« On m’a déjà dit une fois, quand j’avais demandé de l’aide à l’école, que je n’avais pas le droit à un soutien puisque je n’étais pas considérée assez malade comme une personne aveugle ou handicapée.» - Emmanuelle Côté, étudiante à l'Université Laval. (Crédit photo: Lydia Barnabé-Roy)

Les problèmes de santé mentale, au Québec, sont un fléau grandissant d’année en année. Les jeunes adultes sont de plus en plus touchés par des symptômes de troubles d’anxiété; en 2020, 51% de la population étudiante a vécu une détresse psychologique. Malheureusement, lorsqu’ils vont chercher de l’aide, ils doivent faire face à des délais d’attente qui s’allongent estime Samuel Poitras, président de l’Union Étudiante du Québec (UÉQ).

Bien que les écoles offrent déjà de l’aide à leurs étudiants, M. Poitras, croit que les ressources ne sont pas suffisamment disponibles. Par exemple, au Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval, près de six mois peuvent s’écouler avant d’avoir accès à environ sept rencontres avec un psychologue qui sont mises à disposition des personnes par le centre. Après cette première attente et ce début d’intervention, les étudiants sont ensuite envoyés dans le réseau public, lui aussi engorgé, d’après le président.

Ainsi, elles doivent mettre sur pause le travail déjà enclenché, se reposer sur elles-mêmes en cas de problème en attendant, puis recommencer à zéro avec une autre personne par la suite.

De nombreux étudiants se tournent donc vers des services psychologiques dans le secteur privé, d’après M. Poitras. Il relate qu’ils sont prêts à défrayer de grandes sommes pour accéder à de l’aide plus rapidement, malgré leur état financier plus précaire. Cette tendance populaire entraîne, cependant, le même effet relaté au public: des listes d’attente extrêmement longues. 

Pour résoudre le problème du manque de ressources, le système de santé offre des groupes de partage, qui sont des espaces où les participants sont regroupés en fonction de leurs besoins: on y fournit des outils pour mieux saisir la problématique de chacun. Ces groupes représentent une porte d’entrée avant de pouvoir être envoyés chez un professionnel de la santé mentale. 

Emmanuelle Côté, étudiante à l’Université Laval atteinte d’un trouble d’anxiété généralisé, a expérimenté cette technique. «Honnêtement, je vis mieux avec mon anxiété qu’il y a quelques années. Les nombreuses thérapies de groupe et individuelles que j’ai faites m’ont aidée», témoigne-t-elle. Pour elle, l’anxiété est une partie d’elle et qu’elle n’a pas de gêne à dire qu’elle est atteinte d’un TAG.

L’anxiété: Un problème épuisant

De multiples solutions sont à la portée des étudiants en attendant les services demandés. Il y a la médicamentation (pour les personnes diagnostiquées qui ont eu accès à un médecin spécialiste), explique Geneviève Martel-Castonguay, travailleuse sociale du service d’accueil psycho social du Cégep Limoilou. Elle ajoute que rester entouré de pairs et ne pas s’isoler sont de bons facteurs aussi. Dans les établissements supérieurs, maints services sont offerts notamment les accommodements scolaires (pour ceux ayant reçu un diagnostic d’abord), des groupes de soutien, des outils sur la gestion du stress sur le web, des ateliers sur le stress, etc.

« C’est comme si l’anxiété c’est un métronome. Habituellement, pour le faire partir il faut le déclencher soi-même, mais avec l’anxiété, c’est ton stress qui le démarre pour toi et il n’y a aucun moyen de l’arrêter», explique Emmanuelle Côté. Des situations jugées banales par d’autres comme conduire, traverser la rue ou parler en public entraînent des scénarios catastrophes chez elle, puis, dans certains cas, des attaques de panique. 

« Je vis beaucoup selon les autres à la place de vivre selon moi. »  – Emmanuelle Côté

Selon Samuel Poitras, le problème de disponibilité demeure, car les psychologues tendent à être disponibles de 9h à 17h, un moment qui ne convient pas toujours à l’horaire des étudiants. En revanche, il mentionne qu’une initiative a été mise en œuvre dernièrement: la téléconsultation. M. Poitras raconte qu’elle permet de décharger les listes d’attente, puis que, sans être la seule solution au problème d’accessibilité aux soins psychologiques, elle reste une bonne option pour l’étudiant qui désire y recourir.

En ce qui concerne le système de santé et des services sociaux, le président de l’UÉQ atteste d’un manque de collaboration entre ces derniers et les institutions d’enseignement. «Cette collaboration permettrait à la communauté d’avoir accès à des ressources abordables et adaptées à leurs besoins», commente M. Poitras

Pour se calmer, Emmanuelle Côté aime écouter de la musique instrumentale. (Crédit photo: Lydia Barnabé-Roy)

Geneviève Martel-Castonguay pointe un autre défi: la rétention des psychologues dans le réseau public de la santé, dont les CLSC. Elle remarque que les psychologues ont tendance à travailler dans le réseau privé, surtout parce que le secteur offre des conditions salariales plus avantageuses et d’une plus grande liberté dans le choix de leur horaire.

Pour répondre à la demande que les psychologues du secteur public ne peuvent pas satisfaire, les travailleurs sociaux peuvent aussi offrir leur soutien, ajoute Mme Martel-Castonguay. En effet, elle précise que le traitement des troubles mentaux est effectué par des psychologues, mais que le travail de l’anxiété peut être pris en charge par des travailleurs sociaux. Cependant, selon la travailleuse sociale, ces derniers ne seraient pas assez nombreux pour répondre aux besoins actuels au Québec.

Dans le cas d’Emmanuelle, ses stratégies pour diminuer son anxiété se situent dans le sport et l’art: « Dernièrement j’ai commencé à faire du yoga. Ça faisait plusieurs années que ma thérapeute me le recommandait. Sinon, écouter de la musique instrumentale, juste me concentrer sur autre chose en faisant du dessin, des mandalas, juste laisser aller mon esprit, faire ce qui me tente, faire des marches ça m’aide vraiment beaucoup, confie-t-elle».

Augmentation des troubles anxieux avec la pandémie?

D’après Samuel Poitras, le retour à l’université a aidé à atténuer le stress de plusieurs, mais d’autres ont été confrontés à un défi personnel. Il évoque les personnes immunosupprimées, pour qui le retour dans les classes et le relâchement des règles sanitaires représente un risque considérable. Selon le président de l’UÉQ, « les mêmes problèmes se sont exacerbés en situation de pandémie », puisque plusieurs étudiants ont cherché à être aidés. 

Par contre, selon Geneviève Martel-Castonguay, ces problèmes ne se sont pas aggravés chez les étudiants aux prises avec de l’anxiété sociale. En fait, elle suggère qu’il n’y a pas plus de troubles anxieux qu’avant la pandémie, mais plus de stresseurs qui peuvent déclencher de l’anxiété: moins de contrôle, plus d’imprévisibilité et de nouveauté. Les symptômes peuvent apparaître sous formes d’épisodes de nervosité, de craintes, de malaises persistants, de difficultés à se calmer et d’agitation, et ce sans cause connue, d’après les statistiques du Rapport Santé psychologique: Enquête éclair 2020 de l’UÉQ et de la FAEUQEP. 

Cette année, le gouvernement du Québec a investi 510 millions de dollars dans les établissements d’enseignement supérieur, dont 60 millions alloués à un plan d’action sur la santé mentale. Malgré les grandes lacunes existantes au Québec par rapport aux services psychologiques, M. Poitras et Mme Martel-Castonguay croient que l’annonce faite par la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, aidera à stabiliser les choses avant qu’éventuellement le problème se résorbe.