Le chemin qui relie la rue de l’Université à l’Avenue de la Médecine puis au boulevard Hochelaga sera, selon la phase d’analyse, le pôle d’échanges du tramway de l’Université. (Crédit photo : Perrine Pinel)

La construction du tramway entraînera la coupe d’arbres à Québec. L’administration Marchand, qui avait promis de réduire la coupe lors de sa campagne, opte plutôt pour l’augmentation de la plantation. Une décision qui aura un impact sur l’environnement et les citoyens. 

Le maire Bruno Marchand espérait réduire de 60 à 70 % la coupe d’arbres causée par le tramway en campagne électorale. Son administration a cependant annoncé, à la fin du mois de janvier, que 1584 arbres seraient coupés, soit le même nombre prévu au départ. « Quand on a mené la campagne, on n’avait pas accès à tous les documents.», explique Maude Mercier Larouche, responsable des relations avec les citoyens dans le dossier du tramway.


Les points verts indiquent les boisés touchés par le tramway. (Crédit : Sarah Rodrigue)

La Ville de Québec se donne l’objectif de planter 30 000 arbres. C’est un ratio de 20 arbres pour un de coupé, alors que l’ancienne administration prévoyait un ratio de deux pour un. De plus, la Ville désire suivre la logique du 10-10-10 lors des plantations : 10 espèces de 10 genres provenant de 10 familles, afin d’atteindre une plus grande biodiversité, selon Maude Mercier Larouche.

Trois boisés sont touchés par le tracé actuel : Lacerte, Rochebelle et Chaudière. Le boisé Lacerte est situé sur le terrain de l’Université Laval. L’institution a autorisé les travaux sur le terrain, alors qu’elle s’était dotée d’un plan directeur pour les espaces verts en 2013. « L’Université Laval, elle est maître sur ton territoire, mentionne Mme Mercier Larouche. Toutes les décisions qui concernent le boisé Lacerte sont prises en concertation avec l’Université ».

Un corridor vert et une plateforme végétale seront aménagés sur le campus lors de la construction du tramway. Maude Mercier Larouche souligne que moins de 1 % de tous les boisés de l’Université Laval seront coupés. Il faut cependant mentionner que les arbres abattus dans les boisés ne sont pas inclus dans les 1584 arbres. Le calcul est donné en hectares pour les secteurs de Lacerte, Rochebelle et Chaudière.

Les impacts du tramway sur l’environnement

En milieu urbain, la place qu’occupent les arbres est essentielle, puisque ces derniers exercent des fonctions écologiques dans une ville. Alison D. Munson, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt à l’Université Laval, note trois apports principaux : un effet rafraîchissant lors des grandes chaleurs, le captage des polluants par les feuilles, ainsi que l’absorption des grandes précipitations grâce aux systèmes racinaires. Selon Mme D. Munson, le tramway aura aussi un impact esthétique visuel en plus de la perte d’ombrage qui pourraient se faire ressentir. 

Sur les 1584 arbres coupés tout au long du tracé, on compte 417 arbres et arbustes de petit diamètre qualifiés de remplaçables, incluant 324 frênes que la Ville avait planifié d’abattre pour empêcher la prolifération de l’agrile du frêne, une espèce d’insectes exotiques qui est arrivée avec le transport du bois qui attaque toutes les espèces de frêne. Selon la professeure, le traitement pour guérir ces arbres coûte « très cher ». Ainsi, la plupart des arbres touchés par la maladie sont destinés à être remplacés.

Récupérer le carbone

L’objectif du projet du tramway électrique est de réduire considérablement le nombre de véhicules sur les artères. Ainsi, les gens pourront laisser tomber leurs moyens de transports habituels pour aller en tramway, ce qui aura de facto un impact favorable sur l’écologie.  

« [Le tramway] devrait compenser à moyen terme le carbone qui est perdu dans les arbres qui sont coupés », affirme celle qui dirige une Chaire de recherche sur la conservation et l’intégration des arbres en milieu urbain, en partenariat avec la Ville de Québec. Quant aux 30 000 arbres plantés par rapport au nombre d’arbres coupés de 20 pour 1, la professeure croit que c’est assez.

« C’est suffisant, surtout avec la compensation 20 pour 1 qui va inclure la mortalité ça devrait être bien », explique-t-elle.

En effet, lorsqu’ils sont plantés en milieu urbain, 15 à 30 % des arbres peuvent mourir pendant leur développement, à cause de divers facteurs. On note par exemple l’exposition trop élevée au vent et au sel.

Explications attendues 

Le projet de tramway suscite des mobilisations. Au printemps 2021, des habitants de l’arrondissement Sainte-Foy se sont aperçus que 80 arbres matures étaient en train d’être coupés sur le terrain de la Maison des aînés. Martin Fournier, habitant du quartier, est l’un des membres fondateurs du collectif citoyen Vigilance Arbres Sainte-Foy né « d’une non-consultation qui a choqué les gens du quartier », précise-t-il.

Ce collectif citoyen, soutenu par une centaine de personnes, se mobilise contre le tracé actuel du tramway, mais aussi contre « l’opacité qu’il y a sur le nombre réel d’arbres coupés » ajoute le membre du collectif. Ainsi, sur les 1584 arbres appelés à disparaître sur le chemin du tramway, les arbres et arbustes de 1 cm à 14 cm de diamètre à hauteur de poitrine sont comptabilisés.

Martin Fournier, un des membres à l’origine de la création du collectif revient au boisé Lacerte pour constater le marquage des arbres. Selon leur estimation, ce sont 500 arbres qui seront coupés ici. (Crédit photo : Perrine Pinel)

Le boisé Lacerte est au cœur de la mobilisation du collectif. Martin Fournier estime ici que la Ville et l’Université Laval « noient les chiffres, ils ne sont pas clairs dans leur propos ». Les marques de couleurs se trouvant sur certains arbres du boisé montrent qu’une coupe d’environ 500 arbres aurait lieu au cœur du boisé pour laisser passer le tramway. En plus des coupes visibles, marquées en orange, il faut ajouter les arbres marqués de bleu, dont le système racinaire va être fragilisé selon le tracé. Les arbres bleus et rouges ne font pas partie de l’inventaire de la Ville, contrairement à ceux marqués de orange. 

Cet ajout de 500 arbres monte le total à 2084, en comptant uniquement ceux du boisé Lacerte. De plus, cela reste une estimation faite par le collectif qui a décidé de compter les arbres marqués. Selon la Ville de Québec, c’est 0,2 hectares qui vont être touchés. Pour Martin Fournier, même si une solution de reboisement a été pensée, il estime que l’on « ne peut compenser la perte d’un boisé d’origine avec des arbres d’alignement ».

Un sujet délicat

Dans les faits, comme le boisé Lacerte est administré et géré par l’Université Laval. Elle possède ainsi le droit d’expropriation de la ville sur les terrains qu’ils gèrent. D’après la charte de l’Université Laval de 1950, elle peut « décréter et exécuter l’ouverture […] l’abolition ou la démolition de tous chemins ou rues [s’ils sont] sur les fonds de terre qu’elle possède » et peut « céder […] à la cité de Québec, l’espace de terrain utile à l’élargissement des routes publiques situées en bordures ». Ce boisé patrimonial représente à lui seul plus de 25 % de la qualité environnementale de l’Université Laval. Le tracé présenté, toujours à l’état d’analyse, scinderait directement le boisé Lacerte. Le boisé Lacerte serait donc scindé au vu des contraintes anthropiques.

« On demande une transparence à propos de ce projet »

Le collectif Vigilance Arbres Sainte-Foy demande à ce que le projet de pôle sur le boulevard Laurier, qui n’aurait pas besoin de couper autant d’arbres, soit évalué : « On veut que l’on nous dise clairement quel est l’impact environnemental du tracé projeté » appui Martin Fournier.

Derrière les réclamations du collectif, il y a un enjeu plus grand : celui de la transparence dans les institutions et dans les projets. Pour M. Fournier et les membres du collectif, le but du militantisme est de « changer les mentalités ».

Ainsi, à travers cette mobilisation, ils veulent que la Ville de Québec et l’Université Laval respectent leurs engagements en matière de développement durable : « C’est l’avenir de notre génération, on parle d’un projet de génération avec le tramway, il faut être capable d’expliquer le pourquoi des décisions et les conséquences de celles-ci », termine-t-il.