QUÉBEC – Les dirigeants de la ligue de hockey de la Capitale et de l’interligue QBC ont conclu une entente, en mars dernier, abolissant la publication des statistiques individuelles des joueurs mineurs. Prise suite aux nombreuses demandes des parents qui réclamaient des modifications aux feuilles de pointage, cette décision soulève encore à ce jour de nombreux débats quant à la tenue des statistiques individuelles chez les mineurs.
«La ligue n’affiche pas les statistiques des joueurs pour cette catégorie.» C’est ce que peuvent dorénavant lire les parents des jeunes hockeyeurs lorsqu’ils tentent d’accéder sur Internet à la fiche personnelle des joueurs mineurs inscrits dans la ligue de hockey de la Capitale ou de l’interligue QBC.
En effet, suite à l’insistance des parents réclamant la modification de certaines statistiques sur les feuilles de pointage, la ligue a tranché – par vote majoritaire – en faveur de l’abolition des statistiques individuelles.
«Aussitôt que le match finissait, les coachs recevaient la feuille de match et tout de suite ils [les parents] se dépêchaient d’aller voir le marqueur,» raconte le président de l’interligue QBC, René-Serge Labrie. «À ce moment-là, celui-ci avait peur du parent et ne savait plus quoi marquer sur la feuille.»
De nombreuses plaintes
Suite au dévoilement de cette décision, plus d’une vingtaine de plaintes ont été émises envers l’interligue QBC. Une page Facebook réclamant le retour des statistiques dans le hockey mineur a même été créée par un parent frustré de ne plus voir apparaître en ligne les statistiques individuelles des joueurs mineurs.
Loin de faire l’unanimité, c’est cependant qu’une minorité de parents qui a exprimé un certain désaccord envers la décision d’abolir ces statistiques.
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Les avis semblent à leur tour très partagés du côté des entraîneurs. Alors que certains soutiennent que les statistiques individuelles représentaient une source de motivation supplémentaire, d’autres croient que cette nouvelle mesure permettra d’établir un nouvel esprit d’équipe.
«Je vois l’abolition des statistiques individuelles d’un bon œil,» explique Jean Lapointe, entraîneur du Frontenac de Québec depuis maintenant deux ans. «Ça me permet de concentrer davantage mon travail sur les résultats collectifs qu’individuelles.»
Même son de cloche du côté du président de l’interligue QBC. «Il s’agit d’amener les jeunes à avoir un esprit d’équipe et à voir les statistiques, non individuellement, mais [collectivement] pour valoriser leur équipe,» a-t-il raconté à l’Exemplaire. «C’est important de leur montrer que lorsqu’on gagne, on gagne en équipe et que lorsqu’on perd, on perd en équipe.»
Le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde, a à son tour montré son appui envers la décision prise par les ligues. «Je pense que toutes les ligues peuvent très bien existé sans avoir de statistiques individuelles,» a-t-il révélé lors d’une entrevue réalisée par TVA Sports.
Acceptée auprès des jeunes
Alors que l’abolition des statistiques individuelles a fait jaser plusieurs parents au cours des derniers mois, la décision semble tout de même être acceptée par la majorité des jeunes joueurs.
«Personnellement, ça ne change pas ma manière de jouer,» a affirmé Raphaël Gagnon du Frontenac de Québec, évoluant dans le midget AA. «En tant que capitaine, l’important c’est la victoire. Les statistiques individuelles sont là pour mousser le tout et sont secondaires en fin de compte.»
C’est sur la même lancée que s’est exprimé le jeune attaquant de 15 ans du campus DPR Noroits, Étienne Hince. «C’est sûr que j’aimais bien que mes statistiques soient publiées en ligne, mais le hockey est un sport d’équipe et nous n’avons pas besoin d’elles pour nous amuser.»
Une tâche de plus en plus ardue
Même si quelques erreurs peuvent parfois se glisser dans les feuilles de pointage, le président de la QBC s’avère tout de même satisfait du travail des arbitres et des jeunes marqueurs. «C’est difficile de demander aux jeunes de prendre trois numéros en note, ou de voir les trois passes qui se sont faites,» explique-t-il.
Loin d’être à l’abri des erreurs, il affirme que les marqueurs officiels doivent respecter le compte-rendu donné par les arbitres. «Même la LNH se trompe parfois. Mais eux, ils ont des vidéos. Nous, on n’en a pas.»
Arbitre depuis maintenant six ans, Francis Leclerc se réjouit quant à lui de la décision de la ligue. «Ça rend mon travail beaucoup plus facile,» a-t-il exprimé. «Je n’ai plus à me soucier des statistiques individuelles et à donner le compte-rendu des buts à l’annonceur maison. Je me concentre davantage sur le jeu.»
Suite aux nombreuses confrontations avec certains parents frustrés, aucun marqueur n’a voulu commenter. À ce sujet, Labrie a admis que certains d’entre eux ont même refusé de revenir travailler pour la ligue depuis que certains incidents se sont produits au cours des derniers mois.
L’implication des parents
L’abolition des statistiques individuelles a par ailleurs fait remonter à la surface la question de l’implication des parents dans le sport de leurs enfants. Alors que certains soutiennent qu’ils jouent un rôle positif dans la pratique du sport, d’autres confirment que ces derniers mettent trop de pression sur les épaules des jeunes joueurs.
C’est en faisant référence à une plainte recueillie par l’interligue QBC au courant des derniers mois que le président affirme que certains parents peuvent parfois «dépasser les bornes.»
«On a eu un cas où une madame menaçait de poursuivre en cour une association parce que cela allait soi-disant nuire à son enfant pour qu’il puisse aller faire la catégorie élite,» a-t-il raconté. «On est loin de la Ligue nationale de hockey (LNH).»
Mais quel est le véritable rôle du parent? Comment devrait-il se comporter? C’est à ces questions que répond Dany Bernard, conseiller en psychologie du sport à l’université Laval.

















