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Légalisation du cannabis : inquiétudes des étudiants internationaux

14 novembre 2018 - 20:58

« Avec sa légalisation, le cannabis a de grandes chances de devenir un business. Ce produit va être vendu sous toutes ses formes », déclare Paounie Niambi, étudiante française en Génie Civil à l’Université Laval.


Amandine Cardonnet

Depuis la loi sur la légalisation du cannabis au Canada entrée en vigueur le 17 octobre dernier, le nombre de consommateurs et de producteurs désormais « autorisés » s’est accru. Or, la légalisation de cette substance pourrait engendrer des conflits politiques avec d’autres pays comme la France où fumer et produire n’est pas encore accepté. Paounie Niambi, étudiante française en échange à l’Université Laval, s’inquiète de voir des étudiants étrangers commencer à consommer régulièrement du cannabis.

Que se passe-t-il si un étudiant étranger de passage au Québec tombe dans la dépendance au cannabis alors que cette substance est prohibée dans son pays d’origine ? À son retour, quel avenir l’attend dans la mesure où posséder cette substance ou la cultiver peut entraîner des poursuites judiciaires ou encore des amendes très sévères ?

Voilà un conflit au cœur de l’inquiétude de Paounie Niambi qui craint de voir certain de ses amis tomber dans une consommation régulière. « La légalisation, c’est bien, car ça coupe tout les petits réseaux de vente de drogue autour qui sévissent depuis des années. Néanmoins, d’un autre côté, tout le monde est un peu mis en danger, dont nous, les étudiants étrangers qui venons seulement pour une durée éphémère au Québec avant de retourner dans notre pays. »

Et d’ajouter : « Si j’avais commencé à consommer et si j’étais devenue dépendante ici au Québec, arrivée en France, j’aurais eu beaucoup de problèmes. En effet, mon pays n’est pas encore ouvert à une loi sur la légalisation du cannabis, mais c’est au contraire un produit tabou et prohibé. Il est simple de commencer. S’arrêter, c’est une autre histoire. »

Le corps médical en première ligne

Pour Paounie Niambi, qui dit légalité dit davantage de consommation et, par déduction, davantage de personnes dépendantes. Une situation qui peut mettre selon elle le corps médical et les centres spécialisés en toxicomanie dans l’embarras autant en France qu’au Québec. « Dans mon pays, les centres sont débordés, alors imaginez maintenant que c’est devenu légal ici, ce que cette vague peut provoquer. Ça peut engendrer des conflits politiques, ils auraient d’abord dû sans doute créer des ententes avec les autres pays pour clarifier la situation. »

Alors que de nombreuses campagnes de prévention sont mises en place au Québec pour avertir le public des dangers de la consommation de cannabis, la tentation d’utiliser ce produit peut facilement se faire sentir. Quel avenir pour cette loi ? Paounie Niambi penche pour la prudence : « Consommer ou en vendre est un chemin dangereux si vous n’êtes pas né au Québec. Il ne faut pas l’oublier. »