Entre répercussions financières, environnementales, pour réduire l’impact de la consommation humaine, un changement doit être fait. (Montage : Perrine Pinel)

Le rapport du GIEC du début de cette année explique l’impact de l’alimentation sur l’environnement. L’industrie alimentaire est l’une des plus grosses émettrices de gaz à effets de serre. Pour faire face à l’augmentation de cette concentration, le circuit court apparaît comme une solution viable.

En février 2022, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié son rapport annuel sur la situation climatique. Ce rapport présente les conclusions les plus récentes sur le réchauffement climatique. Outre l’impact de la présence et des activités humaines sur l’écosystème, le rapport du GIEC fait d’autres constats.

Ils y notent la hausse du niveau de la mer, [un autre fait saillant], mais surtout, parmi l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, celle du méthane qui rejette plus de chaleur dans l’atmosphère qu’il n’en absorbe, en comparaison avec le dioxyde de carbone (CO2). Bien que ce gaz persiste moins longtemps dans l’air que le CO2, il a une capacité de réchauffement climatique nettement supérieure. Sur 20 ans, une tonne de méthane réchauffe la planète 84 fois plus qu’une tonne de dioxyde de carbone (CO2).

Ainsi, dans ce sixième rapport du GIEC, les experts comptabilisent une augmentation de 6 % des émissions de méthane ces dix dernières années. Selon National Geographic, 60 % des émissions de méthane proviennent de l’industrie agroalimentaire (la production, le transport), de la combustion des matières organiques, des biocarburants, de la gestion des déchets et de l’utilisation des énergies fossiles. Leur réduction devient essentielle pour assister à des améliorations vis-à-vis du réchauffement climatique et tous ses effets.

L’effet de serre est un processus naturel. La présence de gaz qui viennent augmenter la chaleur provoque un « effet de serre », la chaleur augmente et provoque ainsi des changements climatiques. (Montage : Perrine Pinel)

De cette façon, la production de denrées alimentaires nécessite plusieurs ressources tout au long de la chaîne de fabrication, ceci inclut : la consommation d’eau, l’utilisation de terres, les richesses humaines et matérielles. Pour réduire l’impact environnemental de la consommation, le circuit court apparaît comme une solution efficace sur le court et long terme.

Une production raisonnée

Pour Jacques Laberge, producteur de légumes et de volailles au sein de sa ferme Plumes et Légumes, le circuit court est avant tout une « ferme à taille humaine, qui est débarrassée de la pression industrielle ». Le fonctionnement même de la ferme certifiée biologique permet au producteur de vendre instantanément aux clients que ce soit par le biais de la vente directe ou de coopératives.

Au sein de sa ferme, Jacques Laberge favorise une relation entre ses cultures et le consommateur en lui vendant directement sa production. (Crédit : Plumes et Légumes)

C’est en ce sens que le circuit court est considéré comme une solution durable : il évite de multiplier les intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs. En plus d’une réduction des intermédiaires, c’est pour M Laberge un moyen de respecter « la saisonnalité ». Il ajoute qu’« ici, il y a un handicap nordique, en fonction de la lumière, du sol, on ne peut pas produire toute l’année ». Ainsi le circuit court, outre de permettre une saisonnalité, facilite la gestion des champs et donc des quantités produites. Avec une clientèle régulière, des quantités contrôlées, « le gaspillage est moindre », précise-t-il.

Selon lui, le circuit court, à l’opposé d’un circuit « classique », considéré comme long, est un modèle de production à privilégier. Même si « les transports sont et seront toujours nécessaires, le circuit court est intéressant quand il est bien fait », ajoute-t-il. Une consommation raisonnée est donc pour le producteur un moyen efficace pour réduire les émissions de méthane. Néanmoins, le circuit court ne peut résoudre toutes les préoccupations environnementales, il faut « réduire la consommation pour l’environnement, mais pour ça on doit être aidé », indique Jacques Laberge. Malgré une évolution des mentalités concernant l’origine des produits et des conditions d’élaboration, « une éducation de la population doit être faite ». Ainsi, l’agriculteur fait le constat qu’il manque « un mouvement politique et une politique de financement concrète pour les filières qui veulent changer ».

«Consommer, c’est voter» — Jacques Laberge

Le rapport du GIEC encourage la population et les institutions à agir dans les trois ans à venir pour éviter un réchauffement de 1,5 °C et le scénario catastrophique qui va avec cette augmentation de chaleur. À Plumes et Légumes, on adhère à cette recommandation : «Quand on se fait dire que dans trois ans c’est fini, il faut réagir et éviter les projets polluants même si la demande est là». Des propos qu’on retrouve chez Thibault Rehn, coordinateur pour l’organisme Vigilance OGM, pour qui la lutte contre le réchauffement climatique «est une question d’investissement».

Le Canada est l’un des plus grands consommateurs d’organismes génétiquement modifiés (OGM) avec une utilisation à hauteur de 80 % pour le maïs et de 75 % pour le soja. Même si la production faite à partir d’OGM n’est pas directement utilisée pour la population, l’importance qu’occupe cette pratique découle « d’une pratique d’approbation de Santé Canada » pour Thibault Rehn.

Au Québec, il y a plus de 9 chances sur 10 pour qu’un champ de maïs soit génétiquement modifié (OGM), et 2 chances sur 3 dans le cas d’un champ de soja (Source : Vigilance OGM)

Ainsi, le circuit court « permet de réduire la présence d’organismes génétiquement modifiés dans l’alimentation » selon le coordinateur, mais ce n’est pas la seule solution. En effet, la production utilisant une quantité importante d’OGM se base sur une production industrielle, à grande échelle et s’oppose donc à la production raisonnée que met en avant le circuit court. Pour lui, « le manque d’étiquetage et d’information sur les aliments » participent au financement de grands groupes qui vont utiliser des pesticides et des OGM. Tout comme le cultivateur, Mr Rehn partage l’idée qu’il s’agit « d’une question d’investissement et à qui l’on donne de l’argent ». Il ajoute qu’il s’agit également d’une question d’information : « C’est dans ce sens que l’étiquetage est important, il faut que le consommateur s’y retrouve, il n’y a pas de réglementation officielle sur les certifications » 

 

« Une fausse bonne idée »

Le circuit court comme une solution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre a des limites.  À en croire Camille Fertel, docteure en économie de l’environnement, les circuits courts « permettent de limiter la hausse des prix, avec une rémunération correcte des producteurs tout en permettant une qualité alimentaire ». Néanmoins, « les modèles d’affaires ont souvent du mal à changer et pour que ça arrive il faut changer de modèles économiques », poursuit-elle. Par conséquent, l’agriculture biologique, raisonnée et réglementée doit devenir une priorité pour assurer un circuit court viable sur le long terme.

Ainsi, les circuits courts devraient suivre une étude pour que ceux-ci deviennent performants. D’après Mme Fertel, « plein de secteurs n’ont pas été étudiés » ce qui provoque un manque de données pour pouvoir affirmer que le circuit court est LA solution.

Les bouleversements climatiques font des innovations ou des moyens de réduire les émissions de méthane une nécessité. Bien que le circuit court ne soit qu’un élément dans la manière de consommer, une réflexion globale sur les habitudes semble être une solution viable pour réduire les émissions de méthane et donc réduire par la même occasion l’importance de l’industrie agroalimentaire.