Le 6 octobre dernier, La Presse a annoncé avoir mis la main sur des enregistrements d’une rencontre de l’Office québécois de la langue française, où des conseillers tentent de rassurer les commerçants en lien avec l’application de la loi 96. Selon Ghislain Roy, professeur en administration au Cégep Limoilou et conseiller en ressources humaines agréé, la loi ne tient pas compte de la réalité que vivent des villes comme Québec.

Depuis l’adoption de la loi 96 en juin dernier, l’OQLF a organisé des dizaines de séances d’informations qui ont attiré environ 400 représentants d’entreprises jusqu’à présent. Dans le cadre de l’une de ces rencontres de 70 minutes dont La Presse a obtenu des enregistrements, trois conseillers de l’OQLF ont voulu clarifier les changements apportés par cette loi et leur impact sur les entreprises.

Tout d’abord, la Charte de la langue française énonce des objectifs de francisation à atteindre. Néanmoins, les conseillers ont tenu à souligner la flexibilité de la loi, puisque celle-ci énonce que les moyens pour atteindre ces cibles appartiennent aux entreprises et sont fixés en fonction de leur réalité d’affaires.

Du côté des offres d’emplois, les employeurs doivent préciser les motifs exigeant qu’une autre langue que le français soit maîtrisée. De plus, la quantité de nouveaux postes qui requièrent un bilinguisme devra être réduite le plus possible. Une conseillère a également précisé que les employés ne maîtrisant pas le français devront obtenir une connaissance appropriée de la langue, surtout dans un contexte où des réunions de travail sont nécessaires.

À titre de rappel, la « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français », ou bien la loi 96, entraîne une modification d’une vingtaine de lois et de règlements. Notamment, en 2025, les PME de 25 à 49 employés devront inscrire leur entreprise auprès de l’OQLF et démontrer que la langue française y est généralisée à tous les niveaux.

Un contexte économique non favorable

Selon Ghislain Roy, le contexte économique actuel des entreprises de Québec n’est pas favorable à l’application de tous les articles de loi : « La pénurie de main-d’œuvre oblige les entreprises à embaucher des gens à l’extérieur de Québec qui sont souvent anglophones. » Le professeur en administration trouve ainsi illogique d’imposer cette connaissance du français aux employés venant de l’extérieur de la ville.

Limiter le bilinguisme freinerait également la croissance économique provenant du tourisme : « La ville de Québec est très touristique. Il y a beaucoup de touristes et la majorité d’entre eux parlent anglais. Le bilinguisme devient donc nécessaire pour tout ce qui est attaché au tourisme, soit nos commerces, nos restaurants et nos hôtels ». Ainsi, selon monsieur Roy, limiter le bilinguisme aurait comme conséquence de réduire l’ouverture sur le monde qui est primordial à la capitale nationale.

Selon Ghislain Roy, professeur en administration au Cégep Limoilou et conseiller en ressources humaines agréé, la loi 96 ne tient pas compte du contexte économique actuel des entreprises de Québec. (Crédit photo : Jessica Poirier-Roy)