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La gymnastique québécoise à deux doigts de perdre l’équilibre

10 novembre 2020 - 10:18

Mme Diane Bernier, directrice générale du club de gymnastique l’Envol de Lévis, était sous le choc lorsqu’elle a appris que les sports individuels seraient mis sur pause une seconde fois. En effet, depuis la réouverture de l’organisme en juin, toutes les règles de distanciation ont toujours été appliquées efficacement entre les membres. Selon elle, les mesures adoptées par le gouvernement provincial devraient être allégées, car « le risque de contagion dans le milieu de la gymnastique est très faible ». (Crédit photo : Mélina Poulin)


Mélina Poulin

L’interruption des activités sportives a durement frappé plusieurs organisations du milieu au Québec. Pour leur venir en aide, le gouvernement provincial a annoncé mi-octobre que 70 millions de dollars seraient octroyés aux sports et aux loisirs. Même s’il s’agit selon elle d’une belle initiative pour soutenir l’industrie sportive québécoise, Mme Diane Bernier, directrice générale du club de gymnastique l’Envol à Lévis, redoute qu’à long terme cette aide ne soit pas suffisante. À son avis, cette enveloppe de secours ne règlera pas tous les problèmes et ne fait que repousser les inévitables conséquences de l’arrêt du système.

L’organisme de gymnastique de Lévis a essuyé de grosses pertes lors de la première vague de Covid-19 en mars dernier. La directrice générale évoque notamment le remboursement des cours qui n’avaient pas encore été donnés ainsi que l’annulation des championnats organisés annuellement par le club. C’est plus de 30 000 dollars jetés par les fenêtres, se désole-t-elle. Toutefois, l’énorme succès du camp de jour estival et la popularité de la session commencée en septembre ont permis à l’Envol de rétablir son équilibre financier bousculé par la pandémie.

Or, « si la situation perdure dans le temps, les profits vont vite être grugés », déclare Mme Diane Bernier. « Le gouvernement a tout intérêt à ce que le système sportif redémarre car il a beau cracher de l’argent, il va y avoir trop de dommages collatéraux si ça continue », soutient cette ancienne gymnaste. En effet, si la pandémie engendre plusieurs problèmes financiers aux clubs de gymnastique, d’autres s’ajouteront plus tard à la liste en cas de prolongement de l’arrêt des sports.

 Confinement du talent

Replonger dans un long confinement comme celui du printemps dernier aurait des impacts considérables sur le développement des gymnastes, indique Mme Bernier. Plusieurs mouvements de gymnastique très techniques ne peuvent pas être pratiqués à la maison sans le matériel nécessaire. Puisque toutes les filles n’y ont pas accès chez elles, certaines devront réapprendre des mouvements qu’elles maîtrisaient déjà auparavant lors de la reprise des cours. C’est très frustrant et décourageant pour les athlètes, explique-t-elle : « Elles veulent progresser et non pas retourner en arrière. »

La pandémie inquiète aussi grandement les gymnastes de haut niveau du club lévisien, car la carrière sportive de plusieurs d’entre elles est en jeu. En raison des nombreux championnats annulés, beaucoup ne pourront pas se faire remarquer au sommet de leur talent, s’attriste Mme Bernier.

Les entraineuses du club l’Envol, qui fêtera son 50e anniversaire l’an prochain, ne manquent toutefois pas de créativité pour motiver les gymnastes, même au travers d’un écran. Cependant, cette motivation reste éphémère, car « les jeunes sont capables de s’adapter, mais pour un court délai » rappelle Mme Bernier. Elle estime que la meilleure solution pour préserver leur passion pour la gymnastique demeure la reprise des activités sportives, et ce, le plus tôt possible.

 

Décrochage sportif chez les tout-petits

Le club l’Envol offre, en plus d’un volet compétitif, des cours récréatifs aux poupons, aux adolescents et aux adultes. La directrice générale de cet organisme sportif créé en 1971, Mme Diane Bernier, craint que les plus petits perdent la volonté de continuer la gymnastique si le confinement se prolonge. C’est important que les plus jeunes restent passionnés pour ce sport, puisqu’ils constituent la relève du domaine, souligne-t-elle. Toutefois, la motivation et la confiance de plusieurs d’entre eux sont ébranlées par les cours à distance, n’ayant plus accès à l’aide rassurante de leurs professeures. Mme Bernier confesse aussi qu’il est plus difficile de faire participer les jeunes enfants au travers d’un écran, car leur attention est très volatile lorsqu’ils sont à la maison.

 

Seules les étudiantes figurant dans le programme de sport-étude en gymnastique de l’école secondaire Pointe-Lévy peuvent continuer de s’entrainer dans les locaux de l’Envol depuis octobre. Elles ne représentent qu’une vingtaine de gymnastes parmi les 600 inscrites dans ce club sportif. Toutefois, les athlètes et leurs entraineuses sont tenues de respecter les mesures de distanciation sociale en tout temps. (Crédit photo : Mélina Poulin)

La gymnastique est un sport qui demande énormément d’implication, étant très technique et exigeant physiquement. De nombreuses gymnastes du club l’Envol avaient l’habitude de s’entrainer des dizaines d’heures par semaine avant la pandémie. Si l’industrie sportive demeure en arrêt longtemps, les aptitudes de certaines risquent de régresser. Cela est dû en partie au fait qu’elles n’ont pas toutes à la maison le matériel nécessaire pour pratiquer chaque mouvement. (Crédit photo : Mélina Poulin)