« J’ai décidé de faire ce projet car j’ai l’impression que la société a tendance à blâmer les victimes. La société croit que les survivants d’agressions sexuelles portent toujours un certain type de vêtement, et je voulais montrer que ce n’est pas toujours vrai. » - Katherine Cambareri (Crédit photo Clémence Mercille)

Pour une troisième année consécutive, l’Université Laval accueille la campagne « Sans oui, c’est non ! ». Celle-ci vise à sensibiliser la communauté universitaire aux préjugés encore associés aux agressions sexuelles. L’exposition « Que portais-tu » est présentée pour la première fois au Québec dans le cadre des activités de la campagne. Grâce à la collaboration de plusieurs acteurs, ici et aux États-Unis, la présentation de cette exposition est devenue possible et son succès attire maintenant l’attention un peu partout au Québec. 

La troisième édition de la campagne « Sans oui, c’est non ! » se déroule sur le campus de l’Université Laval du 12 au 23 février. Les organisateurs ont augmenté l’ampleur de l’événement avec plusieurs activités échelonnées sur plus d’une semaine. En plus de conférences d’artistes comme Webster, de pièces de théâtre-forum ou d’une démonstration d’autodéfense, les organisateurs sont fiers d’une activité en particulier. Il s’agit de l’exposition « Que portais-tu », qui vise à faire tomber le préjugé tenace que l’habillement sexy d’une victime serait explication acceptable d’une agression sexuelle.

 

« Je trouve cette exposition intéressante, car elle amène tout le côté de la sensibilisation au vécu des victimes, puis ça porte un regard sur soi de comment j’ai réagi moi, est-ce que j’ai déjà posé cette question-là moi, qu’est-ce que tu portais ? Ça démontre qu’il n’y a aucun lien entre ce que la personne portait et le fait qu’il y ait eu agression » – Christine Delarosbil

 

Christine Delarosbil, coordonnatrice de la campagne « Sans oui, c’est non ! », explique que l’exposition « Que portais-tu ? » a pour objectif de « sensibiliser le plus de gens possible » à ce préjugé et à « stimuler [leur] empathie ». Elle ajoute que la réception des participants est positive jusqu’à maintenant : « Les gens se sentent impliqués, touchés, ça leur tient à cœur ».Dans dans la foulée du mouvement #MoiAussi, elle croit que la « conscientisation » des gens est à son plus fort.

La réponse est la même du côté de Sabrina Martin, vice-présidente aux affaires socioculturelles à la Confédération des associations des étudiants et des étudiantes de l’Université Laval (CADEUL). Les étudiants lui ont en effet affirmé être touchés par l’exposition :

La photographe américaine Katherine Cambareri est celle qui a inspiré la création de cette exposition. Lorsque contactée, elle a dit avoir reçu une importante majorité de commentaires positifs. Elle avoue toutefois avoir reçu quelques commentaires négatifs de personnes qui croient qu’elle a sélectionné des vêtements peu révélateurs par exprès. « En réalité, je n’ai pas choisi les vêtements, je n’ai photographié que ce qui m’était offert », se défend-elle.

Une exposition née aux États-Unis

L’exposition a été créée en 2013 aux États-Unis par Jen Brockman, directrice du Centre de prévention et d’éducation des agressions sexuelles de l’université du Kansas, et Mary Wyandt-Hiebert, directrice du centre d’aide pour les victimes d’agressions sexuelles et de violences conjugales de l’université d’Arkansas.  L’objectif initial de leur travail était de trouver une façon de sensibiliser les étudiants aux violences sexuelles. Le résultat final a fait des vagues sur les médias sociaux et des demandes pour utiliser le matériel de l’exposition ont émergé.

Christine Delarosbil a donc contacté Jen Brockman, qui s’est montrée enthousiaste à collaborer. Elle a alors partagé avec l’organisation de la campagne « Sans oui, c’est non ! » une liste des conditions idéales, des choses à surveiller pour le bon fonctionnement, un historique du traitement fait par d’autres universités et les témoignages des victimes.

Christine Delarosbil souligne par ailleurs que l’objectif de Mme Brockman est de « partager son exposition ». Elle a même affirmé, lors de ses conversations avec Christine Delarosbil, avoir espoir de voir son exposition dans plus de cinquante pays en 2018. Sabrina Martin souligne d’ailleurs que l’exposition avait pour objectif d’augmenter l’envergure de la campagne « Sans oui, c’est non ! »  :

Une première au Québec

C’est la première fois que l’exposition « Que portais-tu » est présentée au Québec. Sabrina Martin mentionne que le succès de l’activité a attiré l’attention de « plusieurs cégeps, associations et universités » québécoises qui sont entrées en contact avec elle pour présenter l’exposition. Les institutions intéressées veulent notamment savoir « comment l’Université Laval a procédé pour avoir les droits de l’exposition et pour traduire les textes », a-t-elle précisé.

Maxime Camiré, un étudiant de l’Université Laval, a eu la tâche de traduire le matériel de l’anglais au français, notamment les témoignages. Étudiant en traduction et adjoint de Sabrina Martin, il a « sauté sur l’occasion » lorsqu’on lui a proposé de traduire les témoignages de l’exposition. Il a apprécié le défi professionnel, particulièrement les recherches sur les pièces de vêtements, qui « étaient un beau défi ». Mais la réelle difficulté a été de travailler sur les témoignages :

Sabrina Martin précise qu’un atout important de cette troisième édition de la campagne « Sans oui, c’est non ! » est qu’elle ne s’adresse pas uniquement aux étudiants, mais aussi aux membres du personnel de l’Université. L’exposition « Que portais-tu » reviendra d’ailleurs à l’Université Laval pour les prochaines éditions de la campagne. Pour Sabrina Martin, « le but de l’exposition n’était pas de la conserver pour les deux semaines de la campagne, mais de la faire se promener sur le campus de l’université ».

« Si on est capable, avec cette exposition, de rejoindre la communauté de la ville de Québec, on a atteint notre but » – Sabrina Martin

Une idée qui enchante Katherine Cambareri, qui croit  qu’« il est important pour les universités de parler de la violence sexuelle car les agressions sur les campus sont un énorme problème qui affectent plusieurs étudiants ».

L’exposition était présentée au Jardin du décanat du Pavillon Ferdinand-Vandry jusqu’au 23 février. Afin que plus de personnes aient l’occasion de la visiter, l’organisation a pris la décision de prolonger l’exposition jusqu’au 8 mars au Hall du Pavillon Alexandre-Vachon.