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Coronavirus : le malaise des immigrés asiatiques à Québec

12 février 2020 - 09:41

La communauté chinoise est beaucoup plus réduite dans la ville de Québec que dans d’autres grandes villes comme Montréal ou Toronto. (Crédit photo : Lucie Berbey)


Lucie Berbey

Depuis près d’un mois, l’actualité mondiale tourne autour de l’épidémie de coronavirus en Chine, qui a déjà fait près de 1 000 morts et des dizaines de milliers de personnes contaminées. À Québec, la communauté chinoise doit parfois faire face à des stéréotypes mal placés visant les personnes asiatiques.

« Les gens s’arrêtent parfois devant le restaurant et regardent à l’intérieur d’un air bizarre », raconte Fangqi Wu, propriétaire du restaurant chinois Chez Soi La Chineau centre-ville de Québec. Depuis que le monde a entendu parler du coronavirus et de sa propagation dans d’autres pays, il a remarqué des regards inquiets ou fuyants à son égard. « Mon fils le voit aussi, explique Fangqi Wu, il me dit que les gens l’évitent quand il part magasiner. »

Au Canada, le gouvernement a confirmé quelques cas d’infection, en Ontario et en Colombie-Britannique. Dès le début du mois de février, le Premier ministre du Canada Justin Trudeau avait rappelé : « Il n’y a pas de place dans notre pays pour la discrimination nourrie par la peur et la désinformation. »

Même si la province de Québec reste encore épargnée par l’épidémie, des comportements xénophobes, particulièrement à l’encontre des Asiatiques, ressurgissent déjà. Selon un sondage de DART & Maru/Blue pour Postmedia, 23% des Québécois répondants avouaient qu’ils changeraient de place dans le bus si une personne asiatique venait s’assoir à côté d’eux, même si celle-ci ne présentait aucun symptôme de grippe ou de rhume. C’est plus que dans le reste du pays, qui présente une moyenne de 18 %.

« Je ne peux comprendre leur comportement, je ne veux pas attraper le virus non plus, plaisante Fangqi Wu. Mais parfois c’est juste trop. C’est mieux de rester chez soi maintenant. On évite de sortir pour éviter qu’on nous parle que de ça. »

Pourtant, le restaurateur se veut rassurant. Il l’affirme, il ne ressent pas de conséquences économiques particulières sur son activité professionnelle depuis le début de l’épidémie. « L’hiver est toujours une période plus tranquille pour nous, on n’a pas moins de clients que d’habitude. Les habitués viennent toujours. » 

Une communauté isolée

Si Fangqi Wu affirme que la communauté chinoise évite d’aborder le sujet du coronavirus entre ses membres à Québec, il s’agit néanmoins d’une discussion récurrente avec la famille restée en Chine. Originaire de Shanghai, le restaurateur parle à ses proches tous les jours au téléphone pour prendre de leurs nouvelles. « Ça fait deux semaines qu’ils ne travaillent plus, ils sont à la maison, explique Fangqi Wu. Au début, ils étaient contents de pouvoir se reposer, mais maintenant ça commence à faire long. Mais on préfère le prendre avec humour. »

Tous les jours, le restaurateur chinois et sa famille regardent les nouvelles à la télévision pour suivre l’évolution de la situation aux alentours de Shanghai, capitale économique de la Chine encore épargnée par le virus. Fangqi Wu regrette que les médias ne parlent de la Chine qu’à travers le coronavirus. « C’est toujours que pour dire des choses négatives », affirme-t-il. « On espère que ça va se finir le plus tôt possible… »