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Gestion de la pandémie : les quatre couleurs de l’arc-en-ciel

28 septembre 2020 - 15:21

Le député de Québec Solidaire dans Jean-Lesage et porte-parole du deuxième groupe de l’opposition en matière de santé, Sol Zanetti, croit qu’« au Québec, si les gens décident de ne pas respecter les mesures sanitaires, il n’y aura pas assez de polices pour les en empêcher. Ce qu’il faut, c’est convaincre les gens que ce qu’il y a à faire est logique et cohérent, que c’est nécessaire. » (Crédit photo : Annie Blouin)


Annie Blouin

Depuis la mi-septembre, la grisaille pandémique reprend du terrain. En un mois, le Québec est passé d’environ 70 à 500 infections journalières. De l’arc-en-ciel ne reste plus que quatre couleurs : le vert, le jaune, l’orange et le rouge. Rouge comme dans alerte et panique générale. Perçu comme un gestionnaire exemplaire par une majorité citoyenne en début de pandémie, François Legault est de plus en plus la cible de critiques, autant de la part de la population que des partis d’opposition. Sol Zanetti, député de Québec Solidaire (QS) dans Jean-Lesage à Québec, croit que la gestion de la pandémie par la CAQ est trop coercitive.

Selon un sondage Léger paru en mars dernier, pas moins de 94 % de la population québécoise se disait satisfaite de la gestion de la pandémie par l’équipe du premier ministre. En juin, François Legault bénéficiait toujours de l’appui d’une majorité de Québécois à 78 %.

Les répercussions socio-économiques de la COVID ont fragilisé les Québécois. Le chômage, le confinement et les entreprises au bord du gouffre ont exacerbé la vulnérabilité et l’anxiété du « vivre en société ». Les gens ont eu besoin d’être guidés et rassurés. Le leadership de François Legault a joué un rôle crucial en inspirant les Québécois et en favorisant la cohésion et l’entraide. Démontrant son sens de la démocratie en consultant la population et en cherchant l’acceptabilité sociale, il a pris ses décisions avec les citoyens. Les Québécois ont vu en leur premier ministre une figure apaisante, réconfortante et solidaire.

Cet engouement populaire a pris des proportions significatives en hissant les figures politiques de Legault et d’Arruda en véritables vedettes médiatiques. De multiples produits dérivés à leur effigie sont apparus dans le paysage urbain sous la forme d’arcs-en-ciel, de t-shirts, d’autocollant, etc. Même les partis politiques de l’opposition ont tu les ratés de la gestion de la pandémie tels que l’engorgement de la ligne Info Santé, la distribution de matériel de protection dans le réseau de la santé et les multiples éclosions en CHSLD.

À l’heure actuelle, la confiance de la population envers le premier ministre s’essouffle et les critiques déferlent sur la CAQ. À l’aube d’une deuxième vague, les partis d’opposition lui reprochent de ne pas être prête pour affronter la recrudescence de la crise : code de couleurs manquant de clarté, dépistage mal organisé, manque de transparence qui favorise l’essor du complotisme, consignes difficiles à suivre, chaque nouveau point de presse annonçant de nouvelles mesures qui remplacent ou modifient celles de la veille…

Surfer sur la deuxième vague

Révélateur des lacunes en CHSLD et en santé, la crise actuelle a mis en lumière les failles de notre système public. Ainsi, plutôt que d’aller à contre-courant de la population par des mesures punitives, Sol Zanetti, député de Québec Solidaire, préconise davantage le renforcement des services sociaux.

Selon lui, la tendance actuelle du gouvernement à donner davantage de constats d’infraction aux gens et aux commerçants qui ne respectent pas les consignes sanitaires et de contraindre les infirmières à travailler contre leur gré ne fonctionne pas. « Nous, on veut un renforcement des services publics avec une amélioration des conditions de travail de l’ensemble du réseau pour que la pénurie ne soit pas juste changée de place, mais qu’elle soit vraiment enrayée. […] Les gens sont tannés de se faire appeler anges-gardiens, puis après ça de se faire couper leurs vacances, puis imposer du temps supplémentaire obligatoire. »

Le 15 septembre dernier, Sol Zanetti a déposé un projet de loi qui permettrait de soutenir le système de santé québécois : Pharma-Québec . Cette société d’État permettrait de faire de la production de médicament et de matériel médical, de la recherche dans le domaine, ainsi que des achats groupés de médicaments. « Si le Québec avait décidé il y a 10 ans d’instituer Pharma-Québec, souligne-t-il, on aurait développé une autosuffisance et une plus grande capacité d’adaptabilité pour assurer nos stocks en termes de masques, de jaquettes, d’écouvillons, etc. » À la place, déplore-t-il, on s’est retrouvé avec une capacité insuffisante à se procurer du matériel médical pour faire face à la pandémie.

Le député de QS rappelle, tout sourire, que « […] la façon la plus sûre d’y arriver, c’est d’élire un gouvernement majoritaire de Québec Solidaire ! »