QUÉBEC — La musique est considérée comme une des plus grandes sources de plaisir, pourtant, chez certaines personnes, elle ne suscite pas d’émotion. C’est la découverte que vient de publier une équipe de chercheurs de l’Université de Barcelone (UB) et de l’Institut de Recherche Biomédicale de Bellvitge (IDIBELL) dans la revue Current Biology du 6 mars.
Lors d’une première étude, 1029 étudiants ont été soumis à un questionnaire sur leur perception de la musique. 5% des personnes disaient ne pas éprouver de plaisir lorsqu’elles écoutent de la musique. Les chercheurs ont sélectionné 30 personnes de cette précédente étude -un échantillon représentatif de la diversité des réponses. Ils les ont regroupés en trois catégories selon leur sensibilité. Ces personnes ont été soumises à deux expériences : les individus étaient soumis à une stimulation par la musique (écoute de plusieurs morceaux), et d’autre part, ils étaient soumis à une expérience où il était question d’argent – gagner de l’argent étant un enjeu stimulant pour les êtres humains.
Ces activités stimulantes provoquent des réactions physiologiques, telles que l’accélération des pulsations du cœur et le changement de conductance de la peau, qui ont été relevées par les chercheurs. «On mesure [ces] réactions physiologiques chez différentes personnes, peu importe qu’elles s’extasient devant une cantate de Bach, une improvisation de jazz ou une ballade de Frank Sinatra», explique Robert Zatorre, l’un des auteurs de la publication. «Ces changements physiologiques sont reliés à une émotion musicale, décrit le chercheur dans un article du Devoir, «ils apparaissent lorsque les sujets vivent cette expérience agréable». Ces paramètres permettent d’évaluer l’activité émotionnelle des individus.
Les résultats physiologiques de cette recherche coïncidaient avec les réponses au questionnaire de la précédente étude : le groupe de personnes dites insensibles réagissaient moins que les autres groupes. En revanche, les trois groupes réagissaient de la même manière à la récompense monétaire. Selon les chercheurs, ces résultats montrent l’existence d’une incapacité à ressentir une sensation de plaisir lors de stimulus musicaux, ce qui est qualifié d’anhédonie musicale.
Du son à la musique
L’audition, c’est le fait d’entendre les sons, qui ne sont autre chose que des ondes. Les vibrations de ces ondes sont détectées par l’oreille — plus précisément l’oreille interne. Celle-ci présente des cellules sensorielles qui détectent les sons et les traduisent en messages électriques qui sont envoyés au cerveau par le système nerveux. C’est ensuite le cortex auditif du cerveau qui analyse et traite les informations.
Pour Olivier Gagnon, doctorant à la faculté de musique de l’Université de Montréal, il ne faut pas réduire la musique à une simple onde où l’individu est passif. «La musique entre comme une onde sonore mais est interprétée par le cerveau. Il y a vraiment une action de l’auditeur pour créer un sens et pour s’émouvoir.» Cette analyse, ou perception de la musique, dépend de plusieurs facteurs, et notamment de la mémoire.
Perception et sensibilité, deux choses différentes
Il existe des personnes qui ont des problèmes de perception de la musique suite à un accident ou par héritage génétique. Comme l’explique Geneviève Mignault Goulet, doctorante en neuropsychologie clinique, c’est ce qu’on appelle l’amusie : c’est lorsque le rythme, la mélodie et surtout la hauteur des notes, n’ont pas de sens pour la personne. Par exemple, certains individus n’arrivent pas à retenir des chants, à reconnaître des morceaux ou à différencier des notes.
Dans la publication de mars dernier, c’est de sensibilité à la musique dont on parle. L’anhédonie musicale concerne les personnes qui n’éprouvent pas d’émotions positives lorsqu’elles écoutent de la musique. Ces émotions sont testées d’après les réactions physiologiques du corps.
Plus généralement, l’anhédonie est un terme pour désigner les personnes qui n’éprouvent pas de plaisir en réponse aux stimuli comme la nourriture et le sexe. Ces plaisirs sont associés au système de récompense. Comme l’explique le site de l’Université McGill, Le cerveau à tous les niveaux, ces plaisirs fournissent la motivation pour les activités essentielles à la survie, telles que boire, manger, se reproduire…
La sensibilité à la musique reste un mystère du point de vue de l’évolution de Darwin, car il semble qu’elle ne présente pas d’avantage biologique. Mais ces résultats sont de nouvelles pistes pour la compréhension du circuit de la récompense et pour la recherche dans le domaine de la musique.



















