Même quand les spectacles sont interdits, Stéphane Fontaine joue plusieurs heures par jour, chez lui ou dans son studio au Conservatoire. « La motivation est trop fragile pour faire une pause », juge le clarinettiste de l’Orchestre symphonique de Québec. (Crédit photo : Salomé Kourdouli)

Les salles de spectacles préparent avec impatience leur réouverture, prévue le 7 février, comme annoncé par le gouvernement Legault. Stéphane Fontaine est clarinettiste solo à l’Orchestre symphonique de Québec depuis 2004 et enseignant au Conservatoire de la ville. Si les répétitions de groupe lui manquent terriblement, c’est aussi l’avenir de l’orchestre qui l’inquiète.

« Au premier confinement, on n’avait pas pu jouer tous ensemble pendant quatre mois. À notre première répétition avec l’orchestre, j’ai eu des frissons dès les premières notes et jusqu’à la fin du morceau », se remémore Stéphane Fontaine, encore bouleversé par cette représentation du Matin d’Edvard Grieg. Il balaie ce souvenir d’un petit rire, mais c’est bien ce sentiment qu’il veut retrouver. « Les concerts ne me manquent pas autant que les répétitions », souffle-t-il, « en plus en tant que clarinettiste on est placé au cœur de l’orchestre. »

Au-delà de cette sensation, l’interdiction de répéter en groupe pose d’autres problèmes. Chacun s’entraîne de son côté, mais il est plus difficile de s’accorder pour les représentations. « On reprend les concerts en février avec la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski, puis un poème symphonique de Strauss. Ce n’est pas facile de redémarrer avec un répertoire de cette ampleur », souligne Stéphane Fontaine.

Côté finances, en revanche, le clarinettiste refuse de se plaindre. Si le secteur de la culture a été lourdement touché par les mesures restrictives, il a aussi bénéficié de subventions : le gouvernement du Québec a débloqué six millions de dollars en 2020 pour lui venir en aide. L’Orchestre symphonique de Québec a pu en bénéficier, et payer normalement ses 64 musiciens. « À l’automne 2020, on a perçu 80 % de notre salaire, et à partir de janvier 2021 on a à nouveau reçu 100% de notre salaire », révèle-t-il. Un salaire qui s’élève à 35 000 $, et qui peut atteindre 40 000 $ pour les solistes, pour 32 semaines de travail par an.

Préoccupations pour l’avenir de l’orchestre

Ces subventions constituent un filet de sécurité qui permettent à l’Orchestre de continuer ses activités. Mais c’est sur le long terme que Stéphane Fontaine s’inquiète, car ces aides ne vont pas durer éternellement. D’abord, il se demande si le public sera au rendez-vous à la réouverture.

Deuxième inquiétude : les musiciens. « Depuis quelques années on observe une baisse du nombre d’élèves au Conservatoire, et avec la pandémie je fais mon maximum pour que les miens gardent la motivation », assure le clarinettiste. Ses cours sont bien différents depuis 2020. Deux mètres séparent chaque apprenti, et lui garde son masque. « Je ne sors même plus ma clarinette, je ne peux plus tester leur instrument pour voir si l’anche est bien montée », déplore-t-il.

Malgré tout, Stéphane Fontaine essaie de rester positif. Même face à l’annonce de la fermeture des salles le 31 décembre dernier, il s’est senti « déçu, puis résilient ». Le clarinettiste veut absolument faire honneur à son art : « Je ne veux pas me permettre de me laisser aller. »

« Le Grand Théâtre est rarement rempli les jours de représentation, il l’est seulement quand la pièce est très connue ou s’il y a une vedette parmi les musiciens et le chef d’orchestre », explique Stéphane Fontaine, clarinettiste à l’OSQ. (Crédit photo : Salomé Kourdouli)