La population jeune et éduquée d'Iran donne de l’espoir à Hanieh Ziaei, politologue et iranologue à la Chaire Raoul-Dandurand. Elle affirme que « dans n'importe quelle société, les femmes et les jeunes sont, et l'histoire nous l'a montré, des moteurs de changement ». (Photo: UNSPLASH/Craig Melville)

Cet automne, la mort de Masha Amini en Iran a déclenché un mouvement de contestation aux quatre coins du monde. Les manifestations servent non seulement à dénoncer le contrôle des différentes institutions religieuses et gouvernementales sur les femmes, mais aussi à mettre fin au régime théocratique et autoritaire iranien. Mais, quelles seront les retombées de ce mouvement pour l’Iran ? L’Exemplaire s’est entretenu avec Hanieh Ziaei, politologue et iranologue à la Chaire Raoul-Dandurand, pour tenter de répondre à la question. 

Un mouvement porteur d’espoir 

Hanieh Ziaei ne pense pas pouvoir prédire les conséquences du mouvement à long terme. Elle observe néanmoins que plusieurs aspects des contestations sont porteurs d’espoir. « Ce qu’on est en train de voir, c’est un moment très important dans l’histoire contemporaine de l’Iran », dit-elle. L’iranologue tient à souligner la mobilisation féminine, qui perdure malgré la répression du régime en place. En effet, les dirigeants de l’Iran cherchent à marginaliser les femmes, et à restreindre leur rôle à celui de mère ou d’épouse. Actuellement, « on est dans une société où les femmes sont de plus en plus visibles, où elles occupent l’espace public, et ne comptent pas le quitter », remarque l’experte du monde iranien.

Un autre élément qui porte Mme Ziaei à croire au changement en Iran est le taux d’absentéisme aux urnes. Pour elle, cela n’est pas seulement représentatif du mécontentement de la population, mais aussi du fait « que les Iraniens ne font plus confiance en leur État ». Cette méfiance généralisée chez les électeurs les amène aussi à délaisser l’idée qu’il devrait y avoir des remaniements à l’intérieur du système. Hanieh Ziaei déclare qu’« on n’est plus au temps des réformes […] nous voulons la fin d’un modèle. On remet en question l’attribut islamique de la république. » Tout en exigeant la révolution, la politologue ne prétend pas savoir ce qui devrait un jour remplacer le régime théocratique. « Quelle est l’alternative à ce type d’État ? C’est la grande question » admet-elle, « de manière concrète, il n’y a pas véritablement d’alternative au régime actuel. » 

Des obstacles immuables ?

Sans se dire pessimiste, Hanieh Ziaei a des inquiétudes par rapport à cette guerre du peuple contre l’État. « La répression est tellement forte que souvent, ça écrase ce genre d’élan de protestation » déplore-t-elle. Avec sa police anti-émeute, l’Iran a déployé des forces de frappes contre une population qui n’est pas armée. « Le nombre de victimes et le nombre de morts sont en croissance accélérée depuis trois mois », partage la politologue. 

« L’État a tous les moyens d’écraser et de réprimer la population. La question c’est : jusqu’à quand les Iraniens vont tenir, face à cette répression brutale et physique ? »

Dans ce contexte, il faut aussi prendre en compte la discrimination envers la moitié de la population persane. Le World Economic Forum, dans son rapport de 2022 sur l’écart entre les sexes, a classé l’Iran 143e pays sur 146. Pour la participation des femmes en politique, l’État se retrouve au 142e rang. D’ailleurs, ce même rapport indique que leur participation sur le marché du travail a fortement régressée depuis 2021. Selon Hanieh Ziaei, ce bafouement du droit des femmes n’implique pas seulement les Iraniennes: « c’est toutes les femmes qui devraient se sentir concernées », affirme-t-elle. 

 L’aide sous toutes ses formes

L’iranologue estime qu’il est temps d’agir, craignant que ce soit le seul moment, dans l’histoire contemporaine de l’Iran, où il y a une telle opportunité de « se battre contre la pensée unique, le pouvoir absolu et l’obscurantisme religieux ». Elle considère que c’est l’occasion pour tous ceux qui soutiennent la cause « de défendre un peuple qui est en train de se battre au prix de sa vie ». 

Pour la chercheuse, les mouvements d’opposition au régime iranien sur les réseaux sociaux sont utiles. « C’est certain que ça fait parler de l’Iran, dit-elle, et « que ça joue sur l’opinion politique », créant ainsi un effet de pression. S’éduquer, donner de l’argent à des organismes, discuter de la situation et partager des articles avec nos paires: toutes ces initiatives sont valables, d’après Hanieh Ziaei. « Finalement, ce que les Iraniens demandent au monde c’est  » relayez l’information, soyez notre voix  » », constate-t-elle.