À Québec, plusieurs librairies indépendantes ont) été obligées de fermer leurs portes au cours des deux dernières années. On a invoqué les mutations de l’industrie du livre et la baisse des ventes. Mais, dans certains cas, il y a aussi eu le problème de la relève.

Bien sûr, l’édition numérique, les grandes surfaces offrant les bestsellers à bas prix, l’achat en ligne sur des services tels qu’Amazon et iTunes sont autant d’éléments qui ont précarisé la situation des librairies indépendantes. Mais la seule baisse des ventes de livres n’a pas toujours été au cœur de ces décisions d’affaire, comme l’explique Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ).

Crédit photo : Raphaël L.Pourtant, des exemples de relève réussie, il y en a. Marie-Hélène Vaugeois, propriétaire de la librairie Vaugeois sur l’avenue Maguire, qu’elle a reprise de sa mère, dit observer une certaine stabilisation des ventes tant dans son commerce que dans ceux de ses confrères et consœurs avec qui elle communique régulièrement. Le succès face à la compétition que représentent les grandes surfaces réside selon elle dans l’offre personnalisée qu’ils peuvent offrir à leurs clients, mais aussi dans le fait de tenir un inventaire approfondi dans certaines spécialités, dans son cas la littérature québécoise.

Pour aider cette industrie précaire, davantage d’aide gouvernementale ne serait pas de refus non plus. De l’aide qui pourrait passer par plus de subventions (la SODEC) a une enveloppe de 400 000$   annuellement pour aider les librairies selon l’ALQ, mais surtout par un recours à la  règlementation de l’avis de Mme Vaugeois et de Mme Fafard. Le projet de loi qui visait l’instauration d’un prix unique pour les nouvelles parutions, d’abord proposé par le gouvernement péquiste de Pauline Marois, a officiellement été rejeté par le gouvernement Couillard en juin dernier. Mme Vaugeois se demande quelles seront les nouvelles solutions proposées par les libéraux dans les prochains mois.

Une bonne connaissance du livre et de la clientèle

Au cours de l’année 2013, une histoire a fait le tour des médias locaux, sorte d’illustration des difficultés rencontrées dernièrement dans le milieu : le propriétaire de la librairie d’occasion L’ancre des mots, située sur l’avenue Maguire, a offert de la donner à qui voudrait bien en prendre soin. Le commerce et son inventaire de plus de 50 000 ouvrages ont donc été repris par un groupe de jeunes ambitieux qui a cependant abandonné après quelques mois. Entre alors en scène Michel Boucher, libraire d’expérience à  Lévis, propriétaire depuis le début de 2014. « C’est un beau défi quand même, reprendre un commerce à terre dans une industrie à terre!», a-t-il affirmé dans un entretien soulignant les qualités d’une librairie qui fonctionne.

Michel Boucher fait appel à ses collègues libraires de la région de Québec pour confirmer une situation réellement problématique : ils croyaient avoir atteint le fond du baril ces dernières années, la suite leur démontra que non. Pour M. Boucher, dans cette société où les intérêts personnels sont trop diffus pour se consacrer pleinement à la lecture, mais surtout où le pouvoir d’achat n’augmente pas, l’offre doit s’adapter à la clientèle. C’est pourquoi il soumet comme piste de solution pour L’ancre des mots qu’il administre maintenant une certaine spécialisation de l’offre (dans son cas, les livres historiques, d’architecture), tout en veillant à proposer à la clientèle ce qu’elle rechercherait en terme de livres neufs : les sorties récentes et bestsellers sont donc bien en vue chez lui, parfois au quart du prix initial.

Cela demande une bonne connaissance du milieu du livre, bien sûr, mais aussi de ce que recherchent les citoyens vivant à proximité. De ces choses qui vont de soi. Michel Boucher a également rapproché L’ancre des mots de ses clients en animant une page Facebook pour l’entreprise, ainsi qu’en actualisant progressivement son inventaire sur des sites de vente et de petites annonces comme Kijiji.