Devenir propriétaire quand on est  jeune couple ou célibataire n’est pas tâche facile. D’ailleurs, une enquête de l’Association de professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) note une baisse depuis deux ans de l’acquisition de première propriété dans la construction neuve. Les banques plus frileuses, le prix des maisons sans cesse en hausse et des salaires qui ne suivent pas la cadence sont des réalités avec lesquels les jeunes futurs acheteurs doivent jongler.

De nombreux facteurs entrent en ligne de comptes lorsqu’on parle d’achat de propriétés. D’abord, le prêt hypothécaire. Madame Anne Verreault, représentante hypothécaire chez Desjardins explique qu’une qualification est nécessaire. Le total du montant du prêt additionné au taux d’intérêt, aux taxes municipales et scolaires, aux dettes existantes (exemple une voiture), au prix du chauffage, ne doit par excéder 42% du salaire annuel brut des acheteurs.

Ensuite, pour un prêt conventionnel, une mise de fonds de 20% de la valeur de la propriété est demandée, mais de nombreux acheteurs font affaire avec un assureur hypothécaire (SCHL ou Genworth) qui finance une partie de la mise de fonds, permettant à l’acheteur de n’avoir que 5% en argent. Cet avantage vient toutefois avec une prime à payer, soit 3.15% du montant de l’hypothèque qui s’ajoute à l’hypothèque. Madame Verreault affirme que si l’on compare avec la génération des baby-boomeurs, ce processus et les exigences n’ont pas beaucoup changés, mais avoue voir toute de même une différence qui n’aide certainement pas les jeunes futurs propriétaires :

Attention aux autres dettes

Madame Verreault met également l’accent sur l’importance d’être bien coté au bureau de crédit : « C’est le solage de la maison, c’est la base pour avoir un prêt hypothécaire». Elle explique que depuis un an, les compagnies de cellulaires peuvent mettre des notes au bureau de crédit de leurs clients. La représentante hypothécaire raconte que cette nouvelle tendance nuit à de nombreux jeunes qu’elle rencontre. Les compagnies peuvent mettre des notes à des gens qui ont des retards de paiement de cellulaire ou certains qui décident, par conflit avec la compagnie, de ne plus payer. Pour les banques, le bureau de crédit est l’identité en tant que consommateur du futur propriétaire, Mme Verreault explique que s’il y a une note au bureau de crédit pour un cellulaire non payé, comment s’assurer que l’individu sera en mesure de payer sa propriété.

Le mode de vie de la génération Y, qui commence à se procurer ou à tenter de se procurer une propriété, est toutefois selon Anne Verreault différent des celui des générations précédentes et est adapté à la société de consommation :

Les dettes liées aux belles voitures semblent être un problème fréquent lorsqu’il est temps d’emprunter pour un prêt hypothécaire. Le gouvernement n’a que règlementé pour l’emprunt hypothécaire. Les jeunes peuvent alors très facilement emprunter pour une voiture de 40 000$ alors qu’ils n’ont qu’un salaire de 30 000$ et donc avec une dette beaucoup trop grosse pour leur salaire en plus d’une hypothèque. Ils se font alors refuser leur prêt hypothécaire.

Le marché immobilier

Du côté de l’immobilier, rien ne semble être en faveur des jeunes.  Voici les blocages majeurs pour les jeunes futurs acheteurs que constate Jean-François Larocque, président chez Royal Lepage Satisfaction:

En effet, le prix ne cesse d’augmenter. La Fédération des chambres immobilières du Québec, souligne que le prix de ventes moyennes des maisons au Québec a augmenté en 5 ans de 31%, se chiffrant en 2011 à plus de 243 000$. Les jeunes de la génération Y paieront alors leurs premières propriétés au minimum deux fois plus cher que leurs parents.

Un autre facteur venant s’ajouter aux désavantages est le salaire qui ne suit pas la hausse excessive des prix des propriétés comme l’affirme M. Larocque. Bien que Mme Verreault ne semble pas dire que ce point est souvent problématique, la combinaison de la hausse de prix jumelé à une non-augmentation des salaires joue dans la balance pour les jeunes. L’Institut info-patrimoine BMO souligne que le salaire moyen médian indexé à l’inflation de la génération Y est inférieur de 8% pour les femmes et de 13% pour les hommes à celui des baby-boomeurs au même âge.

La tendance au célibat

Finalement, il y a de plus en plus de célibataires. Le nombre de personnes vivant seules a plus que doublé en 25 ans entre 1986 et 2011 selon l’Institut de la statistique du Québec. Ces jeunes célibataires, à moins d’avoir un salaire hors norme ou une mise de fonds énorme ont encore moins de chances d’accéder à la propriété qu’un couple qui peut combiner leurs salaires et épargnes. Samuel a 25 ans, est enseignant depuis 1an et est célibataire. Il ne veut pas aller en appartement et dépenser ses économies, mais n’arrive pas avec son unique salaire à obtenir sa propriété :

Comme mentionné par Mme Verreault et M. Larocque, des jeunes arrivent à accéder à la propriété, mais ils sont moins nombreux. Voici le témoignage d’un jeune couple qui a réussi à devenir propriétaire à l’âge de 22 ans. Malgré quelques embuches et refus, peut-être selon eux, par manque de confiance de la part de certains professionnels en raison de leur âge, ils habitent maintenant leur première maison.