L’aide aux communautés autochtones est un de ces aspects abordés dans le budget Morneau annoncé le 27 février 2018. Marie-Aimée Labbée, autochtone et agente de liaison au Centre d’amitié autochtone de Québec, trouve que c’est une petite somme pour de grands problèmes.

Le ministre Bill Morneau a promis 4,8 milliards de dollars sur 5 ans pour aider les communautés amérindiennes à avoir une meilleure qualité de vie.

On parle :

  • d’un investissement de 1,5 milliards en santé,
  • 1 milliard de dollars pour le problème de logements et de surpopulation de la plupart des réserves,
  • de nouveaux programmes pour les emplois seront mis sur pied à l’aide de 2 milliards qui y seront investis
  • le restant de la somme sera investi notamment au niveau de l’accès à l’eau potable et dans le Programme des services à l’enfance et à la famille des Premières Nations.

« Historiquement parlant, en remontant dans les années 1800 […] le gouvernement nous laissait le territoire, il ne nous le vendait pas, mais c’était un principe d’échange. Il voulait s’occuper de payer l’hébergement, la santé, l’éducation, les impôts et les taxes. En 2018, c’est la même chose. » explique Marie-Aimée Labbée qui connaît très bien l’histoire autochtone pour défendre les droits de son peuple et y sensibiliser les gens depuis plusieurs années.

Comment quitter la réserve?

Dans les réserves, il n’y a pas assez de maisons pour toute la population. Les habitants doivent se partager des maisons, certains partagent leur quotidien à deux familles pour un toit.

Intervenante au sein du Centre d’amitié autochtone de Québec, Julie Picard vivait auparavant à Pessamit avant de s’installer pour Wendake il y a une dizaine d’années. (Crédit Photo : TW)

De plus, il est difficile de quitter la réserve, car, malgré toute la discrimination à laquelle ils devront faire en ville, les autochtones ne sont pas propriétaires de leur terrain.

Un des obstacles qui empêche de quitter la réserve, c’est la discrimination en ville. La terre appartient au gouvernement fédéral, personne ne peut l’acheter. Ainsi, « je ne peux pas dire à la banque que j’ai un terrain à mettre en garantie pour pouvoir acheter une maison, rien ne m’appartient. » Dis madame Labbé.

Autre obstacle : celui de ne pouvoir utiliser le terrain dans la réserve comme garantie pour des emprunts. Sur la réserve, rien n’est saisissable, donc les créanciers et les banques ne sont pas intéressés à prêter de l’argent aux communautés autochtones. Ils sont donc à la merci d’un cercle vicieux difficile à briser.

De vieilles croyances qui blessent

« On me disait beaucoup « tu es autochtone. Tu ne payes pas de taxe ni d’impôt », mais mon pot de margarine dans ma réserve, au lieu de le payer 2 dollars, je le paye
6 dollars. » affirme Julie Picard, intervenante pour le Centre d’amitié autochtone de Québec. Ce genre de remarques est chose quotidienne en ville pour les Amérindiens selon celle qui a quitté Pessamit sur la Côte-Nord pour Wendake il y a 11 ans.

Pour Marie-Aimée Labbé, il devrait y avoir un système de santé sur les réserves directement, car, pour la plupart des villages autochtones, la ville se situe à plusieurs kilomètres. « On vit avec la discrimination et les préjugés, ils sont nombreux ! Une femme autochtone peut arriver à l’hôpital et on peut lui dire « Madame, vous êtes alcoolique, rentrez chez vous et prenez des Tylenol » ». C’est sous cet angle que le gouvernement devrait attaquer le problème, pense madame Labbé, en investissant dans l’accès aux établissements de santé sur les réserves.

L’accès à l’eau potable, même en 2018?

Alors que l’accès à l’eau potable est quelque chose d’acquis pour la plupart, mais cette réalité est différente pour les peuples autochtones. Même sur la réserve de Wendake, plusieurs avis d’ébullition sont lancés dans une année et ça se complique plus on s’éloigne de la ville. L’agente de liaison autochtone explique que la communauté de Kitcisakik, située à une centaine de kilomètres de Val d’Or, n’a pas accès au service d’électricité et d’eau potable. « Ils sont 400 personnes à vivre dans des cabanes en bois rond là-bas. 4,8 milliards, c’est pas grand-chose. Combien coûte un puits ? Un aqueduc ? »

Le Centre d‎’amitié autochtone de Québec se situe à quinze kilomètres de la ville de Québec. (Crédit Photo : Capture d’écran Google Maps)

Lorsqu’on compare le gouvernement libéral à celui conservateur, madame Labbé a une opinion plus positive sur le sujet.

« Les libéraux ont changé des choses. Ça s’est amélioré. On regarde Trudeau, il a fait en sorte qu’on reconnaisse les autochtones. Ils ont aidé les Indiens, mais on est loin de ce qu’on demande. »

Pour les intervenantes du Centre de l’amitié autochtone de Québec, le budget Morneau est favorable aux communautés autochtones.

Selon Marie-Aimée Labbé : « Les peuples autochtones sont des peuples résilients, des peuples courageux. Il faut faire avec 4,8 milliards seulement et ça va partir vite, surtout si c’est bien investi. »