Une Coupe du Monde confrontée à des protestations de la part des 2SLGBTQI+.

Alors que la Coupe du Monde au Qatar a débuté le 20 novembre 2022, le pays organisateur est fortement critiqué concernant sa position ambivalente sur les personnes issues de la communauté 2SLGBTQI+, suscitant des réactions dans le camp des défenseurs de la diversité sexuelle et de genre.

 

Le 22 novembre 2022, l’ancienne capitaine de l’équipe féminine de football galloise, Laura McAllister, doit enlever son chapeau aux couleurs arc-en-ciel pour entrer dans le stade qatari où va se jouer le match États-Unis-Pays-de-Galles. Depuis que la Coupe du Monde a commencé au Qatar le 20 novembre 2022, le pouvoir semble partagé entre une réticence allant jusqu’à la répression envers la communauté 2SLGBTQI+, et une apparente tolérance. 

 

Une législation stricte

Selon l’article 285 du Code pénal qatari, l’homosexualité est illégale au Qatar, et est passible de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à sept ans de prison. Le 24 octobre 2022, l’ONG Human Rights Watch publie un rapport démontrant les violences subies dans les prisons qataries par des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres. Revenant sur les conditions de vie des personnes issues de la communauté 2SLGBTQI+, Antoine Séverin Ollier, co-président de l’Association pour la diversité sexuelle et de genre de l’Université Laval (ADSGUL) évoque “une catastrophe” vis-à-vis de “lois qataries extrêmement restrictives.” 

Pourtant, le gouvernement qatari ainsi que la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) n’ont de cesse d’affirmer que la sécurité des participants de la Coupe du Monde, toutes identités et orientations sexuelles confondues, est assurée. Le 22 juin 2022, la FIFA promet, aux côtés du pouvoir qatari, de “garantir la sécurité et l’accueil chaleureux de tous les participants à la Coupe du Monde de la FIFA” dans le respect de “la vie privée”. Une assertion confirmée par le ministre qatari de l’Énergie Saad Sherida al-Kaabi qui, évoquant l’arrivée de personnes 2SLGBTQI+ pour le Mondial, assurait n’avoir “aucun problème avec cela.” 

Antoine Séverin Ollier, co-président de l’Association pour la diversité sexuelle et de genre de l’Université Laval (ADSGUL).

Une position ambivalente du Qatar

La position qatarie envers les visiteurs 2SLGBTQI+ apparaît pourtant ambiguë. Saad Sherida al-Kaabi, poursuit : “Mais si vous voulez me changer pour que je dise que je crois aux 2SLGBTQI+ […], que j’accepte les 2SLGBTQI+ dans mon pays, que je change mes lois et les lois islamiques afin de satisfaire l’Occident – alors ce n’est pas acceptable.”

A ce propos, Antoine Séverin Ollier identifie “un double discours du Qatar qui dit “On vous accueille” alors que l’homosexualité est illégale.” Il s’insurge contre l’incitation “à venir dépenser de l’argent dans le pays, mais au prix de se taire sur une partie de ses opinions et donc de soi-même. Cela relève de l’hypocrisie selon moi car ce serait accepté pour les étrangers mais pas pour les Qataris. Et c’est accepté à condition de se taire totalement.” Il pointe également un phénomène visant à “invisibiliser” des personnes 2SLGBTQI+ qui “existent au Qatar, mais [qui] ne peuvent pas vivre pleinement leur vie.” Selon lui, “reconnaître les 2SLGBTQI+ ce n’est pas satisfaire l’Occident, c’est un principe de base : la tolérance. Or, mettre un problème sous le tapis montre une forme d’intolérance.”

Un appel à continuer de mettre en évidence les luttes 2SLGBTQI+

Antoine Séverin Ollier souligne dès lors l’importance d’actions mettant en lumière les problématiques de la diversité genrée et sexuelle. Elles ont “un impact. C’est vu, on en parle et c’est important. Et ça ne change pas leur résultat sportif.” Quand les joueurs allemands se musèlent la bouche ou que Mario Ferri se glisse dans le match Portugal-Uruguay en brandissant le drapeau 2SLGBTQI+, “toutes les personnes de la communauté sont représentées : ça montre qu’on n’est pas seuls, qu’on est défendus, qu’on nous écoute.”  Le co-président de l’ADSGUL l’assure : “les actes simples sont importants. Ce sont des symboles de rébellion, des  moyens de faire passer un message. On demande aux joueurs de montrer que ce sont des alliés. Ils font leur part. Je comprends qu’ils veuillent aussi jouer au football.” 

Ces affirmations illustrent les propos d’Antoine Griezmann, attaquant de l’équipe de France participante du Mondial, lors d’une conférence de presse à Doha le 2 décembre 2022. Il confirme son “soutien” à la communauté 2SLGBTQI+, “peu importe où” elle se trouve “dans le monde”, montrant l’intérêt et l’engagement de certains footballeurs pour cette cause.