QUÉBEC – Afin de s’adapter à la nouvelle réalité du marché des produits tabagiques, de nombreux groupes antitabac pressent le gouvernement de réviser la Loi sur le tabac, notamment pour faire face aux nouveaux produits.
C’est en 1998 que la Loi sur le tabac a été promulguée. En 2005, sa révision restreint l’usage du tabac dans certains lieux publics, de travail ou partagés ainsi que sa promotion. Mais depuis lors, la consommation de tabac a fortement évolué avec l’apparition de nouveaux produits.
Parmi eux, les cigarettes aromatisées. Selon Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise sur le contrôle du tabac (CQCT), ces produits visent un public plus jeune ou non-fumeur, qu’il faut protéger. Comme elle l’explique, les arômes tel que le menthol camouflent l’amertume du tabac et rendent la première expérience plus agréable.
L’interdiction des arômes fait partie des demandes des associations antitabac que sont la CQCT, le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS) et la Société canadienne contre le cancer.
La lutte contre le tabagisme passif
Parmi les différentes demandes promulguées par ces groupes, ces associations souhaitent protéger les non-fumeurs. En effet, malgré les efforts faits pour lutter contre le tabagisme passif lors de la dernière révision de la Loi sur le tabac, il reste des brèches à colmater, dont la protection des enfants et de certains travailleurs.
Le Québec est la seule province du Canada où il n’est pas interdit de fumer dans une voiture en présence d’un enfant. Selon la CQCT, 90 000 enfants seraient exposés à la fumée secondaire chaque année. C’est pourquoi la CQCT et le CQTS souhaitent que cette interdiction s’applique au Québec.
Flory Doucas souhaite que cette réglementation puisse faire changer les comportements des parents fumeurs et les fausses perceptions selon lesquelles la fumée se dissiperait en allumant la ventilation ou en ouvrant les fenêtres. « Des études nous ont montré que ce n’est pas le cas », précise-t-elle.
Lorsqu’il a interdit l’usage du tabac dans les milieux de travail en 2005, le Ministère de la Santé a réalisé une avancée dans la protection des travailleurs. Cependant, certains d’entre eux sont encore aujourd’hui exposés à la fumée, particulièrement dans le domaine de la restauration. C’est pourquoi la CQCT et le CQTS souhaiteraient que le tabac soit prohibé sur les terrasses des bars et des restaurants.
Vers des emballages neutres
Après l’interdiction en 2005 de la promotion des produits du tabac, l’industrie a dû se renouveler dans ses stratégies de commercialisation. Aujourd’hui, chaque marque de cigarette mise beaucoup sur le design du paquet. À un tel point que c’en est parfois trompeur.
Comme le souligne Flory Doucas, certains paquets de couleurs claires donnent l’impression que le tabac est plus léger et donc moins mauvais pour la santé, ce qui est faux. C’est d’ailleurs pourquoi la CQCT et le CQTS souhaitent prendre exemple sur l’Australie en demandant à ce que les emballages soient neutres, « de manière à ce que les compagnies de tabac ne puissent plus se servir des paquets de cigarettes comme outil de marketing », précise David Lefebvre, responsable des relations médias du CQTS.
Le cas des cigarettes électroniques
Parmi les nouveaux produits du tabac, un semble prisé par les consommateurs : la cigarette électronique.
Au Canada, la vente d’« E.-cigarettes » avec nicotine est encore illégale, précise le Ministère de la Santé du Québec. Marie-Claude Lacasse, responsable des relations presses du Ministère, rappelle que « les produits contenant de la nicotine ou se prétendant outil d’arrêt tabagique doivent recevoir une homologation pour être vendus au Canada ». Elle ajoute que « jusqu’à présent, aucun de ces produits n’a reçu d’homologation [de la part de Santé Canada] ».
Face à la popularité de l’E.-cigarette, les associations antitabac exigent qu’elle soit assujettie à la Loi sur le tabac. Flory Doucas craint notamment que la cigarette électronique soit un moyen de « normalisation du tabagisme ». Le CQTS n’est « ni pour ni contre », indique pour sa part David Lefebvre.
Tout en n’écartant pas l’idée que la cigarette électronique puisse bel et bien faire office d’outil de cessation de la consommation du tabac, tous deux attendent néanmoins que des études sur le niveau de dangerosité soient réalisées par Santé Canada.
L’avancement de la Loi sur le tabac
De son côté, le Ministère de la Santé du Québec affirme que les travaux sur la révision de la Loi sur le tabac sont en cours. Il a entre autres organisé, à l’automne 2013, une Commission de la santé et des services sociaux. Cette dernière a mené à la publication d’un rapport « faisant état des recommandations découlant des préoccupations soulevées par les différents groupes qui se sont exprimés lors des audiences publiques » a précisé Mme Lacasse.
La CQCT considère que la révision de la Loi sur le tabac est un cas urgent. Tout en insistant sur le fait que « le tabagisme est le premier tueur au Québec » et que sa prévention permettrait de désengorger les centres hospitaliers. Flory Doucas regrette l’inaction gouvernementale dans ce dossier.
David Lefebvre fonde quant à lui de l’espoir sur la promesse du ministre de la Santé Réjean Hébert de réviser la Loi sur le tabac avant la fin de l’année. Malgré les élections provinciales, il espère que cette promesse sera appliquée. Et ce peu importe le parti politique qui sera porté au pouvoir le 7 avril prochain.



















