Pour aller voir sa mère plusieurs fois par semaine à Sainte-Foy depuis le Vieux Port de Québec où il réside, Pierre Baillargeon a investi dans des mitaines de guidon et des gants chauffants électriques, « un équipement essentiel », affirme-t-il. (Crédit photo : Louis Fabre)

La Ville de Québec vient d’ajouter 15 kilomètres de pistes déneigées à son réseau cyclable hivernal pour atteindre le total de 100 km de voies accessibles aux vélos en toute saison. Pierre Baillargeon, 65 ans, à la tête de la table de concertation vélo des conseils de quartier, se satisfait de ce virage pris par la capitale provinciale. Mais selon lui, cette mesure ne reste qu’une première étape.

« On est bien contents ! » Tout sourire, Pierre Baillargeon se réjouit de l’annonce faite par Pierre-Luc Lachance, conseiller municipal en charge de la mobilité : « Cela faisait plusieurs années que nous demandions l’amélioration du réseau cyclable hivernal, donc c’est une bonne chose ».

Débuté en 2019 afin de favoriser la mobilité active, le projet de développement de la pratique du vélo d’hiver à Québec poursuit son expansion. Deux segments importants ont ainsi été ajoutés : un premier relie la colline parlementaire à la route de l’Église, et un second raccorde le chemin Sainte-Foy au Parc technologique de l’avenue Watt à l’avenue Chèvremont.

Des aménagements supplémentaires qui restent toutefois insuffisants pour cet adepte du vélo hivernal depuis sept ans. « Ce n’est qu’une première étape, prévient Pierre Baillargeon. Les tronçons déneigés ne sont pas tous connectés entre eux. Et il n’y a toujours pas de liaison cyclable entre la haute et la basse-ville. »

Au royaume de la voiture individuelle, le manque de sécurité sur le bord des routes s’ajoute au manque d’infrastructures. « Un réseau continu et sécuritaire déneigé dès 6 heures du matin : voilà ce qui pourra faire croître la pratique », prophétise Pierre Baillargeon.

Le modèle finlandais d’Oulu

À Québec, les cyclistes quatre saisons doivent redoubler d’ingéniosité pour se frayer un chemin parmi les véhicules motorisés. Ils se sont rassemblés sur Facebook en une communauté de 1 600 membres, soudée par l’entraide et les petites astuces afin de pédaler en liberté. Rues calmes à préférer, segments à éviter ou équipements conseillés, l’activité du groupe « L’hiver à vélo, à Québec » témoigne du dynamisme naissant de la pratique dans la ville.

Mais rouler à vélo sous la neige et par moins 30 degrés n’a-t-il pas tout d’un parcours de funambule ? Pierre Baillargeon oppose tout net : « Il n’y a aucun problème technique. » Mode d’emploi : « Il est essentiel d’investir dans des pneus à clous performants pour une bonne traction. Montés sur un vélo de seconde main à 50 $, ça fait très bien l’affaire ! », prolonge-t-il.

Comptez tout de même entre 80 et 200 dollars pour un pneu clouté… Côté équipement, « quand on fait du patin ou du ski de fond, on a déjà tout ce qu’il faut dans notre garde-robe », affirme-t-il en ajustant sa doudoune orange vif, « pour être plus visible ».

En Finlande, la ville d’Oulu est une « inspiration » pour ce jeune retraité. Avec 600 km de pistes déneigées, 42% des 200 000 habitants utilisent le vélo comme moyen de déplacement au moins une fois dans l’hiver. À Québec, on estime ce chiffre à 10 %. Mais Pierre Baillargeon reste confiant : « Les mentalités vont changer tranquillement. »