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Saint-Sauveur accueillera son premier frigo-partage dès février 2020

15 janvier 2020 - 08:33

L'abris dans lequel sera installé le frigo-partage est situé devant le bâtiment de Service d'entraide Basse-Ville. (Crédit photo : Léa Harvey)


Léa Harvey

L’annonce de l’arrivée imminente du tout premier frigo-partage par la Concertation Saint-Sauveur, un regroupement collectif mené par des organismes et des citoyens du quartier Saint-Sauveur, revêt un caractère particulier selon Céline Henrioux, membre de la Concertation Saint-Sauveur, qui explique ce qui fait du frigo du quartier Saint-Sauveur un lieu unique.

Phénomène récent, mais de plus en plus courant un peu partout au Québec, les frigo-partage ou frigos communautaires mettent à la disposition de tous de la nourriture de toute sorte (fruits, légumes, plats préparés, etc).  En effet, on retrouve, seulement dans la grande région de Québec, sept frigos communautaires. Chaque projet se déploie différemment en fonction de la communauté où il est implanté. 

Selon Céline Henrioux, l’insécurité alimentaire et l’idée d’un frigo-partage étaient des sujets discutés depuis longtemps au sein du groupe, qui a d’ailleurs fini par créer un comité sur la sécurité alimentaire. « C’est sûr qu’un frigo-partage, ça ne vient pas de manière structurante éradiquer l’insécurité alimentaire, mais c’est quand même une action ponctuelle qui répond à un besoin ponctuel », explique Madame Henrioux.  

Une banque alimentaire et un frigo-partage, ce n’est pas la même chose. – Marianne Garnier

À ce propos, Marianne Garnier, chargée du projet Sauve ta bouffe de l’organisme Les Ami.e.s de la Terre, explique qu’il faut distinguer les frigos-partage des banques alimentaires : « Les banques alimentaires possèdent un réseau très organisé. On peut penser à Moisson Québec qui a des bénévoles, des camions et des ressources en continu. Alors que les frigos communautaires sont mis sur pied par des mouvements citoyens et offrent une aide ponctuelle pour la clientèle. »

 

Selon Madame Garnier, la plupart des frigos sont destinés à une clientèle plus défavorisée qui vit quotidiennement de l’insécurité alimentaire. Or, c’est particulièrement sur ce point que le frigo-partage de Saint-Sauveur diffère, explique Céline Henrioux : « Le but du comité est de mobiliser toute la population autour du frigo. Il n’y a pas de clientèle visée. Tout le monde peut venir chercher de la nourriture dans le frigo, de l’étudiant qui a du mal à boucler ses fins de mois, à une famille monoparentale qui doit préparer à souper, une personne en situation d’itinérance ou juste quelqu’un qui a besoin rapidement d’une branche de céleri. »

Pour nous c’est très important, on ne veut pas stigmatiser personne en identifiant une clientèle. – Céline Henrioux

Le logo du projet « Sauve ta bouffe » mis sur pied par l’organisme Les Ami.e.s de la Terre. (Crédit photo : Marianne Garnier)

Le frigo-partage, qui prendra place au coeur du quartier, devant le bâtiment du Service d’entraide Basse-Ville, sera installé d’ici quelques mois ajoute Madame Henrioux. En effet, alors que le frigo, donné généreusement par un habitant du quartier est déjà prêt à être installé, les membres de la Concertation Saint-Sauveur préfèrent attendre encore quelques mois : « On a le frigo. Le Service d’entraide Basse-Ville a accepté de nous fournir l’électricité. Mais on veut s’assurer petit à petit qu’on va dans la bonne direction. On veut être sûr que le projet soit bien fait », explique Celine Henrioux.

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Le comité travaille fort notamment pour assurer un accès au frigo pour les personnes à mobilité réduite ajoute Madame Henrioux : « Avec le Centre Jacques-Cartier qui offre une formation « la fibre du bois » à des jeunes du quartier, on a monté les plans de l’abris qui sera installé autour du frigo. En plus de l’armoire qu’ils ont conçue pour les dons non-réfrigérés, on a un toit plus large pour protéger les gens des intempéries, mais on essaie aussi d’avoir une rampe devant le frigo pour qu’il soit accessible à tous. »  

 

Après plusieurs mois de préparation, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir organiser la fête de quartier qui inaugurera le fameux frigo-partage : « Actuellement, on a commencé certaines démarches pour obtenir des partenariats avec des restaurants, des boulangeries et des épiceries du quartier. On doit aussi voir en janvier, lors de notre prochaine réunion, comment on structure les différents comités d’entretien et de livraison [pour les denrées provenant d’entreprises privées] », résume la jeune femme. En plus de diminuer l’insécurité alimentaire vécue par beaucoup de citoyens dans le quartier, le frigo-partage aidera à diminuer le gaspillage alimentaire qui est un enjeu majeur au Canada, ajoute-t-elle.

Les données montrent ce qu’impliquent les 1,3 milliard de tonnes d’aliments gaspillés, selon les chiffres de la FAO. (Crédit : Léa Harvey)

Du temps, les membres du comité en auront aussi besoin pour s’assurer du respect des enjeux légaux entourant le frigo-partage. Au Québec, aucune loi n’encadre les frigos communautaires. Dans le cadre d’une recherche menée par Cynthia Legault, étudiante en droit à l’Université Laval et collaboratrice au projet REPSAQ, on apprend que le MAPAQ tolère les frigos communautaires tant que ceux-ci « respectent les règles minimales d’hygiène ». Selon ce qu’elle rapporte, aucun permis n’est nécessaire pour ouvrir un frigo communautaire. Or, selon la juriste, le MAPAQ souligne l’importance de quelques mesures : « Il est requis de procéder au nettoyage de l’installation de manière ponctuelle afin d’assurer la salubrité de son contenu. Enfin, le MAPAQ souligne l’importance que soient indiqués sur l’aliment certains renseignements de base comme le nom du produit et la date limite de conservation ».

Pour Madame Henrioux, le flou entourant l’aspect légal des frigos communautaires n’est pas un enjeu majeur : « Nous allons nous assurer d’indiquer clairement que certains produits comme la viande, le poisson ou les produits laitiers ouverts ne sont pas acceptés. Puis, nous comptons afficher la loi du bon samaritain sur le frigo [voir paragraphe suivant]. Nous avons déjà aussi des étiquettes qui seront disponibles pour les donateurs afin que ceux-ci inscrivent les ingrédients principaux des plats et leur date de fabrication », assure-t-elle.  

La personne qui […] dans un but désintéressé, dispose gratuitement de biens au profit d’autrui est exonérée de toute responsabilité pour le préjudice qui peut en résulter, à moins que ce préjudice ne soit dû à sa faute intentionnelle ou à sa faute lourde. – Code civil du Québec, article 1471, La loi du bon samaritain