D’après les chiffres du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, 182 licences d’exploration sont actuellement accordées à plusieurs grandes entreprises comme Pierade Energy, Junex ou Repsol. « La planète ne peut pas continuer comme ça ! », affirme Sol Zanetti, député Québec Solidaire (QS) de Jean-Lesage à Québec. (Crédit photo : Louis Fabre)

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, Jonathan Julien, a déposé le 3 février un projet de loi visant à mettre fin à toute recherche et production d’hydrocarbures au sein de la province. Sol Zanetti est député du parti d’opposition Québec solidaire (QS), élu dans la circonscription de Jean-Lesage à Québec. Il salue une démarche respectueuse de l’environnement, mais dénonce les compensations financières prévues par le gouvernement en faveur des entreprises du secteur.

C’était une promesse, ce sera une réalité. La Coalition Avenir Québec (CAQ) est en passe d’interdire l’exploration et l’exploitation de gaz et de pétrole sur son sol. « On accueille favorablement ce projet de loi, réagit sobrement Sol Zanetti. Il fallait le faire c’est sûr, mais on est très déçus que le gouvernement prévoie des indemnisations de plusieurs millions. »

100 millions de dollars : c’est la somme prévue par le gouvernement pour aider à la réhabilitation de 62 sites. « C’est une erreur, martèle l’élu. Ces entreprises-là ont pris des risques en achetant des permis d’exploration. Elles doivent en payer le prix. Pas un sou des Québecois ne devrait leur revenir. S’il y a une grappe industrielle qui n’a pas de problèmes d’argent, c’est bien la filière des hydrocarbures. »

Selon un rapport du Centre québecois du droit de l’environnement (CQDE), aucune loi ne contraint à l’indemnisation, le droit de propriété n’étant pas un droit absolu. Résultat, pour Sol Zanetti, les compensations financières promises par la CAQ relèvent non pas d’une obligation juridique mais d’un choix politique.

« L’environnement est un angle mort de leur projet politique. Avec ce texte, la CAQ essaye de rattraper son retard mais il ne faut pas que cette démarche serve d’excuse à l’inaction sur d’autres sujets environnementaux comme la qualité de l’air ou la préservation du caribou. »

Pas un gros sacrifice

Le 4 novembre dernier, juste avant la COP26 à Glasgow, le Québec rejoignait la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA) pour accélérer l’abandon progressif de la production de combustibles fossiles. En cas de vote du projet de loi, la province serait la première en Amérique du Nord à interdire une telle exploitation.

Or, si le Canada est le quatrième producteur mondial d’or noir, aucun gisement n’est exploité au Québec après 35 ans de tentatives le long de la vallée du Saint-Laurent, en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti. Le Québec importe la totalité du pétrole brut qu’il consomme. 63 % provient du Sud des États-Unis et 37 % de l’Ouest canadien, selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec.

« Nous avons peu de réserves en pétrole donc abandonner la production de combustibles fossiles n’est pas un gros sacrifice », précise Sol Zanetti.

Pour l’ancien chef du parti souverainiste Option nationale, l’indépendance aux hydrocarbures passe désormais par une autre indépendance, celle du Québec : « Nous devons nous affranchir du Canada pour éviter qu’il puisse faire passer ses pipelines sur notre territoire. »

Sol Zanetti n’est pas inquiet pour l’avenir des employés du secteur des hydrocarbures : « Nous sommes en pénurie de main d’œuvre au Québec, donc le gouvernement doit les accompagner dans une reconversion professionnelle. » (Crédit photo : Louis Fabre)
En 2017, Manon Massé (députée Québec Solidaire (QS), au centre de l’écran), avait déjà proposé un projet de loi similaire à celui du ministre Julien. « Le gouvernement ignore souvent nos textes mais, pour une fois, on est contents qu’ils aient récupéré l’idée », se réjouit Sol Zanetti. (Crédit photo : Louis Fabre)