La fin de la session d’automne 2015 approche, et la fatigue gagne beaucoup d’étudiants. Récemment, l’ordinateur de Jean-Philippe a rendu l’âme. L’urgence d’en acheter un nouveau pour continuer ses travaux a beaucoup stressé l’étudiant en anthropologie qui n’a pas d’argent de côté. Les finances sont pour lui un équilibre fragile, comme pour beaucoup d’autres étudiants dans son cas. La quantité de temps nécessaire pour réussir quatre cours par session laisse peu de disponibilités pour travailler, mais il n’a pas le choix.

Chaque mois est calculé serré. Les dépenses totales, entre le loyer, la nourriture, l’électricité, internet («indispensable pour un étudiant») et quelques «loisirs raisonnables» s’élèvent à 1 200 $ environ. Avant qu’il poursuive son père en justice, sa mère lui donnait ce qu’elle pouvait par mois, mais ce n’était pas grand-chose, car elle a elle-même repris les études. Avec la décision de la Cour en sa faveur, ses parents lui donnent maintenant 150 $ chacun par mois. Les prêts et bourses sont calculés en fonction de ces montants et couvrent ses frais de scolarité uniquement.

La qualité et la quantité de sommeil nécessaire sont difficiles à atteindre dans ces conditions. Le travail à temps partiel, qui peut aller jusqu’à 30 heures par semaine, est le lot de la plupart des étudiants. Jean-Philippe témoigne de ces journées qu’il passe à l’université, avec ses camarades, de 10 heures du matin à minuit pour étudier, rentrer tard, et finir par s’offrir «un petit six heures» de sommeil bien insuffisant, parce que le travail l’attend le lendemain matin.

Selon lui, ses résultats seraient bien meilleurs s’il n’avait pas à travailler, ou si le travail à temps partiel était mieux réparti pendant la semaine. L’étudiant a dû travailler de nuit pendant plusieurs mois, parce que ses horaires de cours ne correspondaient pas à ceux de jours disponibles pour son travail.

Une gestion du temps difficile

La nécessité économique de travailler occasionne une gestion du temps très ardue entre le travail et les études. Par exemple, «quand tous les étudiants travaillent avec des horaires différents, c’est vraiment difficile de faire les travaux d’équipe. Jamais personne n’est disponible en même temps». Il faut pouvoir terminer sa journée de travail et encore étudier le soir en rentrant.

En écoutant les étudiants discuter de leurs difficultés dans les locaux de leurs associations, une chose ressort plus particulièrement : l’impression que leur vie est rythmée par le simple enchaînement études-travail. Plusieurs envisagent à l’arrivée de la fin de session de laisser un cours de côté parce que la quantité de travail demandée est trop importante par rapport au temps dont ils disposent. L’abandon d’un cours n’est pourtant pas remboursé.

Le moindre aléa est éprouvant, comme un ordinateur qui tombe en panne toujours au mauvais moment… Tout ce qui peut affecter les finances ou prendre plus de temps que prévu est une petite catastrophe. «Je n’ai pas le temps  pour ça !» est une phrase qui revient souvent dans la bouche de certains étudiants, certes découragés, mais heureusement – pour la plupart d’entre eux – passionnés par leurs études.