Dans le cadre des « Vendredis de poésie », poètes ou simples amateurs défilent chaque mois sur la scène de la Maison de la littérature de Québec. (Crédit photo : Corentin Mittet-Magnan)

À la Maison de la littérature de Québec, amoureux de la poésie ou simples curieux se sont réunis le 11 février pour assister au « Vendredi de poésie ». Cette soirée, organisée par le Tremplin d’actualisation de poésie, était animée de façon simple mais spontanée, parfois drolatique et souvent inattendue. Pour l’une des invitées, la poète québécoise Nathalie Nadeau, et un des participants, Pier-Olivier Bilodeau, jeune étudiant en philosophie, la poésie permet de s’exprimer pour s’apaiser.

« Il n’y a pas d’autre demain que celui d’hier », s’élance Nathalie Nadeau, poète québécoise, acclamée par les applaudissements. Tournée vers le micro, feuilles entre les mains, elle prend une grande inspiration et s’exclame : « L’avenir est une publicité trompeuse ». Le 11 février, au cours de la soirée « Vendredi de poésie » à la Maison de la littérature de Québec, le poème qu’elle déclame évoque la monotonie du travail de bureau. La femme de 47 ans écrit depuis très longtemps. Mais tout s’est accéléré il y a cinq ans lorsqu’elle a sorti son premier recueil « Ponctuation autour d’une robe ».

« Nous existons en miettes, passons le balai pour se faire un tas de soi. Nous suspendons nos peaux à la corde à linge, respirons comme on attend la noyade », poursuit, sur la scène, Nathalie Nadeau qui lit un extrait de son futur recueil. Elle aime la poésie parce qu’elle estime que les personnes littéraires sont celles qui, avec le moins de mots, « peuvent aller le plus loin en termes de profondeur ». La poésie l’apaise et la ressource.

« Quand on écrit ou qu’on lit de la poésie, c’est comme si on trouvait des dimensions cachées aux choses, aux êtres, à ce qui nous entoure », raisonne-t-elle. La poète québécoise puise son inspiration « un peu partout ». Elle s’inspire de tout ce qui l’entoure, parfois de son expérience personnelle, parfois des autres. Parce qu’elle venait d’accoucher de sa deuxième fille, son premier recueil traite principalement de la maternité. Après cela, elle s’est beaucoup intéressée à l’amour chez les couples célèbres. « J’ai commencé à faire des recherches sur les personnages et à me mettre dans leur peau pour écrire à d’autres « nous », à d’autres « je » et à d’autres « tu » », ajoute-t-elle.

Rendre la poésie accessible

Nathalie Nadeau affirme que les événements tels que les « Vendredis de la poésie », qui ont lieu chaque mois à la Maison de la littérature, démocratisent la poésie et la rendent davantage accessible. Parce que, selon elle, cet art est aussi fait pour être écouté et pas simplement pour être lu. « C’est la deuxième fois que je viens en tant qu’invitée. Avant ça, j’avais fait un micro-ouvert il y a quelques années », raconte la poète.

Le micro-ouvert, c’est l’exercice auquel a décidé de se prêter Pier-Olivier Bilodeau, étudiant en philosophie. Il a fait le déplacement depuis le Lac Saint-Jean pour lire aux autres les écrits d’un « poète méconnu ». Jean Tortel, auteur français du XXe siècle, est admiré par le jeune homme de 19 ans. Mais, pour sa première fois ici, il n’est pas uniquement venu pour réciter les poèmes d’un autre. Il compte bien lire quelques-uns des siens.

« Tu as fermé mon poing sur moi sans faire exprès, je me suis agrandi en oubliant l’estomac : quel mal », s’élance-t-il. Ces vers, ce sont les siens. Mais il préfère tout de même ceux de Jean Tortel pour qui il voue une réelle admiration : « L’irrigation est nécessaire. Pour savoir, il faut scier les os très durs et, comme on creuserait jusqu’au feu, ouvrir la sphère. »

Pier-Olivier Bilodeau écrit ses propres poèmes depuis trois ans. « J’ai commencé parce que mon ami, qui m’accompagne d’ailleurs ce soir, faisait du dessin et j’étais un peu jaloux. Je voulais mon art à moi », ricane l’apprenti poète. Pour lui, la poésie est une manière de s’exprimer et de se changer les idées. Ce qu’il aime est son aspect formel. « Je crois que la poésie est avant tout une forme », affirme-t-il.

C’est pour cette raison qu’il ne croit pas vraiment à l’inspiration et aux poètes inspirés qui écrivent des miracles sans travailler. Il estime qu’il faut passer beaucoup de temps sur un poème pour en faire quelque chose de beau. « J’éprouve en digérant le vin ce pain que tes mains pétrissent, que le four de chez toi gonfle comme un poumon, l’amour que j’incarne sans toi. Tu as frôlé mon bras d’un ongle agriculteur, la défriche en mon cœur n’a cessé de sécher », conclut-il sur la scène, vers entre les mains.

Quête poétique

La poète Nathalie Nadeau est née en 1974 au Québec. Détentrice d’un baccalauréat en littérature québécoise et d’un certificat en création littéraire de l’Université Laval, elle a publié plusieurs poésies et nouvelles dans des revues littéraires. En 2017 est sorti son premier recueil de poésie : « Ponctuation autour d’une robe ». Aujourd’hui, elle poursuit sa quête poétique en travaillant sur un nouveau recueil.

Les quatre règles d’or de Nathalie Nadeau pour écrire un poème :
– trouver l’équilibre entre se faire comprendre et trop expliquer ;
– parfois, sortir de son « moi », surtout de son « je », pour aller vers d’autres « tu » ;
– trouver, par la confrontation d’images, un sens nouveau qui se dévoile ;
– évoquer plus qu’expliquer.

 

Pour Nathalie Nadeau, poète québécoise de 47 ans, la poésie est « une forme de spiritualité » dont elle ne pourrait pas se passer. (Crédit photo : Aline Richermoz)
Avant d’écrire un poème, Pier-Olivier Bilodeau, Québécois de 19 ans et étudiant en philosophie, tente de s’inspirer des auteurs qu’il lit et d’entrer en relation avec eux. (Crédit photo : Aline Richermoz)