Faute de support de la communauté et des élus municipaux, les bénévoles interviennent à tous les niveaux : ils organisent des « trappages », la capture sécuritaire des chats errants, les soins vétérinaires, la socialisation et le placement en familles d’accueil. L’Organisme pour la protection des chats (OPC) s’appuie notamment sur la méthode CSSA (capturer, stériliser, socialiser, adopter) afin de freiner la reproduction incontrôlée et d’améliorer durablement le bien-être animal. Sans stérilisation, un seul chat est capable engendrer des dizaines de descendants en quelques années, aggravant rapidement la situation, comme le souligne la Société protectrice des animaux à Montéral (SPCA).

Les enjeux sanitaires sont importants. Les chats errants peuvent être porteurs de maladies infectieuses ou parasitaires, parfois transmissibles à l’humain, ce qui rend les soins vétérinaires indispensables. Or, ces interventions ont un coût élevé : selon Sarah Gauthier Kirouac, présidente de l’OPC, « une adoption coûte en moyenne de 300 à 375 $, le calcul est simple : si l’on compte les frais vétérinaires, la vaccination, la stérilisation, les tests du sida et de la leucémie féline et enfin le traitement antiparasitaire. Nous avons un des protocoles les plus complets ».

À l’échelle de centaines d’animaux, ces dépenses dépassent les capacités financières des associations principalement financées par des dons, dont les budgets sont « toujours dans le rouge », rappelle Soonia Tremblay, directrice du refuge Les Petits Guerriers. Pour s’en sortir, les bénévoles pratiquent eux-mêmes certains soins vétérinaires aux animaux, après avoir été suivis et formés par des vétérinaires.

Refuges saturés

Lorsque les refuges et familles d’accueil sont saturés, certaines décisions deviennent inévitables. Faute de place ou de ressources, des chats trop malades ou non socialisables sont euthanasiés. Une réalité difficile, vécue comme un échec par les intervenants.

Le soutien entre bénévoles est essentiel pour tenir face à la charge émotionnelle des missions. Selon Marie Noëlle, bénévole au refuge Les Petits Guerriers, l’association dispose d’un groupe sur les réseaux sociaux où chacun peut échanger et se soutenir: « On trouve beaucoup d’aide entre les bénévoles et les responsables (…) lorsqu’on a juste du stress, on peut en parler directement. » Cette entraide permet de partager conseils, encouragements et solutions, et de réduire l’épuisement lié aux interventions sur le terrain.

Pourtant, cet engagement de cœur a un coût, souligne Sarah Gauthier Kirouac : épuisement, stress, traumatisme vicariant et sentiment d’impuissance face à l’ampleur des besoins. Elle observe : « On voit souvent des bénévoles souffrir du syndrome de l’accumulation, ils font passer les chats avant eux, jusqu’à l’épuisement. » L’OPC reconnaît cette détresse et plaide pour la création d’un réseau de soutien structuré, incluant accompagnement psychologique, formation, protocoles clairs et meilleure reconnaissance institutionnelle. L’objectif est de prévenir l’épuisement et de sécuriser l’engagement des bénévoles, qui jouent un rôle indispensable dans la protection animale. Enfin, Sarah Gauthier Kirouac rappelle que « ce ne sont pas juste des animaux dont on parle, mais aussi des humains derrière ce projet ». Car protéger les chats errants passe aussi par la protection de celles et ceux qui les sauvent.