Québec — Vous êtes jeunes, minces et vous pouvez manger tout ce que vous voulez sans que votre poids ou votre santé soient affectés. Attention! Des chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université Laval ont détruit l’association entre « mince » et « en santé ». Grâce à l’imagerie par résonnance magnétique, il est maintenant possible de calculer l’abondance de tissu adipeux qui augmente les risques de développer des problèmes cardiaques, même chez les jeunes sans surplus de poids.

Le docteur Éric Larose et son équipe de chercheurs ont calculé l’abondance de graisse viscérale de 425 jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans, en bonne santé et dont les risques de développer des maladies cardiovasculaires seraient faibles selon les critères normalement utilisés en médecine générale, comme l’indice de masse corporelle (IMC).

L’étude a démontré que minceur n’est pas synonyme de santé. La présence de graisse viscérale a été révélée chez certains participants. Cette dernière enrobe les organes et il est impossible de la distinguer à l’œil nu. Sa présence augmente le risque de développer des maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2, et ce, malgré un jeune âge et l’absence de surpoids.

Le docteur Marie-Kristelle Ross a collaboré à l’étude. Elle soutient que les jeunes ne doivent pas tenir leur santé pour acquise.

La santé n’est pas seulement une question de poids

Les kinésiologues Francis Lalime et Catherine Girard sont tous deux très critiques à l’égard des mesures normatives présentement utilisées en médecine générale pour juger l’état de santé d’un patient. Plus précisément, la mesure de l’IMC, qui établit un ratio entre la taille et le poids d’une personne, constitue pour eux une mesure inexacte.

Encore aujourd’hui, le calcul de l’IMC est très utilisé par les professionnels de la santé et les centres de conditionnement physique. Cela s’explique par la grande facilité du calcul. Néanmoins, ce seul résultat est très peu révélateur sur l’état de santé d’un patient. Pour avoir une quelconque valeur, l’IMC doit au minimum être croisé avec une seconde donnée, comme le calcul du pourcentage de gras sous-cutané, du tour de taille et le test du VO2 max.

Mais plus encore, l’étude du Dr Larose démontre l’importance de prendre en compte les habitudes de vie pour établir un bon pronostic. La condition physique et les facteurs de risque tels que le tabagisme, la consommation d’alcool et de drogues, la sédentarité, la malnutrition – pour ne nommer que ceux-ci – ont beaucoup plus à dire sur l’état de santé d’une personne que l’IMC.

Regarder au-delà du poids

Francis Lalime, aussi enseignant à l’Université Laval, parle d’un bouleversement dans les façons de voir la santé globale. Il transmet à ses étudiants cette mentalité de regarder au-delà du poids de la personne. Cette nouvelle approche, axée sur les bonnes habitudes de vie, vise une bonne santé globale (physique et mentale) et le bien-être du patient. Elle introduit la notion de plaisir et de satisfaction dans l’alimentation et l’activité physique. Le succès ne repose plus sur l’atteinte du poids désiré, mais sur une santé physique et mentale, le respect de ses besoins et de ses désirs, l’accroissement de l’estime de soi et l’épanouissement de l’individu dans la collectivité.

L’organisme ÉquiLibre s’évertue d’ailleurs à sensibiliser les professionnels des milieux de la santé, scolaire et communautaire à ses principes et à prôner les saines habitudes de vie.

Catherine Girard croit que si l’activité physique est bénéfique, le réseau social l’est tout autant : « Une bonne santé globale passe par le corps, mais aussi par la tête. » Elle mentionne aussi le rôle décisif que joue l’éducation pour l’atteinte et le maintien d’une bonne santé globale.

L’impact d’une mauvaise croyance

Depuis son tout jeune âge, Jade Auclair-Roy, âgée de 22 ans, a toujours été active… et « d’un format géant » comme elle s’amuse à dire. Selon son IMC, elle serait en situation de surplus de poids, malgré la faible présence de gras sous-cutanée sur son corps.

Lorsque l’Exemplaire l’a interrogée au sujet de l’étude du Dr Larose, Jade s’est esclaffée. « C’est logique! Je suis certaine d’être plus en santé que mes amies même si elles sont plus minces que moi. Je suis tellement active que cela ne peut être autrement. »