Photographie (de gauche à droite) : M. Alain Robitaille, coordonnateur de la campagne « Sauvons Postes Canada »; M. Alain Ferland, président de la section locale à Québec du STTP; M. Denis Blanchette, député de Louis-Hébert et porte-parole du NPD pour la région de Québec

Québec – De 30 à 40% d’emplois risquent d’être perdus parmi les 68 000 employés du Service canadien des postes, selon Alain Robitaille, coordonnateur de la campagne «Sauvons Postes Canada».  Une conférence de presse a eu lieu vendredi, dans les bureaux du député de Louis-Hébert et porte-parole du NPD pour la région de Québec, M. Denis Blanchette, pour présenter les conséquences négatives des compressions annoncées en décembre dernier par Postes Canada.

Dans la ville de Québec, près de la moitié des 700 emplois de facteurs seront touchés d’ici 5 ans, pour un bassin de 225 000 adresses. L’abolition de la livraison du courrier à domicile, la suppression d’emplois et la hausse des tarifs sont trois mesures instaurées par le gouvernement fédéral pour palier à certaines difficultés financières. M. Blanchette rappelle toutefois que le contexte économique actuel  implique l’évolution des services postaux . «Nous serons le premier pays du G7 à arrêter la livraison postale», s’est-il exclamé, avant d’ajouter que les décisions fédérales hâtives devraient plutôt être remplacées par un groupe d’étude sérieux.

Cette diminution de points de remise postale affectera les personnes âgées, les gens à mobilité réduite et les personnes isolées, a souligné M. Robitaille. Cette classe de la population étant  moins prédisposée à l’utilisation de services Internet. En abaissant la fréquence des livraisons,  «cela créera une ouverture pour les compagnies privées», a-t-il aussi estimé.  «Ce qui n’améliorera en rien la qualité de vie des populations», a ajouté M. Blanchette.

Du côté des employés, M. Alain Ferland, président de la section locale à Québec du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), a déploré les heures surnuméraires que certains employés ont à faire suite aux coupures.  D’autant plus que les erreurs commises par les employés de Poste Canada engagent à des mesures disciplinaires sévères. Avec la diminution des effectifs, la quantité de travail augmente par employé et de nombreux cas de dépression, menant jusqu’au suicide, ont été rapportés au STTP.

Des 6 400 comptoirs postaux, 60% (3 800) d’entre eux sont en zone rurale. Postes Canada constitue donc le plus grand réseau de points de vente au détail du Canada.  Avec le niveau de confiance qu’il se voit attribué, la qualité de ses infrastructures actuelles ainsi que son bassin d’employé(e)s qualifié(e)s, M. Ferland a jugé qu’il aurait avantage à considérer certaines solutions mises de l’avant par divers acteurs. M. Robitaille fait notamment mention du service bancaire et financier postal, un modèle à succès reconnu dans 5 pays industrialisés (Royaume-Uni, France, Italie, Suisse et Nouvelle-Zélande) par un document produit par le Centre canadien de politiques alternatives. Ce modèle a d’ailleurs existé au Canada pendant 100 ans, avant de prendre fin en 1968.

Avec les solutions proposées qui n’entendent point écho, les coupures précipitées semblent répondre à un agenda gouvernemental, a exprimé M. Robitaille.  Selon un document du STTP, Postes Canada a apporté des redevances au gouvernement fédéral durant 16 ans. Des pertes ont été enregistrées en 2011, attribuables à des coûts ponctuels, et des bénéfices de 98 millions de dollars (avant impôts) ont été cumulés en 2012. En fin 2012, 250 millions de déficit étaient toutefois annoncés par le Conference Board du Canada. Pour expliquer cet écart, M. Robitaille a expliqué que seulement les trois quart de l’état financier avaient été pris en compte. Ces chiffres auraient ensuite servi  aux projections d’un milliard de dollar en déficit, annoncé d’ici 2020.

En 2013, le Mouvement des caisses Desjardins constatait que 388 villes et villages du Québec ne comptait que sur la caisse populaire comme établissement financier. Au Canada, depuis 1990, ce sont plus de 1700 succursales bancaires qui ont fermées (baisse de 22%) et depuis 2002, c’est une baisse de 13,5% des points de services de coopérative d’épargne et de crédit qui ont diminué. Le service bancaire et financier est donc «une solution valable et non-farfelue», a jugé M. Robitaille. Face à la perte du service de poste universel,  il appelle la population à partager leurs oppositions par le biais de leurs élus municipaux.