
Une équipe internationale de chercheurs a annoncé dans deux articles scientifiques publiés à l’été 2024 dans les revues The Astrophysical Journal Letters et Monthly Notices of the Royal Astronomical Society la découverte d’une nouvelle exoplanète, soit une planète qui tourne autour d’une autre étoile que le Soleil : Gliese 12 b. Située à seulement 40 années-lumière de la Terre, elle présente des caractéristiques semblables à celles de notre planète. Ce qui en fait un sujet d’étude de premier ordre pour les scientifiques cherchant à comprendre les conditions nécessaires à l’habitabilité, soit la capacité d’une planète à accueillir la vie.
Gliese 12 b a été détectée grâce aux observations du Transiting Exoplanet Survey Satellite (TESS) de la NASA. Ce télescope spatial a pour mission de surveiller des milliers d’étoiles pour détecter des baisses de luminosité provoquées par le passage d’une planète devant son étoile, un phénomène appelé « transit ». Ce type de détection est particulièrement efficace pour les petites étoiles, comme Gliese 12, l’étoile autour de laquelle tourne la planète Gliese 12 b.
| Pour découvrir des exoplanètes, deux méthodes indirectes sont utilisées :
Transit. La première consiste à détecter les infimes variations périodiques de l’intensité lumineuse qui se produisent quand une planète passe devant son étoile. Elle permet d’en déduire sa taille. Vitesses radiales. La seconde analyse le spectre lumineux de l’étoile : la présence d’une planète en orbite provoque des mouvements réguliers de cette dernière. Cette technique renseigne sur la masse de l’exoplanète. |
Dans un communiqué de presse, les chercheurs expliquent que Gliese 12 b est une planète rocheuse dont la taille se situe entre celle de la Terre et celle de Vénus. Elle effectue une révolution complète autour de son étoile en seulement 12,8 jours terrestres, en raison de sa proximité extrême avec son étoile, une distance qui ne représente que 7 % de celle qui sépare la Terre du Soleil. Cependant, malgré cette proximité, la faible luminosité de Gliese 12 permet à la planète de se situer dans la zone habitable de l’étoile, là où l’eau liquide pourrait théoriquement exister.
L’une des caractéristiques les plus intrigantes de Gliese 12 b est sa température de surface, estimée à environ 42 °C. Ce chiffre, bien qu’élevé par rapport aux standards terrestres, est plus bas que celui de nombreuses autres exoplanètes découvertes jusqu’à présent. Cette température, combinée à sa position dans la zone habitable, fait de Gliese 12 b une sérieuse candidate pour la recherche de signes de vie extraterrestre.
L’évolution des planètes rocheuses
Masayuki Kuzuhara, professeur au Centre d’astrobiologie de Tokyo et l’un des principaux auteurs de l’article publié en 2024 dans The Astrophysical Journal Letters, souligne dans un communiqué de presse l’importance de cette découverte : « Nous avons trouvé la planète la plus proche, la plus tempérée, et celle dont la taille se rapproche le plus de la Terre à ce jour ».
La découverte de Gliese 12 b est aussi importante pour ce qu’elle peut révéler sur l’évolution des planètes rocheuses dans notre galaxie. « On pense que les premières atmosphères de la Terre et de Vénus ont disparu, puis réapparu, mais la Terre est habitable, et Vénus ne l’est pas à cause de sa perte totale d’eau », précise Larissa Palethorpe, coautrice de l’article de 2024 publié dans le journal Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. L’étude de Gliese 12 b pourrait ainsi offrir des indices cruciaux sur les conditions qui rendent une planète habitable.
Pour approfondir leur compréhension de cette exoplanète, les scientifiques prévoient d’utiliser le télescope spatial James Webb (JWST), l’instrument le plus avancé de la NASA pour l’étude des atmosphères planétaires. Le JWST est capable d’analyser la lumière des étoiles traversant l’atmosphère d’une planète pour identifier les molécules présentes, une technique appelée spectroscopie de transmission. Cette méthode pourrait révéler la composition de l’atmosphère de Gliese 12 b et fournir des indices sur la possibilité d’une vie extraterrestre.
À la recherche d’exoplanètes habitables
À ce jour, les scientifiques ont découvert plus de 5 500 exoplanètes, la plupart se trouvant à des centaines d’années-lumière de la Terre, ce qui rend leur étude détaillée difficile. De plus, seule une poignée d’entre elles mérite une attention particulière.
L’une des grandes questions scientifiques est de savoir si ces exoplanètes sont (ou ont été) habitables, ce qui pourrait considérablement enrichir la compréhension de l’origine et de l’évolution de la vie sur Terre, et déterminer si la vie est possible ailleurs dans l’univers.
Or, l’étude des exoplanètes est un défi de taille : elles n’émettent pas de lumière détectable, comme les étoiles. Cela rend l’étude détaillée possible uniquement pour les exoplanètes en transit, dont Gliese 12 b.
| L’étude de la vie dans l’Univers
L’étude de la vie dans l’Univers est complexe, car nous ne disposons que d’un seul exemple de planète où la vie a été confirmée : la Terre. Il est donc difficile de déterminer quelles caractéristiques de notre planète sont indispensables à l’apparition de la vie. Jusqu’à ce que nous trouvions une planète « jumelle » de la nôtre où les conditions propices à la vie sont également présentes, les astronomes se concentrent sur l’étude des « jumelles maléfiques » — des planètes dont les conditions initiales sont similaires à celles de la Terre, mais qui ont évolué vers des environnements inhospitaliers pour la vie. Dans notre système solaire, Vénus et Mars sont deux exemples de ces « jumelles maléfiques ». La vie peut aussi exister dans des environnements extrêmes, « comme sous la glace des lunes des géantes gazeuses », précise l’astrophysicien et directeur du Planétarium de Montréal Olivier Hernandez. |
















