Les Québécois et Québécoises se dirigeront aux urnes le 3 octobre prochain pour élire les membres du prochain gouvernement provincial. (Montage: Alphonsine Sefu). (Montage: Alphonsine Sefu)

Lors la campagne électorale provinciale, certains chefs de parti se sont inspiré des pays scandinaves pour présenter leurs idées. Mais des différences politiques et économiques demeurent entre le Québec et le nord de l’Europe. En voici quelques exemples.

 

Le cas de l’immigration en Suède

Dans le cadre d’un discours, François Legault a justifié des seuils bas en immigration en disant:

« […] Ce qui se passe en Suède, ce qui se passe en Allemagne, ce qui se passe dans beaucoup de pays; je pense que c’est un défi pour tous les États dans le monde d’intégrer les nouveaux arrivants à leurs valeurs »!

La Suède a été très tolérante dans sa politique d’immigration, au point où elle a eu du mal à gérer le nombre élevé de populations étrangères venant dans le pays. Avec la montée de la criminalité dans la dernière décennie, une certaine corrélation a été établie entre la politique migratoire très souple et la délinquance de ce pays d’Europe.

Avec ses 10,5 millions d’habitants, la Suède est un pays ayant une population similaire à celle du Québec (près de 8,7 millions). Selon l’OCDE, le Québec accueillait en 2016 environ le tiers du nombre d’immigrants de la Suède. Les seuils d’immigration sont beaucoup plus restreints au Québec, puisque la province a une responsabilité exclusive en matière d’immigration permanente (sans ingérence du Canada). Les Suédois se retrouvent dans une situation extrême, qui n’est pas près d’arriver au Québec, même avec une légère augmentation des seuils.

Par rapport aux valeurs, une étude de 2020 du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec démontre que la connaissance du français avait commencé à augmenter un peu avant 2020 et que le français au travail progressait chez les immigrants. Puis, le test des valeurs introduit par le gouvernement Legault avait eu un taux de réussite préliminaire de 100% en 2020.

Le cas de l’éducation en Finlande

En s’adressant à Paul Saint-Pierre Plamondon, le chef de la Coalition Avenir Québec a dit :

« Pourquoi vous êtes contre les maternelles 4 ans? Pourquoi? Ça existe dans les pays scandinaves, vous les connaissez bien les pays scandinaves »!

Un de ces pays est la Finlande, où le système d’éducation précoce, pour les enfants qui ne sont pas encore à l’âge d’aller à l’école primaire, est comparable à la maternelle 4 ans. En fait, l’État est reconnu mondialement pour son système d’éducation. La réussite du système d’éducation finlandais peut en partie s’expliquer par les conditions de travail des professeurs et leur formation. Selon une étude de l’université de Sherbrooke sortie en 2014, les enseignants sont bien payés et sont soumis à une sélection au préalable, avec seulement 10% des candidats qui réussissent à exercer la profession. Ces derniers doivent aussi avoir fait une maîtrise en enseignement. La qualité d’enseignement est d’autant plus assurée avec une taille des classes plus petite que dans les écoles nord-américaines.

Cela fait contraste avec le Québec, où les enseignants veulent de meilleures conditions de travail et sont en demande depuis les dernières années. En 2019, trois chercheurs ont observé que les professeurs au Québec, qu’ils œuvrent dans les écoles primaires ou non, qualifient leur travail de « lourd, énergivore, essoufflant et exigeant mentalement, émotionnellement et physiquement ». À l’automne 2021, le programme-cycle de l’éducation préscolaire, qui inclut les classes de maternelle 4 et 5 ans, a été introduit. Mais dans leur scolarité, les enfants qui commencent la petite école devront grandir dans un système d’éducation qualifié d’inefficace et d’inéquitable par certains, comme l’organisme École ensemble.

Le cas de la Norvège en matière d’environnement et d’économie

Lors du débat des chefs à Radio-Canada, Éric Duhaime, chef du parti conservateur du Québec, a dit:

« Nous on croit qu’il faut faire comme la Norvège: il faut justement se servir de nos hydrocarbures sur notre territoire pour financer la transition énergétique […] »!

La Norvège est reconnue pour ses mesures qui ont incité la population à se tourner vers les voitures électriques. Mais ce pays est aussi classé premier dans la production de pétrole en Europe. Avec Environ 44% des revenus de l’exportation viennent de la vente du pétrole. La Norvège n’est donc pas à l’abri des critiques pour son manque de cohérence.

Des experts en énergie, comme Normand Mousseau et Pierre-Olivier Pineau, s’entendent pour dire que les Norvégiens ne se servent pas de leur hydrocarbure pour financer un programme de transition énergétique. Les revenus du pétrole sont plutôt économisés pour préserver la richesses des générations futures, qui n’auront pas nécessairement accès à cette ressource non-renouvelable. Pour ressembler à la Norvège, ces spécialistes recommandent l’imposition d’une taxe sur le carburant et les véhicules à essence, qui servirait à investir dans les transports collectifs.