Le théologien et environnementaliste André Beauchamp a présidé le Bureau d’audiences publiques sur environnement (BAPE) de 1983 à 1987. Il a également dirigé la Commission sur la gestion de l’eau au Québec (commission Beauchamp) au début des années 2000.

UNIVERSITÉ LAVAL — Le théologien et environnementaliste André Beauchamp soutient que la solution à la crise écologique passe par la libération intellectuelle du consommateur. Devant une vingtaine de personnes réunies pour l’entendre mardi soir dernier à l’Université Laval, l’ex-président du Bureau d’audiences publiques sur environnement (BAPE) a offert son analyse critique de la société de consommation et des enjeux qui y sont liés.

«La crise environnementale dans laquelle nous sommes plongés découle en grande partie de la société de consommation», a lancé d’emblée celui qui a également dirigé la Commission sur la gestion de l’eau au Québec au début des années 2000. «En fait, la crise est en quelque sorte un effet pervers d’un pouvoir extraordinaire», a-t-il poursuivi en faisant référence au pouvoir d’achat du consommateur.

Le prêtre de 75 ans sans nomination pastorale, c’est-à-dire sans attachement à une paroisse, a ajouté que la consommation constitue, avec l’accroissement démographique, la pollution et les inégalités sociales, une des quatre «bombes» qui causeront «la chute de la civilisation».

Selon M. Beauchamp, c’est par l’état d’esprit centré sur l’immédiat que la société de consommation fait ressentir ses effets délétères. «Pour exister socialement aujourd’hui, il faut absolument acheter. Or, avec l’arrivée du crédit, nous disposons tous dorénavant de cette possibilité. Précipités dans la spirale de la consommation à outrance, nous encombrons allègrement la planète. Résultat : nous nous endettons tout en dépossédant l’environnement de ses précieuses ressources», a-t-il analysé.

M. Beauchamp souligne également, au-delà des illusions qu’elle crée, l’aliénation que provoque la société de consommation. À ce chapitre, le théologien dresse le parallèle suivant : « le centre commercial a remplacé la fonction que jouait jadis l’église. Il offre un espace de rassemblement idéal. La lumière, la musique et la température sont contrôlées à longueur d’année. Lieu de pèlerinage par excellence, il constitue la finalité de l’existence. Seul bémol : la quête de sens y est bien limitée, surtout lorsque la carte de crédit est pleine.»

M. Beauchamp a ensuite glissé sur les inégalités que la société de consommation entraîne en proposant des modèles inaccessibles. Selon lui, la publicité qu’elle promeut et les canons qu’elle impose contribuent à fragmenter le tissu social. Le fossé alors creusé entre les riches et les pauvres engendre de la misère humaine.

Devant cet état de fait, le théologien et environnementaliste milite pour une déconstruction par le consommateur de son âme et de son identité. «C’est en se questionnant sur ses intentions et en explorant d’autres avenues qu’il constatera qu’il n’est pas né pour magasiner».