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Roller derby féminin : se préparer pour mieux encaisser les coups

9 avril 2019 - 22:36

Le roller derby s'exerce sur des patins de type « quads ». Les joueuses doivent constamment plier les genoux pour éviter de tomber. (Crédit photo : Marie Boulet-Côté)


Marie Boulet-Côté, Gabrielle Morissette

Les joueuses de la ligue féminine Roller Derby Québec enfilent déjà leurs patins et leurs casques colorés en prévision de la prochaine saison estivale qui s’annonce riche en placages, en chutes, et surtout en plaisir. Ce sport de contact nécessite une préparation physique et psychologique adéquate pour assurer le bon déroulement des pratiques et des compétitions.

Au Québec, on compte sept ligues féminines de roller derby. Dans la région de la Capitale-Nationale, ce sont Les Duchesses, Le Rouge et Gore et Les Casse-Gueules qui s’entraînent pour affronter leurs adversaires. Le principe du jeu, qui se pratique sur des patins à quatre roues, est d’accumuler un maximum de tours sur la piste ovale en évitant de tomber, de sortir de la « track » ou de se faire bloquer par l’autre équipe. 

 

Les cinq joueuses des deux équipes s’élancent sur la piste où la « jammeuse » de chacune des équipes tente de dépasser les bloqueuses de l’équipe adverse pour marquer des points. La joueuse pivot peut à tout moment devenir une « jammeuse ». (Crédit : Roller Derby Québec)

 

Un investissement de corps et d’esprit

Le roller derby peut être dommageable pour les joueuses si elles ne sont pas adéquatement préparées et protégées, car leur corps doit être en mesure de recevoir des coups et de subir des chutes. Les joueuses sont conscientes des risques associés à la pratique d’un tel sport et cela peut provoquer chez elles un stress avant et pendant les parties. « Avec les années, je suis vraiment moins stressée. Le stress, c’est de savoir si je vais avoir l’air d’une poule pas de tête sur la « track » parce qu’il y a beaucoup de règlements et de tactiques de jeu à connaître. Ça m’a pris trois ans pour être complètement à l’aise sur le jeu », témoigne Dominique Malo, joueuse pour les Casse-Gueules.

La préparation physique prévient également le risque de blessures. « Je vais m’entraîner au gym pour mon cardio et ma musculation. Je dois renforcer mes stabilisateurs et mon tonus musculaire en-dehors des pratiques si je veux continuer à pratiquer mon sport sans me blesser et être en forme pour pouvoir jouer le jeu au complet », dit-elle. Mme Malo ajoute que les parties de roller derby, divisées en deux périodes de trente minutes qui sont elles-mêmes divisées en « jams » de deux minutes, demandent un effort physique plus intense qu’on pourrait le croire.

Pour plaquer, les joueuses peuvent utiliser les épaules, le thorax, les hanches et les fesses, mais il leur est interdit d’utiliser les avant-bras. (Crédit photo : Marie Boulet-Côté)

 

Survivre aux coups et aux chutes

En effet, comme l’explique Annabel Asselin, kinésiologue et stagiaire de deuxième cycle en kinésiologie à la clinique du Peps de l’Université Laval, les joueuses ont tout intérêt à s’entraîner de façon ciblée en prévision de leurs nombreuses parties : « Si on reçoit un coup, il faut que nos réflexes soient pertinents. Il faut déjà avoir fait des mouvements qui sont similaires à un tel choc. Par exemple, au rugby, quand les joueurs pratiquent leurs placages, ils s’essaient sur un coussin. Ils se pratiquent à amortir un choc ou à réagir à la force. »

Mme Asselin ajoute que le corps et les muscles se renforcent par habitude. En les entraînant par exemple à donner des coups de façon répétée, ils prennent de la force. Les joueuses sont ainsi moins à risque de faire des claquages ou d’être aux prises avec des douleurs musculaires. « On essaie donc d’avoir une bonne masse musculaire qui tient nos articulations en place et qui va assurer leur stabilité », renchérit-elle.

L’entraînement optimise également les performances des joueuses. En plus d’avoir la capacité de maintenir un haut niveau de performance pendant la partie, elles améliorent leur niveau de récupération. « On veut s’assurer qu’il y ait une progression et qu’on atteigne un niveau de forme physique spécifique au sport à un certain moment, comme lors d’une compétition », mentionne Mme Asselin. Pour la composante cardiovasculaire, elle conseille un entraînement par intervalles, parce que les temps de jeu sont relativement courts durant la partie. Ainsi, le corps est capable d’atteindre rapidement de hautes intensités dans l’action, mais il récupère rapidement après.

 

Un sport complexe qui impressionne

Pour les joueuses, bien connaître le fonctionnement du jeu évite aux équipes d’être pénalisées et garantit un jeu équitable et plaisant pour toutes. « Nous sommes sept arbitres et NSO (« non skating officials »), qui sont des arbitres sans patins. En plus, il y a deux personnes au comptage des points, trois aux pénalités et quelques-unes au centre pour les communications. Finalement, il y a des gens attitrés pour prendre en note le nom des joueuses. On est une grosse équipe! », témoigne Andrée-Anne Gagnon, arbitre pour la ligue de Québec. Les statistiques, les pénalités et les points sont ainsi comptabilisés en direct.

Le roller derby connaît un regain de popularité depuis le début des années 2000, où l’on constate une évolution importante de ce sport qui régnait en maître dans les années 50. « Notre roller derby, c’est une nouvelle version. Elle évolue dépendamment de ce qui s’est passé durant l’année », explique Noémie Gonzalez, joueuse blessée. Les règles sont revues à chaque année. Il y a toujours de nouvelles stratégies et des équipes qui essaient ou qui développent constamment de nouveaux éléments. « C’est un sport très dynamique sur cet aspect-là aussi », ajoute-t-elle.

Les joueuses sont d’ailleurs très impliquées dans leur sport et prennent elles-mêmes en charge l’ensemble de l’organisation. Pour développer la cohésion entre les membres de l’équipe et pour jouer de manière sécuritaire, les entraînements de groupe sont essentiels. « On a effectivement deux pratiques générales de ligue par semaine, plus une pratique supplémentaire pour l’équipe de route, c’est-à-dire celle qui voyage pour représenter la ligue et qui est classée dans la WFTDA, le classement de l’organisation internationale », détaille Mme Gonzalez. Les joueuses sont également responsables des activités de la ligue, puisqu’il s’agit d’une association sportive auto-suffisante et indépendante.

Les liens d’amitié et de confiance sont tangibles entre les joueuses qui se surnomment de manière originale, parfois même grivoise. Ainsi, le roller derby moderne est un sport athlétique qui demande rigueur et discipline, mais les équipes n’hésitent pas à mettre l’accent sur son aspect théâtral et divertissant, parce que c’est ce qui le différencie des autres sports de compétition. 

Selon la joueuse Noémie Gonzalez, le respect du nom de jeu de chacune est primordial au sein d’une équipe. (Crédit photo : Marie Boulet-Côté)