dans l’extrait suivant, M. Gilbert explique les perceptions qu’a la direction d’une salle de cinéma des films de superhéros et comment ils peuvent affecter sa gestion.

 

 

Puisque le public des films de superhéros est souvent plus nombreux, M. Gilbert a expliqué que ces films avaient plus de chance de se retrouver dans la salle « Deluxe » de ses salles de cinéma lors de leur première semaine à l’affiche. Même que dans certains cas, ils peuvent y étirer leur séjour si la demande est présente.

Jean Mercier, professeur au département de science politique de l’Université Laval, croit que l’émotion est au cœur de l’explication de la popularité de ces films. « Dans ce type de film, on doit fabriquer de l’émotion, et de l’émotion facilement partagée par tous, ce qui nécessite de la simplifier. C’est une question comme de venger son père ou de résister à un envahisseur », a fait savoir M. Mercier dans un échange de courriel.

Combiner les genres

Nicolas Arsenault a découvert le style cinématographique en 2008 avec la sortie en salle du premier film Iron Man, qui lançait par le fait même l’univers cinématographique Marvel (UCM). « Je ne connaissais pas ça avant qu’Iron Man sorte au cinéma. Je suis tombé avec l’aspect humoristique et action des films d’Iron Man. Par la suite, Marvel a sorti d’autres films qui regroupaient tous ces aspects-là, alors je suis retourné les voir et je suis embarqué dans l’univers », a expliqué M. Arsenault, qui exerce l’emploi d’éducateur.

De son côté, Camille Bergeron a eu la piqûre des films de superhéros lorsque la première adaptation cinématographique du personnage de Spider-Man a pris l’affiche en 2002. « C’est un peu la curiosité veux, veux pas, qui m’a amenée vers ces films-là. C’est fou d’imaginer qu’il y aurait des gens quelque part avec des superpouvoirs qui pourraient sauver le monde. Je n’aime pas les films d’apocalypse de zombies, mais les superhéros, je crois à ça. Ça me fait me poser plein de questions philosophiques. Ça fait rêver », a imagé la jeune femme de 21 ans.

Les deux amateurs interrogés ont leur opinion sur ce qui démarque le genre des superhéros des autres genres cinématographiques. « D’abord, c’est de la science-fiction, fantastique. On sort de l’ordinaire, de ce qu’on vit tous les jours. C’est surréaliste et, en partant, ça vient déjà me chercher personnellement. On n’a pas besoin de voir la vie quotidienne à travers des films, on la vit déjà. Avec ces films, on se retrouve dans un monde hors normes. On a tous, à l’intérieur, un côté où on aimerait être un superhéros et aider plein de monde », a renchéri Nicolas Arsenault.

Selon Mme Bergeron, les scénarios de ces films ont tous une structure semblable qui fait leur succès. « Les films de superhéros ont souvent le même “patern”. C’est le bien contre le mal avec le héros au bout du compte qui sauve la situation. C’est pour ça que j’ai hâte de voir la suite des Avengers. Ça ne peut pas mal finir comme le dernier a fini. C’est toujours une fin heureuse, le bon qui l’emporte sur le méchant. Il y a aussi une histoire d’amour qui se fait en parallèle qui permet de rejoindre différents publics autant garçons que filles. C’est un bon divertissement. La touche d’humour ajoutée à ces films est assez importante », a ajouté Camille, qui est aussi animatrice radio à Québec.

Des salles comme celle-ci sont bondées les soirs de premières de films de superhéros.
Crédit photo : Derks24, Pixabay

Un vaste public

Nicolas s’explique leur popularité auprès du grand public surtout par les histoires et les possibilités qu’offre le cinéma d’aujourd’hui. « Premièrement, ils ont une origine qui date de très longtemps. Des personnes plus âgées s’y retrouvent parce qu’ils ont lu les BD. Déjà là, on vient d’accrocher une partie du public. Les plus jeunes peuvent être accrochés, aussi à cause des bandes dessinées, mais au-delà de ça, le potentiel du cinéma avec les scénarios et tout ce qui peut être fait avec les caméras et les effets spéciaux. En ajoutant à ça l’humour, on ne se retrouve pas avec quelque chose qui est toujours noir. En plus, les personnages sont attachants », a dit Nicolas Arsenault.

En un an, une salle de cinéma pourrait présenter jusqu’à cinq films de superhéros différents.
Crédit photo : Louis-Philippe Samson

Camille Bergeron croit plutôt que l’aspect d’inclusion et de diversité que les films tentent de montrer est un facteur de popularité à prendre en compte. « On inclut de plus en plus la diversité culturelle. Il y a de plus en plus de superhéroïnes mises à l’avant-plan. Le film Panthère noire a mis de l’avant une société africaine. On touche un peu tout le monde de cette façon. Autant les enfants que les adultes peuvent se sentir interpellés », a pesé Camille Bergeron.

Aux cinémas Lido et des Chutes, Sylvain Gilbert constate que le public des films de superhéros est peu homogène. « Ça va de 10 ans à 50 ans et plus. C’est très large comme public », a commenté M. Gilbert.

Des chiffres à l’appui

En analysant les profits récoltés par les films Marvel, il est possible de remarquer, qu’en moyenne, chaque film a encaissé un montant qui équivalant à quatre fois et demie (4,58) le budget consacré à sa réalisation. Dans les cinq univers de superhéros recensés, soit l’UCM, DC, X-Men, Spider-Man (2002-2007) et Le Chevalier noir (Batman), c’est en moyenne quatre fois et un tiers (4,36) le montant du budget qui est récolté aux guichets.

*Glissez votre curseur sur les tableaux pour plus d’informations.

Au total des profits engendrés par la franchise, Marvel se classe bonne première avec ses 18,6 milliards $ au box-office. Cependant, avec 22 films à son actif et un 23e en salle, l’UCM compte deux fois plus de titres que la deuxième franchise la plus nombreuse, soit les X-Men, également issus des BD Marvel. Le total de l’UCM dépasse aussi la somme des profits des deuxième et troisième positions, qui sont les films des univers d’Harry Potter et de Star Wars, qui ont ensemble 20 films.

Pour remettre le tout en perspective, le ratio des revenus obtenus par rapport au budget modifie cet ordre alors que les films Star Wars prennent les devants avec une moyenne de 16 fois (16,09) le montant du budget récolté à la billetterie. Les univers d’Indiana Jones (11,84), de Jurassic Park (9,52), du Seigneur des anneaux (7,48) et d’Harry Potter (6,36) se démarquent du reste du lot. Cependant, ce ratio a été calculé avec les dollars courants au moment de la sortie en salle de ces films. Aucune conversion vers un montant prenant en compte l’inflation n’a été faite dans ce processus. Avec cette méthode de calcul, on remarque que les films de superhéros se classent surtout dans la deuxième moitié du classement.

Ces chiffres permettent de constater que les films de superhéros sont un genre qui attire les foules dans les cinémas. Cependant, ils montrent également qu’ils ne sont pas seuls au sommet. D’autres genres, comme le fantastique et la science-fiction, attirent aussi leur part d’amateurs.