UNIVERSITE LAVAL –« Dans les médias, on voit toujours le même chiffre : 748 millions d’humains n’ont pas accès à l’eau potable. La vérité, c’est que 748 millions d’humains ont accès à une eau partagée avec des animaux, mais près de 2 milliards d’humains utilisent une eau contaminée », selon M. Gérard Payen, conférencier au symposium international sur les enjeux de l’eau tenu le 3 octobre à l’Université Laval.

« L’eau est déjà plus ou moins un objet d’actualité, mais un sujet de très grande hypocrisie », soutient en effet M. Payen, président de la Fédération internationale des opérateurs privés de service d’eau AquaFed et membre du Conseil pour l’Eau du Secrétaire général des Nations unies (UN).

Le conférencier a expliqué que « 3 milliards d’humains n’ont pas accès à l’eau chez eux au robinet et doivent la chercher et 4 milliards n’ont pas un accès permanent à l’eau. Ils ont donc un robinet, mais souvent l’eau ne coule pas, car la politique publique est incapable de répondre aux besoins ». S’ajoute à cela l’accès aux toilettes. Près de 1 milliard n’ont pas accès à des toilettes, tandis que 2,5 milliards ont un accès insuffisant.

Les Nations Unies s’étaient fixé comme objectif de « réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base » parmi les Objectifs du millénaire pour le développement. Cependant, M. Payen affirme que « les objectifs mondiaux ne traitent pas de tous les problèmes et ne s’occupent pas de l’accès insatisfaisant ».

Tout ceci est en train de changer, car depuis 2010, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement a été reconnu comme un droit de l’homme. L’accessibilité et la disponibilité de l’eau potable figurent parmi les caractéristiques de ce droit.

La qualité et la quantité de l’eau sont parfois un choix à faire, cependant, la plupart des maladies sont plus souvent causées par la quantité et non la qualité. « C’est mieux d’avoir une grande quantité d’eau de bonne qualité, qu’une petite quantité d’eau d’excellente qualité », a affirmé de son côté M. Caetano Dora, professeur au département de génie civil et de génie des eaux à l’Université Laval.

Problèmes politiques et éthiques

Selon M. Dora, de nombreux facteurs sont à prendre en compte. « Il faut un travail collectif pour avoir une vue complète du problème et non que chacun s’occupe d’un aspect », dit-il, « il faut une communication entre les différentes technologies mises en place pour réussir ».

Un avis partagé par tous les conférenciers présents lors du symposium. « Les problèmes de l’eau sont des problèmes qui se résolvent par actions collectives et donc par des politiques publiques », avance M. Payen. Les individus, qui sont aussi citoyens, décident des politiques publiques. Par conséquent, en démocratie, la politique publique ne peut aller contre l’opinion publique.

Un problème se pose : souvent l’opinion publique se trompe, suite aux nombreux malentendus sur le sujet et empêche ainsi les bonnes décisions politiques. « Ce mélange entre les besoins des humains, les politiques publiques qui peuvent trouver des solutions et l’opinion publique est l’un des principaux problèmes de l’eau », selon M. Payen.