Ils seraient « 120 000 Français sur l’ensemble du Québec » constituant ainsi « l’un des premiers groupes d’immigrants », selon le Consulat général de France à Québec. L’une des motivations et des facilités pour s’y installer reste de toute évidence la langue commune. Cependant, beaucoup voient leur français changer au fil des années, qu’il s’agisse de leurs expressions ou même de leur accent, au contact de la Belle Province.
Écoutez-les plutôt dans différents contextes :
Selon Marie-Hélène Côté, professeure agrégée de linguistique à l’Université Laval, « cet accommodement linguistique est automatique ». Les locuteurs le font spontanément après avoir passé un certain temps dans une région où l’accent est différent du leur. C’est presque inévitable que l’on soit influencé linguistiquement par cette société, même partiellement », explique-t-elle. Tout comme une musique que l’on peut avoir en tête, l’accent environnant entraîne donc le cerveau et l’oreille à une nouvelle mélodie de la langue. Imiter un accent parfaitement, sans pour autant tomber dans la caricature, demande « une oreille absolue ».
Une adaptation parfois contraignante
Pour Romain Martiny, étudiant français à l’Université Laval depuis deux ans et demi, cette adaptation est arrivée seulement quatre mois après son arrivée au Québec : « Je ne m’en suis même pas rendu compte, c’est ma mère qui me l’a fait remarquer quand je lui parlais par téléphone. Elle m’a souvent demandé la traduction de certaines expressions québécoises comme « avoir de la misère » ou « c’est correct » qu’on n’utilise pas du tout en France », se souvient-il amusé. D’après lui, l’usage du lexique québécois fait d’ailleurs partie de son intégration. Écoutez son témoignage :
Marie-Hélène Côté explique qu’il y a « beaucoup de variations individuelles en fonction de l’intégration qu’une personne veut viser, ne serait-ce que par adoption ou pour se rattacher à sa nouvelle communauté. Il y en a qui le font plus volontairement que d’autres parce qu’ils veulent marquer un sentiment d’appartenance ».
Margaud Castadère-Ayçoberry est une étudiante française établie au Québec depuis trois ans. On entend facilement ses intonations québécoises désormais bien ancrées dans son langage. Pourtant, si s’approprier la langue paraît facile, l‘intégration à la fois culturelle et linguistique est pour elle, une bataille et des efforts de chaque instant. « Des conversations où tout le monde rit, puis toi tu ne rigoles pas parce que tu n’as pas les référents communs. Tous les jours, tu dois poser des questions pour comprendre ce qu’il se passe. C’est un apprentissage constant qui est extrêmement enrichissant, mais parfois fatigant et un peu déprimant », confie-t-elle.
Et vice versa
Au théâtre, il n’est pas sans surprise d’entendre les acteurs québécois uniformiser eux aussi leur accent. Ce français est désigné comme étant « international ». Selon Marie-Ginette Guay, comédienne et professeure de diction au Conservatoire d’art dramatique de Québec, ce français normatif est « un langage plus soutenu pour que plus de gens le comprennent ». Et à savoir si les acteurs le prennent toujours bien d’être obligés de « normaliser » leur parler, Marie-Ginette répond que ce principe donne accès à une plus grande liberté : « C’est une richesse, et non une contrainte. On ne peut pas jouer une pièce de l’auteur français Musset comme on en jouerait une du québécois Tremblay. Changer son accent pour interpréter les oeuvres originales, c’est respecter les styles tout en maîtrisant la langue dans toutes ses facettes. »
Voici des exemples d’adaptations à faire :
Selon Marie-Hélène Côté, les différentes prononciations des voyelles que vous venez d’entendre sont l’une des raisons pour laquelle un Québécois aura plus de facilité à parler comme un Français. Le premier pourra « neutraliser toutes ces nuances dans les sons que peut avoir une seule voyelle » alors que le second devra prêter plus attention aux sonorités qui n’existent pas dans sa langue. Il est donc plus difficile de les reproduire. Au-delà de la phonétique, les Québécois sont plus exposés au parler de la France dès le plus jeune âge, notamment à travers la télévision et le cinéma, ce qui habitue très vite leur oreille. « Ils sont aussi très conscients que leur variété linguistique n’est pas dominante sur le marché francophone et que leur accent est plus marqué. Ils doivent donc eux aussi s’adapter quand ils sont à l’étranger », justifie la linguiste.
Francis Lavoie, étudiant québécois en échange en France depuis quatre mois, l’a vite remarqué : « J’avais déjà le sentiment, avant de partir, que pour me faire comprendre, j’allais fort probablement avoir à modifier ma façon de m’exprimer. » Écoutez son expérience :
Aujourd’hui, ses proches pensent sans conteste qu’il a pris l’accent français. Francis, lui, maintient qu’il retrouvera bien son « accent québécois de campagnard » dès son retour à sa terre natale.





