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Fêter la Saint-Jean en encourageant les microbrasseries québécoises

29 mars 2018 - 16:28

Bière

« Ça aurait été bien qu’on s’assure qu’il y ait au moins une micro du coin (ville de Québec) », déplore Antoine Bernatchez, copropriétaire et brasseur à la Brasserie artisanale La Souche. (Crédit photo Clémence Mercille)


Antoine Grenier, Clémence Mercille

Un concours organisé par le Mouvement national des Québécoises et des Québécois va permettre à trois microbrasseries de la province de vendre leur bière lors des célébrations de la fête nationale sur les Plaines d’Abraham.  Des six derniers finalistes du concours, il n’y a aucun brasseur de la ville de Québec. Mais ces derniers reconnaissent la grosseur de la tribune qui leur est offerte pour promouvoir leur gagne-pain et leur passion.

C’est « une excellente idée pour faire connaître le monde des micros au monde du Québec », lance Jean-Philippe Paradis, copropriétaire du Noctem Artisans Brasseurs, à Québec, qui fait partie des 25 microbrasseries participantes au concours. « C’est un gros pas en avant », ajoute-t-il. Même son de cloche du côté de Marie-Ève Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec, qui se déclare « réellement enthousiaste de cette initiative qui rayonnera sur toute l’industrie ».

Elle est heureuse de voir la naissance d’une initiative comme celle-ci : « Nous avons besoin de partenaires comme le MNQ pour démocratiser les produits de microbrasseries, s’enraciner davantage dans nos mœurs et poursuivre notre développement comme industrie ».

L’objectif de ce concours est justement de « de mettre en valeur l’ensemble de cette industrie afin d’encourager le développement régional, et ce partout au Québec », ajoute Geneviève Tardy, responsable des partenariats du Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) et organisatrice du concours. « Nous avons transformé le besoin d’un fournisseur de bières en opportunité de mise en valeur d’une industrie », précise-t-elle.

« C’est une super initiative qui renforce la tendance lourde au Québec où les bières de microbrasserie sont très appréciées et en demande ». Benoît Magnan, directeur des ventes de La Barberie.

Les six bières finalistes ont été sélectionnées par un comité d’expert. On y retrouvait notamment Marie-Ève Myrand et Philippe Wouters, « expert-bières » et éditeur du magazine Bières et Plaisirs. Elles ont été sélectionnées à l’aveugle, pour éviter tout biais, et évaluées selon des critères comme le goût, l’aspect, la mousse et le caractère accessible de la bière. Le public était invité à aller voter pour les trois gagnants, qui ont depuis été annoncés. Il s’agit des brasseries À la FûtBelgh Brasse et Brasseurs du Monde.

Des critères « trop contraignants » pour certains brasseurs

« On a reçu l’annonce un peu tard, peut-être que c’était voulu, mais ça ne nous permettait pas de faire une nouvelle recette pour le concours », se désole Antoine Bernatchez, copropriétaire et brasseur à la Brasserie artisanale La Souche, à Québec. « Il fallait qu’on pige dans ce qu’on avait de prêt », souligne-t-il. Avec plus de temps et moins de contraintes, « on aurait pu intégrer des bières ambrées, rousses, aux fruits », ajoute-t-il.

« Les règles du concours ont été développées en collaboration avec l’Association des microbrasseries du Québec afin de justement s’assurer qu’elles correspondent à la réalité d’une majorité de microbrasseries au Québec ». Geneviève Tardy, responsable des partenariats du Mouvement national des Québécoises et Québécois.

Mme Tardy insiste sur le fait que les contraintes n’ont pour but que de répondre aux besoins des festivaliers. Par exemple, le concours se limitait aux bières blondes dites « de soif », car l’an dernier à la Saint-Jean « 90 % des ventes ont été de la bière blonde ». Bien que cela puisse limiter la créativité des brasseurs, l’idée est de « plaire à monsieur et madame tout le monde et non seulement aux amateurs de bières artisanales », renchérit-elle. En effet, l’intention du mouvement est « d’offrir un produit de qualité et non de jouer dans la même ligue que les festivals de bières », fait remarquer Geneviève Tardy.

De son côté, Jean-Philippe Paradis, copropriétaire du Noctem Artisans Brasseurs, croit que « c’était une bonne idée d’avoir une bière plus légère ». « Il faut comprendre la situation des juges », ajoute-t-il, qui avaient des critères précis à respecter.

Un concours qui pourrait revenir

L’expérience des bières de microbrasseries sur les Plaines avait été testée l’an dernier avec la microbrasserie Farnham. « L’expérience fut très concluante », soutient Geneviève Tardy. Mais l’organisation a décidé « d’aller vers une formule concours » pour « mettre à l’avant-scène les microbrasseries du Québec et faire participer le public à la prise de décision ». C’était donc la première fois cette année qu’était organisé ce concours.

La Barberie s’est abstenue de participer pour évaluer les retombées du concours : « Nous allons aller faire un tour sur les Plaines pour voir comment cela se déroule au niveau logistique », affirme Benoît Magnan, le directeur des ventes de la microbrasserie. Geneviève Tardy ne confirme d’ailleurs pas le retour du concours. « Avant de savoir si nous allons reproduire la formule concours, nous allons faire le bilan après l’événement, incluant la logistique au jour J », dit-elle.

Mais pour l’instant, « le concours remporte un succès fulgurant inespéré », selon Geneviève Tardy. S’il revient l’an prochain, au moins une micro brasserie est déjà intéressée: « Nous participerons probablement l’année prochaine s’ils désirent refaire ce type de concours », affirme Benoît Magnan.

« Si une micro de Québec est sur la carte, [toutes les micros de la Ville] vont être contentes ». Antoine Bernatchez, copropriétaire et brasseur à la Brasserie artisanale La Souche.

Jean-Philippe Paradis, copropriétaire du Noctem Artisans Brasseurs, a demandé aux organisateurs du concours s’il serait possible de « faire rentrer une bière locale [brassée] en collaboration ». L’organisation lui a répondu que « ce serait trop compliqué pour cette première édition, mais que ce serait possible pour une autre année ». Geneviève Tardy confirme que l’organisation est « toujours ouverte à de nouvelles idées génératrices de nouveauté ».