Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Radios d’opinion: la campagne électorale sur les ondes

4 avril 2014 - 19:03

Photo: curtis.kennington (Flickr, Licence Creative commons)


Arthur Darrasse, Thomas Duchaine

QUÉBEC— Du «Anybody but (Ann) Bourget» de la campagne municipale de 2007, au «Anybody but Pauline» de la présente campagne, les radios d’opinion de Québec, comme leur nom l’indique, ne se sont jamais gênées pour donner leur avis politique et pour mobiliser des foules. La prise de parti des ces radios populaires peut-elle pour autant peser sur le vote de leurs auditeurs ?

«Quand on nous dit qu’on a beaucoup d’impact sur la population, on ne reconnaît pas l’intelligence des auditeurs à faire des choix éclairés», répond d’emblée Pierre Martineau, directeur général de la programmation au FM 93. Philippe Lefebvre, patron de la station CHOI Radio X, abonde dans le même sens. « On est conscient qu’on peut amener nos auditeurs à penser davantage, de là à penser qu’on les fait pencher d’un côté ou de l’autre, c’est un peu sous-estimer l’intelligence de l’auditeur moyen », estime-t-il.

Pour Daniel Giroux, professeur et membre du Centre d’étude sur les médias de l’Université Laval, ces radios ont surtout un effet de renforcement d’opinion. «Elles donnent à leurs auditeurs des moyens de structurer leurs opinions et des arguments pour se conforter dans ces dernières, et parfois, peut-être, de les faire évoluer un peu», analyse-t-il. Ces radios semblent avoir trouvé un auditoire chez une population aux conditions socioéconomiques plus fragiles, souvent des jeunes. «Elles n’hésitent pas à taper sur la fonction publique pour plaire à ceux qui remettent en cause les privilèges des fonctionnaires», souligne Daniel Giroux.

Bien qu’elle se rallie à l’idée que les radios d’opinion prêchent essentiellement des convertis, la coalition «Sortons les poubelles» soutient qu’elles ont une influence importante. «Elles ne font peut-être pas changer les idées politiques à leurs auditeurs, mais leurs animateurs forment tout de même des militants aux tendances assez radicales qui deviennent des portes-voix dans leur milieu », explique un membre de la coalition, qui tient à conserver l’anonymat. Cette source affirme que : «ce sont les meilleurs militants politiques au Québec». La coalition, qui s’oppose à la pratique de ce style de radio, s’est donnée pour mission de sensibiliser et de mobiliser la population «face aux propos haineux diffusés en onde et leur impact sur la société».

Des radios qui prennent position

Les auditeurs de Québec, habitué à un positionnement des radios d’opinion en faveur de partis comme la CAQ ou le Parti conservateur du Québec (PCQ), ont vu plusieurs animateurs vedettes appuyer ouvertement les libéraux au cours de la présente campagne. «En 2012, il croyaient que la CAQ avait les moyens de ses ambitions», explique Daniel Giroux. Or, la perspective d’un gouvernement péquiste majoritaire tel que le laissait entrevoir les sondages avant la campagne a changé la donne. «En réaction à l’idée d’un référendum, qui leur déplait souverainement, ils se sont probablement dit, il faut y aller avec les libéraux qui ont plus de chance de gagner », ajoute-t-il.

Plusieurs épisodes houleux ont agité la campagne, la candidate péquiste dans Charlesbourg, Dominique Payette a connu une interview douloureuse à CHOI Radio X. À la suite de cet épisode, la candidate et ministre sortante Agnès Maltais a déprogrammé sa propre entrevue. Sylvain Bouchard, animateur au FM 93 a fait parler de lui en distribuant des drapeaux du Canada à ses auditeurs.

La coalition «Sortons les poubelles» est manifestement inquiète du comportement des animateurs des radios d’opinion en période électorale. Le 30 mars elle postait sur son site un billet intitulé «Les élections sous influence» appuyé par des extraits audio. «Ce que font ces radios, c’est une forme d’anti-journalisme. C’est un peu tout ce que le journaliste ne doit pas faire : sources biaisées, demi-vérités, approximations…», confie la source de l’Exemplaire à la coalition.

Si la « radio poubelle » est morte depuis au moins dix ans comme l’affirment les patrons de CHOI Radio X et du FM 93, certains animateurs vedettes au passé mouvementé ressurgissent parfois de la tombe. L’animateur Jeff Fillion a récemment été embauché par la radio NRJ tandis que le célèbre André Arthur a fait son retour derrière les micros de CIGI-FM, une station radio de Montmagny.