« Je peux aller m’entraîner au gym, aller dans un centre commercial avec mes amis et des centaines de personnes, mais je ne peux pas travailler dans un milieu sécuritaire qui respecte toutes les règles », affirme avec désarroi Philippe Dallaire, serveur au restaurant Chic Alors! à Québec. (Crédit photo : Jean-Philippe Fortier)

Fin septembre, le premier ministre du Québec, François Legault, annonçait que les régions de Montréal, de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches passeraient en zone rouge pour un mois. Selon Philippe Dallaire, employé du restaurant Chic Alors! situé dans l’arrondissement de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, cette annonce est très inquiétante. D’après lui, il est difficile de comprendre pourquoi les bars et les salles à manger doivent fermer tandis que la majorité des commerces restent ouverts.

Dans les régions classées au palier d’alerte maximale depuis le 1er octobre, le premier ministre a demandé une suspension de la vie sociale pour 28 jours. Pour les gens travaillant dans le monde de la restauration, c’est une nouvelle difficile à avaler. « Toute la journée, j’ai espéré que le gouvernement décide de ne pas fermer les salles à manger, mais ils l’ont fait et je me retrouve encore sans emploi pour un mois », mentionne Philippe Dallaire. En effet, puisqu’il est serveur, le restaurant n’aura plus besoin de lui et fonctionnera avec un effectif très réduit pendant le mois à venir.

Le soir même de l’annonce, les réseaux sociaux étaient bombardés de publications par des propriétaires de restaurants ou leurs employés qui montraient une énorme frustration. Pour plusieurs, il est inconcevable que les centres commerciaux, où on retrouve des centaines de personnes, puissent rester ouverts, mais qu’un restaurant, où il est plus facile de respecter les règles sanitaires, doive fermer. « Tous les employés portent un masque, on a enlevé la moitié de nos tables et même les cuisiniers tentent de respecter la distanciation sociale, alors pourquoi est-ce qu’on doit fermer si le H&M, où tout le monde touche et essaye le même linge, peut rester ouvert », déplore le serveur.

La majorité des bars et des restaurants sont déjà très fragilisés par la pandémie et ce nouveau défi n’est pas le bienvenu. Depuis mars, des dizaines de restaurants au Québec ont annoncé une fermeture permanente, les pertes étant trop importantes pour pouvoir continuer. Durant sa conférence de presse, François Legault a mentionné qu’une aide financière sera disponible pour les commerces touchés, mais il n’y a encore aucun détail connu à ce sujet. Il ne reste donc qu’à espérer que cette aide soit suffisante pour assurer la survie de certains commerces.

Un mois pour aplatir la courbe

Un autre problème avec l’annonce du premier ministre est l’incertitude que ce confinement d’un mois sera suffisant. Dans son discours, ce dernier a mentionné qu’il était possible de changer la tendance en 28 jours, mais que rien n’était garanti. Le confinement des zones rouges pourrait donc être prolongé si la deuxième vague ne ralentit pas. « Au printemps, les mesures strictes du confinement étaient prolongées à chaque deux semaines. Aplatir la première courbe a pris des mois, alors je me demande vraiment si 28 jours seront suffisants cette fois-ci, je l’espère », confesse Philippe.