Crédits photo attribuables à Mathieu Denis et Pierre-Luc Lepage

QUÉBEC – En une dizaine d’années, le nombre des microbrasseries a fortement augmenté au Québec, passant de 31 à 119 établissements en 2014.

Selon Jean-François Belley, propriétaire du dépanneur à bières La Duchesse d’Aiguillon et des broues-pubs Le Projet et la Buvette Scott, ce type d’entreprise est de plus en plus populaire auprès des jeunes entrepreneurs. M. Belley propose quelques explications à ce phénomène. C’est d’abord parce que la bière est un produit apprécié par la population qu’elle suscite autant l’attention des investisseurs.

Plusieurs entrepreneurs sont séduits par le potentiel de rentabilité qu’offrent les microbrasseries. Bien que l’investissement de départ puisse sembler élevé, les frais de roulement sont moindres et le profit considérable. Cette année au Canada, plus de 300 demandes de permis pour l’ouverture d’une microbrasserie ont été comptabilisées, et plus de 1200 aux États-Unis.
Brian Pierce, brasseur pour le restaurant microbrasserie les 3 Brasseurs Grande-Allée, explique l’origine de cette vague de popularité.

Renouveler la tradition

Les États-Unis empiètent progressivement sur le marché européen, qui pourtant possède une tradition brassicole millénaire. M. Pierce donne l’exemple de la brasserie Stone qui ouvrira une usine de production à Berlin d’ici 2016. « Les Européens veulent de plus en plus des bières houblonnées, des bières à l’américaine. Ce sont des bières assez jeunes, qui ne datent que des années 1970 », affirme le brasseur.

Cette jeune tradition de brasseurs nord-américains révolutionne présentement le marché mondial. L’innovation prime sur la tradition.
« L’avantage de la bière, c’est que c’est culinaire. Il faut avoir la bonne recette, mais les ingrédients, on peut les prendre partout dans le monde. On peut acheter du houblon allemand de Bavière, du malte anglais et faire des bières ici au Canada », ajoute M. Pierce. Cette tendance aux bières hybrides est assez récente en Europe et gagne rapidement en popularité.

Le Québec à l’international

Dans ce champ d’activités, le Québec connaît beaucoup de succès à l’international. On peut penser aux microbrasseries Dunham, Dieu du Ciel et Trou du Diable qui exportent leurs produits entre autres aux États-Unis et en Europe. La microbrasserie Glutenberg, pionnière de la bière sans gluten, exporte quant à elle en Europe, au Brésil et même au Japon. « Le marché international est très intéressé par la bière québécoise. On sort un beau produit. C’est Unibroue qui a ouvert la porte à l’international et maintenant, quand je suis en voyage, je vois souvent des bouteilles de Maudite ou de Fin du Monde dans les pubs. C’est plaisant de voir ça, un produit québécois, brassé au Québec », affirme M. Pierce.

Les compétitions

De nombreuses compétitions brassicoles régionales et internationales sont organisées à travers le monde chaque année. Ces compétitions permettent entre autres aux brasseurs de faire connaître leurs bières, de se créer un réseau de contacts et de faire certifier la qualité de leurs produits par des jurys constitués de professionnels. Plusieurs de ces concours répondent aux normes du Beer Judge Certification Program (BJCP).

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« Quand on voit la Fin du Monde qui gagne un concours de bière belge, la 1re place face à des brasseries belges qui sont instaurées depuis longtemps et fières de leur produit, ça veut dire que notre bière est bonne », conclut le brasseur.
Les prix offerts aux gagnants varient d’un concours à l’autre. Les brasseurs remportent parfois des montants d’argent, mais plus souvent des médailles et des trophées. On offre parfois à un brasseur amateur la possibilité de brasser sa bière dans une brasserie industrielle.
Bien que les bières ayant remporté des prix attirent souvent l’attention des consommateurs dans les semaines suivant leur victoire, les retombées en ce qui a trait aux ventes sont souvent négligeables à moyen et à long terme selon le propriétaire de la Duchesse d’Aiguillon, M. Belley.

Le principal risque lié à l’augmentation du nombre de microbrasseries est la saturation du marché. M. Belley entrevoit tout de même un avenir prometteur pour les propriétaires de microbrasseries qui sauront tirer leur épingle du jeu.