Pour la lauréate 2021, Marise Belletête ,« la poésie, c’est comme un selfie flou, pris dans un rêve. C’est moi, et ce n’est pas moi en même temps, c’est ce qui m’habite, m’angoisse, me fait rêver. ». (photo courtoisie: Laurie Cardinal)

Radio-Canada a couronné la lauréate de l’édition 2021 du prix de la création en poésie le 24 novembre dernier. Marise Belletête, poète et écrivaine rimouskoise,  est aussi enseignante, rédactrice, réviseure et critique. Elle se réjouit de la place qui a été donnée à la relève cette année aux Prix de la création.

« C’est dur de se faire un nom, de faire un premier recueil, un premier roman », témoigne Mme Belletête. L’autrice avait déjà publié un roman intitulé L’haleine de la Carabosse en 2014, avant de voir son travail souligné par le prix. Ce concours annuel organisé par Radio-Canada offre une vitrine inégalée aux auteurs et autrices.

Anne Peyrouse, chargée de cours à l’Université Laval, directrice littéraire aux Éditions Hamac, écrivaine et poète le confirme : « Ça m’est arrivé, et je pense peut-être même le faire cette année: de carrément rejoindre une personne qui a été sélectionnée, car on peut lire des extraits de la suite poétique sur le site de Radio-Canada, et de lui proposer d’envoyer son manuscrit chez Hamac. Et je ne pense pas que je suis la seule à faire ça ».

La spécialiste indique que ce sont de superbes prix qui sont remis aux gagnants des volets poésie, nouvelle et récit. Elle explique que le concours est grandement reconnu dans li milieu puisque les textes sont non seulement jugés anonymement, mais également parce qu’il y a un double jury: un premier groupe de lecteurs sélectionnent des textes, puis, trois personnes issues du milieu littéraire les jugent pour choisir la liste préliminaire, les finalistes, puis le gagnant.

« Donc quand tu es présélectionné ou sélectionné, c’est une reconnaissance du milieu […] Ça montre la qualité, la modernité de ton texte. Ça montre déjà tous plein d’éléments qui font que tu as une capacité, une qualité d’écriture », confie la directrice littéraire. Tous les 23 noms retenus sur la liste préliminaire ont donc une place dans le milieu littéraire québécois, d’après elle.

Marise Belletête trouve valorisant pour elle et pour sa carrière d’avoir cette reconnaissance et la visibilité qui l’accompagne. Elle se sent moins comme une totale étrangère qui n’ose pas se dire poète. « Là j’ai l’impression que j’ai un peu plus le droit de le dire », laisse-t-elle échapper en riant nerveusement.

Marise Belletête lancera son premier recueil de poème en 2023. (photo courtoisie: Mathieu Gosselin)

Des propulseurs de carrière

Les prix, en plus de diminuer le sentiment d’imposture, augmenter le sentiment d’appartenance au milieu littéraire et la reconnaissance de leur travail, permettent de mettre la main sur des sommes d’argent importantes. Mme Peyrouse estime que les montants versés, soit 6000$ pour le lauréat «n’est pas rien»: « C’est un montant énorme surtout pour un écrivain ». Pour leur part, les quatre finalistes se partagent 4000$.

Les textes finalistes et celui primé sont également publiés sur le site de Radio-Canada. Le gagnant a aussi la chance de se rendre en résidence d’écriture au Banff Centre des arts et de la créativité en Alberta. « Avoir de la place et du temps pour écrire, c’est précieux », souffle Marise Belletête, qui doit jongler entre ses différents chapeaux. Ce voyage va lui permettre de s’arrêter, de se poser pour penser à un projet, de le réfléchir et de le travailler en profondeur, en plus de découvrir une région qu’elle n’a jamais visitée auparavant. Pour elle, ce prix est vraiment une belle porte d’entrée pour un artiste dans le monde littéraire.

Mme Peyrouse ajoute qu’une mention des prix de la création Radio-Canada donne un avantage pour obtenir un contrat de publication.

Pour en savoir plus sur l’écriture de la suite de Marise Belletête et son projet qu’elle développera en Alberta:

Faire rayonner la littérature

Laetitia Beaumel, fondatrice des Éditions de l’Écume, écrivaine et poète, affirme qu’au Québec, la culture manque d’appui. « Il n’y a pas assez de budget, de visibilité, affirme-t-elle, un best-seller c’est à 500 exemplaires, alors qu’on est plusieurs millions dans la province ». Elle pense que la littérature pourrait être plus répandue, mais que c’est une question de culture familiale. Selon elle, les gens lisent peu, et encore moins de poésie, même si, dans les dernières années, ça a bougé davantage.

Mme Peyrouse partage cette opinion : selon elle les gens devraient avoir plus de poésie dans leur quotidien. Elle mentionne plusieurs évènements, notamment le mois de la poésie, les festivals, etc. pour s’y familiariser. « Ça serait bien, je trouve, de mettre des poèmes dans les médias pour qu’on en ait plus à lire dans notre vie », confie-t-elle.

Elle estime aussi que les médias et les universités aussi ne partagent pas suffisamment les prix littéraires. « Éventuellement, gagner des prix aide à ouvrir des portes pour des demandes de bourses au Conseil des arts », ajoute-t-elle. Elle croit que « plus on parle de poésie, mieux c’est » et elle-même conseille à ses étudiants d’envoyer leurs écrits dans des concours et des revues.

Pour entendre la suite de poèmes de Marise Belletête:

(photo courtoisie: Laurie Cardinal)