Michel Blackburn, comédien-ténor alerte sur l’état de santé mentale des artistes après deux ans d’une pandémie qui a mis, selon lui, le monde de la culture de côté (Crédit photo : Marine Jaboureck)

Alors que les restaurants ont réouvert le 31 janvier au Québec, les artistes comédiens ont le sentiment d’être laissés pour compte. Une incertitude quant à la reprise des spectacles en présentiel règne toujours. Michel Blackburn, 44 ans, est comédien et chanteur ténor à temps plein depuis 2020. Il se demande comment la situation évoluera pour ceux qui, comme lui, sont dans le flou depuis trop longtemps.

Salles fermées, répétitions à distance, manque de soutien financier pour le monde de la culture… Tout est réuni pour que les artistes, par nature sensibles aux relations humaines, aillent mal. Michel Blackburn est l’un d’eux. Il a été licencié en 2020 après un arrêt-maladie en raison d’une dépression. Ancien gestionnaire dans une grosse entreprise, il ne veut plus mettre les pieds dans ce monde du travail qui l’a tant fait souffrir.

Il décide alors de se consacrer pleinement à son activité de comédien et de chanteur « ténor », comme il aime le préciser. Au semestre d’hiver 2021, il entame un baccalauréat en chant classique à l’Université Laval à Québec. La comédie et le chant l’ont aidé à sortir la tête de l’eau, mais la pandémie a coupé son élan d’une vie nouvelle.

« Pendant deux ans, nous les artistes, on ne nous a pas donné la possibilité de faire ce qui est bon pour nous. Cela a des conséquences sur la santé mentale, c’est certain », avance-t-il. L’incertitude fait partie du métier d’artiste, mais en ce moment, « c’en est trop ». Suivi psychologiquement depuis des années, son anxiété n’a pas cessé et les crises de panique pèsent sur son quotidien.

Il a l’impression que le monde de la culture est abandonné, parce que « la valeur économique d’un artiste n’est pas très visible et que son poids monétaire est difficile à mesurer ».

En janvier 2022, cela fera un an que Michel Blackburn n’a pas perçu de revenu fixe. En tant que gestionnaire, il gagnait environ 100 000 dollars par an. Et brutalement, plus rien. Des rôles par-ci, par-là, qu’il obtient à force d’auditions. Il ne peut bénéficier des aides mises en place par le gouvernement. Il s’en sort grâce au soutien de sa mère et de sa conjointe, qui assurent un « certain bagage financier ». 

Le tabou des idées noires

Pendant deux ans, le comédien-chanteur n’a pas été épargné. Un ami comédien et deux amis musiciens ont mis fin à leurs jours. Quand il en parle, Michel Blackburn a du mal à contenir ses émotions. Il n’arrête pas de répéter que « c’est complètement fou ».

Quand il pense à l’avenir, les doutes l’envahissent encore. « Va-t-on être capable de rejouer devant un public, de faire comme avant ? Les habitudes des gens ont changé pendant la pandémie. Est-ce que leur portefeuille « loisirs »  sera aussi important qu’avant ? », questionne-t-il.

M. Blackburn pense qu’il faut « revaloriser le statut d’artiste ». Une révision soutenue par l’Union des artistes notamment. Il souhaiterait également un « plan d’action à long terme pour la culture, car rien ne dit que ce qui arrive ne va pas se reproduire ». Tout ce qu’il souhaite, c’est qu’« on laisse les artistes créer parce que c’est ce qui maintient en vie ».

Le comédien-chanteur se réjouit de pouvoir retrouver les cours de chant en présentiel à partir du 31 janvier. Il lui tarde que les salles de spectacle puissent à nouveau accueillir du public (Crédit photo : Marine Jaboureck)