Dans le cadre de la semaine des sciences sociales de l’Université Laval à la mi-février, Annie Grégoire-Gauthier et Emanuel Guay se sont penchés sur deux positions liées au mouvement féministe. La conférence Femmes antiféministes et hommes proféministes : réflexions croisées sur deux catégories politiques menée par les étudiants en sociologie proposait de décrire ces deux postures qui, semble-t-il, prennent de plus en plus de place dans les médias québécois.
Deux positions qui paraissent au premier coup d’œil diamétralement opposées, mais qui pourtant partagent plusieurs points communs. Alors que d’autres sujets entourant le féminisme ont été largement théorisés, ces deux postures politiques sont, selon les conférenciers, des catégories plus rarement mises de l’avant. Ensemble, elles permettent de poser des questions stratégiques pour les militants du mouvement tout en soulignant les postures qui peuvent nuire à la lutte féministe.
Une minorité surreprésentée
Le rapprochement se fait par la visibilité qu’ont les individus se réclamant de ces idéologies. Annie Grégoire-Gauthier, étudiante à la maitrise en sociologie, croit ainsi qu’il y a un déséquilibre entre la place accordée aux femmes antiféministes sur la scène publique et le nombre de personnes qu’elles représentent véritablement. « Elles ont une grande visibilité et prétendent parler au nom de plusieurs femmes, mais dans les faits, elles sont assez minoritaires, alors qu’il y a plein de femmes qui vivent des oppressions tous les jours et qui n’ont aucun espace pour le dire, ni aucune légitimité publique. »
Les antiféministes, telles que décrites par la conférencière, sont trop souvent des femmes qui n’ont pas vécu de discrimination et considèrent que leur situation sociale est celle de toutes les autres. Mme Grégoire-Gauthier précise qu’elles ont accédé à un certain pouvoir et qu’elles ne souhaitent alors « pas modifier le système qui leur a permis de se rendre là ».
De l’autre côté du spectre se trouvent les hommes proféministes. Si certains d’entre eux sont de véritables alliés de la cause, ces militants peuvent également décrédibiliser le mouvement sans même s’en rendre compte. « Il y a beaucoup de gars qui ont été confrontés aux questions féministes et qui se sont sentis interpellés, qui ont envie de participer, mais qui ne le font pas nécessairement de la bonne manière », explique l’étudiante également agente de recherche au Conseil du statut de la femme.
Emanuel Guay, également étudiant en sociologie, s’est penché sur le phénomène. Il explique comment ne pas tomber dans ces pièges qui reproduisent le modèle de l’oppression patriarcale. « Il faut prendre conscience de ses privilèges et des intérêts objectifs qu’on a dans le maintien de cette structure. S’il veut devenir un allié de la cause, le proféministe doit renoncer à ses privilèges et se faire attentif », dit-il en concluant sur un discours clairement destiné aux hommes proféministes.



















