Mais qu’est-ce qui poussent les pays qui ne connaissant pas ou peu de saison hivernale à participer aux JO d’hiver ? En quoi est-ce important pour eux ? Il y a déjà peut-être un premier élément de réponse dans l’histoire même des Jeux olympiques d’hiver.
La première édition a lieu en 1924 à Chamonix, en France. À cette époque, seules des nations européennes, ainsi que les États-Unis et le Canada, y participent. La création de ces Jeux vise notamment à stimuler le tourisme dans les stations alpines, particulièrement en Europe.
Cette progression est rapidement interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Les éditions prévues en 1940 et en 1944 sont annulées. Les Jeux d’hiver vont alors connaître un regain de popularité dans les années 1950. L’essor de la télévision accroît leur visibilité et favorise la participation d’un nombre croissant de pays, tandis que de nouvelles disciplines se développent.
Cette expansion se confirme dans les décennies qui suivent. Les années 70 sont notamment marquées par les Jeux de Sapporo, au Japon. Pour la première fois, les Jeux olympiques d’hiver se tiennent en Asie, marquant ainsi une ouverture vers de nouvelles régions du monde et l’émergence de nouveaux pays.La chute de l’URSS et de la Yougoslavie amplifiera cet engouement international, comme l’explique Yann Roche, professeur au Département de géographie de l’UQAM.

Un tournant important survient ensuite en 1994, lorsque le Comité international olympique décide d’alterner les Jeux d’hiver de ceux d’été, qui étaient auparavant organisés la même année. Pour Florent Lefèvre, stagiaire postdoctoral au Département des sciences de l’activité physique à l’UQAM, cette décision a permis d’augmenter la visibilité des jeux d’hiver et d’attirer un public plus large.
Aujourd’hui, près d’une centaine de pays envoient des athlètes aux Jeux olympiques d’hiver. On observe notamment une participation croissante de nations sans grande tradition dans les sports d’hiver.
Bien qu’au fil du temps, le nombre de pays participant aux Jeux olympiques d’hiver ait augmenté, le noyau des nations médaillées demeure sensiblement le même. Même si certains pays d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie participent davantage, les médaillés proviennent le plus souvent d’Europe, d’Amérique du Nord, ainsi que de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud.
« Comparativement aux Jeux d’été, ce n’est pas un événement aussi universel.»
— Yann Roche
Pour ces pays en quête de visibilité, leur participation au JO d’hiver est souvent une question d’opportunité, tant le parcours des athlètes qui les représentent est singulier. Plusieurs sont originaires de ces pays, sans toutefois y résider. Bien souvent, ils vivent, depuis leur jeune âge, en Europe ou en Amérique du Nord, où les sports d’hiver sont bien implantés. C’est le cas de plusieurs athlètes des Jeux de Milan-Cortina.
*Cette carte n’est pas une liste exhaustive des athlètes participants aux JO de Milan-Cortina.
Il faut dire que dans leurs pays de résidence, la concurrence est forte, ce qui peut compliquer l’accès aux grandes compétitions pour certains athlètes. Toutefois, ce n’est pas la seule raison derrière leur choix de représenter un autre pays : l’identité, la culture, la mémoire sont des facteurs importants dans le rattachement à un pays.
Pour les athlètes qui résident, en revanche, dans les pays chauds, la situation est souvent bien différente. N’ayant pas accès à certaines installations, ils se délocalisent ponctuellement dans l’année pour s’entraîner. Leurs entraînements sont consacrés aux Jeux olympiques et ils ne participent que très rarement aux circuits des différentes coupes du monde des disciplines des JO d’hiver.
Peu importe l’endroit où ils résident, ces athlètes qui prêtent leur allégeance sportive à ces nouveaux pays sont souvent laissés à eux-mêmes. « Ce n’est pas une démarche étatique et c’est rarement le cas […] ce sont vraiment des cas individuels, souvent ils vont se financer par eux-mêmes, etc. », affirme Yann Roche.
Néanmoins, depuis 1992, le Comité international olympique (CIO) a mis en place une offre d’aide financière et technique pour les athlètes qui se préparent aux éditions à venir des Jeux olympiques. En 2010, cette aide a été élargie aux Jeux d’hiver. Le CIO cherche ainsi à s’assurer que tous les athlètes aient la même chance de participer.
Impact symbolique
La présence de nouveaux pays comme le Bénin ou Haïti aux Jeux olympiques d’hiver suscite régulièrement l’attention. Pourtant, cette participation a rarement des retombées concrètes sur leur position dans le monde des sports d’hiver.

Dans la majorité des cas, elle ne s’accompagne ni du développement d’une véritable tradition sportive ni de la mise en place de programmes durables. « Les retombées sont le plus souvent anecdotiques », souligne Yann Roche. Même constat pour Forent Lefèvre. L’arrivée de nouveaux pays à chaque édition des Jeux olympiques d’hiver joue surtout un rôle dans le marketing du Comité international olympique.
Certains pays parviennent néanmoins à se tailler une place dans des disciplines précises. La Jamaïque en est un exemple marquant. Depuis sa première participation en bobsleigh en 1988, elle a pris part à plusieurs éditions des Jeux. Malgré cette présence régulière, cette nation peine encore à rivaliser avec les grandes puissances des sports d’hiver.
Mais cette quête de la représentativité des pays du Sud sur le plan international pourrait être retenue dans son élan. Si l’arrivée de nouveaux pays aux Jeux olympiques d’hiver peut être perçue comme un signe de prospérité pour l’événement, Yann Roche rappelle l’importance d’anticiper l’avenir. Car, selon lui, les changements climatiques et les coûts de plus en plus élevés liés à l’organisation de l’événement risquent de faire disparaître plusieurs disciplines.





















