L’équipe nationale de football iranienne, photo : Mahdi Zare/Fars News Agency

Les Etats-Unis et l’Iran se sont affrontés ce 23 novembre lors des phases de poules de la coupe du monde. Une rencontre qui était annoncée comme explosive au vu des relations tendues entre les deux nations. Pourtant, malgré la tension palpable avant le match, l’enjeu sportif semble avoir pris le dessus. C’est en tout cas l’avis de François Linden, consultant coupe du monde à la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF).

À l’aube de l’affrontement entre la « Team Melli », iranienne, et la « Team USA », le résultat pouvait sembler anecdotique. L’Iran s’était indigné de voir leur drapeau modifié sur le compte Twitter de la fédération américaine de football. Une modification apportée pour « soutenir les femmes en Iran qui se battent pour leurs droits », s’est défendue US Soccer à CNN. En contre-attaque, la fédération iranienne avait demandé la disqualification de l’équipe américaine au mondial. Un climat donc très nerveux qui sortait largement de la sphère sportive.

Pourtant, après la victoire 1 but à 0 des Etats-Unis, force était de constater que le football avait repris ses droits sur la politique. Pour François Linden, cela est dû à deux raisons. « Déjà, les problèmes en Iran ont occulté le fait qu’en face, il y avait les Etats-Unis. » Selon lui, les protestations en Iran suite au décès de Mahsa Amini et la vive répression du pouvoir iranien qui a suivi ont davantage soulevé des questions. « On se demandait plutôt si les joueurs iraniens allaient chanter leur hymne ou comment le peuple en Iran allait réagir en cas de victoire ou de défaite de leur équipe », analyse le consultant belge.

Une analyse qui s’est avérée exacte. Suite à la défaite de l’Iran, plusieurs vidéos de supporters iraniens célébrant la défaite de « la république islamique d’Iran » ont été relayées, notamment par la NBC. Ces supporters reprochaient, entre autres, aux joueurs de la « Team Melli » de soutenir le régime plutôt que le peuple.

Mais outre l’aspect plus politique, François Linden rappelle également que ce match avait un vrai intérêt sportif. « Rien n’était joué dans ce groupe B ! », s’enthousiasme-t-il. Les Etats-Unis devaient l’emporter, l’Iran pouvait se contenter d’un match nul. « La qualification des deux nations était en jeu. Je pense que ça a eu comme conséquence que l’enjeu sportif a finalement pris le dessus sur la politique. »  

Ce n’est pas la première fois que l’Iran et les Etats-Unis s’affrontent dans un climat politique tendu. En 1998, lors de la coupe du monde en France, les deux pays étaient déjà dans le même groupe en phase de poules. À l’époque, le contexte était pourtant très différent. « Il n’y avait plus d’enjeu sportif », explique François Linden. « C’était surtout symbolique parce qu’on était dans un climat d’apaisement entre les deux pays. On a même appelé cette rencontre le « match de la paix ». Un apaisement qui n’avait finalement pas permis un réel rapprochement entre iraniens et américains.

Finalement, sur le terrain, les 22 acteurs n’ont pas alimenté cette tension entre les deux pays. Et ce, malgré l’élimination de l’Iran provoquée par cette défaite face aux Etats-Unis. Une preuve que, si le sport est évidemment politique, l’amour du ballon rond peut parfois mettre la politique hors-jeu.