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Itinérants : les oubliés de la démocratie ?

2 octobre 2019 - 15:44

Les affiches des candidats de Québec sont également un outil d’information pour les citoyens de la circonscription. (Crédit photo : Léa Harvey)


Léa Harvey

Le 21 octobre prochain, tous les citoyens canadiens seront appelés aux urnes. Les électeurs peuvent s’inscrire en ligne ou le soir même des élections au bureau de vote de leur circonscription. Seule condition : avoir sur soi deux preuves permettant de confirmer son adresse et son identité. Facile… mais pas pour tous. Les personnes en situation d’itinérance n’ont souvent aucune adresse permettant de confirmer leur identité. Madame Solange Cyr, directrice adjointe du scrutin de la circonscription de Québec, explique le mandat d’Élections Canada.

Depuis de nombreuses années, Élections Canada essaie de faciliter l’accès aux bureaux de vote : « Notre mission, c’est d’essayer de rejoindre le plus de citoyens possible », affirme madame Solange Cyr. Élections Canada met en place diverses ressources pour aider, par exemple, les personnes ayant un handicap physique ou une déficience intellectuelle. On pense notamment à des services d’interprétation linguistique et gestuelle, de l’aide pour marquer son bulletin de vote, etc.

Le site d’Élections Canada indique qu’une option est offerte aux personnes qui ne possèdent pas d’adresse. Celles-ci doivent faire signer un document à un organisme qu’elles fréquentent régulièrement (soupe populaire, services d’hébergement, etc.) afin d’obtenir une adresse provisoire. Toutefois, les personnes optant pour cette démarche doivent tout de même se présenter en personne avec une pièce d’identité valide en plus du document signé.

En ce qui a trait à la promotion des élections, madame Cyr explique que le même processus a lieu à chaque élection : dès le déclenchement des élections, une équipe d’agents de relation communautaire est attribuée à chaque circonscription. Ces équipes parcourent le territoire afin d’informer les gens de leurs droits et de la façon dont ils pourront les exercer. Les agents participent également à des activités de rayonnement prévues dans différents événements de la circonscription.

Les organismes communautaires sont aussi sollicités afin de bien informer les gens en situation d’itinérance : « On leur fournit toute l’information dont ils ont besoin. On leur offre également deux possibilités de vote : on peut créer un bureau de vote chez les organismes qui en font la demande ou on leur fournit les indications des bureaux de vote de la circonscription. Tout est mis en œuvre afin que les gens soient bien informés », précise madame Cyr. 

Un enjeu majeur

« Le droit de vote des personnes en situation d’itinérance est un enjeu majeur dans le milieu communautaire », explique madame Jimena Michea, coordonnatrice de l’organisme RAIIQ, le regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec.

Madame Michea apporte toutefois ici une nuance : « Au niveau national, cet enjeu se discute beaucoup auprès des associations communautaires. Ce n’est cependant pas ce qui ressort

principalement comme demande lorsqu’on parle aux organismes de première ligne. » Les personnes en situation d’itinérance sont souvent en situation de survie également, rappelle madame Michea. « Cet enjeu [le droit de vote] va demander une éducation populaire importante. »

Au Canada, l’itinérance touche de nombreux citoyens et, ce, particulièrement dans les grands centres. L’organisme JecompteMTL a publié, en 2018, les plus récents chiffres quant au taux d’itinérance au Canada. À Montréal, on estime, par tranche de 10 000 habitants, 16 personnes en situation d’itinérance visible*. À Toronto, le nombre monte à 30 et on atteint 34 pour la ville de Vancouver.

* C’est-à-dire que les chiffres ne tiennent pas en compte les itinérants qui vivent dans des centres d’hébergement ou autres lieux communautaires.