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Densification urbaine à Québec : existe-t-il un juste milieu ?

16 octobre 2019 - 08:42

Michel Fournier est en accord avec le terme de « densification sauvage » employé par les résidents du secteur. Il précise que celui-ci est apparu suite aux mécontentements devant les constructions de la rue Matapédia en 2014. (Crédit photo : Erika Bisaillon)


Erika Bisaillon

Deux nouvelles constructions dans le quartier Sainte-Foy provoquent le mécontentement du voisinage. Michel Fournier, porte-parole du Comité pour une densification respectueuse (CDR), milite pour une densification urbaine en harmonie avec le patrimoine bâti et arboricole présent. Il suspecte que les règlementations n’ont pas toutes été respectées.

Des immeubles à logements créent beaucoup d’émoi dans le quartier Sainte-Foy. Sur la rue Richer, la construction d’un immeuble d’une hauteur de 10 mètres s’est terminée début septembre tandis qu’un autre, de 14 mètres, voit le jour sur la rue Terrasse Laurentienne au grand dam des résidents du secteur.

Les citoyens ont fait valoir leur mécontentement à plusieurs reprises, notamment à la séance du conseil municipal du 7 octobre dernier. Ils qualifient ces nouveaux immeubles de « paquebots » qui détonnent parmi les bungalows. Aucune compensation n’est prévue, bien que la valeur de leur maison s’en trouve fortement dépréciée.

Depuis octobre 2014, le CDR dénonce les projets d’urbanisation qu’il juge inadéquats et revendique des améliorations règlementaires. Souches d’arbres, forme du toit, matériaux de revêtement : les nouvelles maisons sont passées au peigne fin par le comité. Elles sont ensuite jugées acceptables, non acceptables ou très acceptables, selon une grille d’évaluation factuelle qu’il a conçue.

Dans le cas de la construction sur Terrasse Laurentienne, Michel Fournier dit avoir « de la misère avec l’affirmation d’Émilie Villeneuve qui dit que toute la règlementation a été respectée ». En effet, cette dernière, conseillère municipale du district de Saint-Louis-Sillery, a invité les citoyens à entreprendre des moyens d’action s’ils s’estiment lésés bien qu’elle reconnaisse que la construction des immeubles n’aurait pas dû être approuvée. M. Fournier estime qu’« elle a fait part d’une certaine candeur » dans ses propos et apprécie « de voir des politiciens qui ne parlent pas toujours avec la langue de bois », bien que le problème ne soit pas réglé.

Il indique qu’une modification apportée en 2017 dans la règlementation impose de comparer les plans de construction aux cinq maisons environnantes afin de respecter notamment la hauteur moyenne des rez-de-chaussée et des toitures. « On a beau avoir un règlement, encore faut-il qu’il soit appliqué », déplore-t-il.

Nicole Morissette, touchée par les constructions, a mobilisé les citoyens du secteur afin d’exiger des changements aux règles de zonage dans le quartier. Le CDR lui a suggéré de lui apporter son expertise, une rencontre entre les deux regroupements est donc prévue.

Trop peu, trop tard ?

Pour répondre aux angoisses des résidents, les élus du district ont modifié la grille de zonage du secteur le 4 octobre dernier. Le gabarit maximal des immeubles est réduit à deux étages, plutôt que trois, et trois logements, plutôt que six.

Dans le rapport du CDR publié en juin 2019, près de 20 % des résidences évaluées étaient jugées non acceptables comparativement en 2014 où le résultat dépassait les 50 %. « Il y a eu une amélioration dans la règlementation depuis qu’on s’est élevé », souligne M. Fournier. Dans le même mois, des changements dans les grilles de spécifications et d’exigences en termes d’urbanisme ont été apportés pour les zones d’habitation.

Devant l’ampleur du défi imposé par la densification, le CDR suggère que la ville de Québec se munisse d’une charte de densification respectueuse. Il l’incite aussi à susciter davantage l’adhésion des citoyens, trop souvent mis devant le fait accompli.

Michel Fournier qualifie l’immeuble situé au 778 rue Terrasse Laurentienne de « parallélépipède ». (Crédit photo : Erika Bisaillon)