« Je voulais adapter l’application pour l’élection présidentielle française en avril prochain, mais le délai est trop court », admet Yannick Dufresne, professeur agrégé à l’Université Laval et cocréateur de Datagotchi. Prochains pays en ligne de mire : le Japon et la Belgique. (Crédit photo : Salomé Kourdouli)

Pour le monde politique québécois, les élections d’octobre 2022 ne sont qu’une lointaine échéance. Pourtant, les deux professeurs agrégés de l’Université Laval, Yannick Dufresne et Simon Coulombe, travaillent déjà sur leur application de prédiction de vote : Datagotchi. Les deux cocréateurs ainsi que la doctorante Catherine Ouellet s’affairent à améliorer la précédente version sortie lors des élections fédérales de septembre 2021.

L’endroit où vous prenez votre café, votre film préféré ou votre lieu d’habitation : il ne faut que quelques informations à l’application Datagotchi pour prédire votre vote. Si les élections fédérales sont passées depuis longtemps, les trois créateurs – les professeurs Yannick Dufresne et Simon Coulombe ainsi que la doctorante Catherine Ouellet – ne chôment pas pour autant. Ils ont un objectif en tête : « Les élections provinciales d’octobre 2022 », explique Yannick Dufresne.

En répondant à une trentaine de questions sur vos habitudes de vie, un avatar change à votre image et estime votre préférence politique. En quoi par exemple mon genre musical préféré influe-t-il sur mon vote ? C’est l’influence sociologique, répondent les deux professeurs. « Ce n’est pas parce que vous écoutez du heavy metal que vous votez pour tel ou tel parti, reconnaît Yannick Dufresne. Mais le fait d’écouter du heavy metal vous rapproche des autres personnes qui écoutent ce style de musique. Vous évoluez dans ce milieu-là, vous partagez peut-être les mêmes opinions. »

Chacune des réponses a son importance. « Apprécier le jazz à 18 ou à 70 ans est complètement différent sociologiquement », ajoute Simon Coulombe. C’est aussi l’un des buts de Datagotchi : « Chacun peut s’amuser à changer une variable pour voir comment son vote évolue. »

L’application aux airs de jeu vidéo a d’abord été créée à des fins de recherche. Mais au-delà de cet apprentissage, le projet veut faire réfléchir ses utilisateurs. « Toutes les informations qu’on demande, on peut souvent les trouver sur les médias sociaux, assure Yannick Dufresne. On arrive à prédire votre vote avec 30 questions, donc imaginez ce que peuvent faire d’autres entreprises avec tout ce qu’on trouve sur Internet. » Les deux collègues mettent un point d’honneur à protéger les données personnelles : le projet a été validé devant le comité d’éthique de l’université. 

Niveau 2 en développement

Après un premier test grandeur nature en septembre 2021 et ses 300 000 utilisateurs, l’heure est à l’amélioration. Les deux professeurs travaillent à ajouter de nouvelles questions, voire à appliquer le concept à d’autres secteurs. « J’aimerais développer un niveau 2 autour de la santé mentale, détaille Simon Coulombe. Comme pour la version « élections », l’utilisateur répond à des questions et Datagotchi lui suggère des activités qui contribueront à son bien-être. »

Pour les dernières élections de septembre 2021, l’application n’a pu être prête qu’une dizaine de jours avant la date de vote. C’est pourquoi l’équipe d’une quinzaine de personnes travaille dur pour la rendre disponible plus longtemps. Le décompte est lancé : il lui reste huit mois avant les élections générales.

L’apparence de jeu vidéo et le nom de l’application, Datagotchi, ne sont pas sans rappeler l’animal de compagnie virtuel populaire dans les années 90, Tamagotchi. (Crédit photo : Salomé Kourdouli)
Les deux créateurs de Datagotchi font également partie de deux Chaires de l’université : Simon Coulombe (à gauche) à la Chaire de recherche « Relief en santé mentale, autogestion et travail », et Yannick Dufresne à la Chaire de « leadership en sciences sociales ». (Crédit photo : Salomé Kourdouli)