| Dans ce dossier, nous utilisons le terme « autiste » ou « personne autiste » pour désigner une personne qui a reçu un diagnostic de Trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ce vocabulaire est préconisé par la communauté depuis 2025 selon la Fédération québécoise de l’autisme (FQA) et l’Alliance canadienne de l’autisme, notamment pour éviter toute stigmatisation liée au diagnostic. Ces termes sont d’ailleurs mieux appréciés par les personnes autistes selon une étude sur la neurodiversité. Pour en savoir davantage, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et la FQA ont élaboré trois capsules qui permettent d’expliquer le vocabulaire privilégié, les insultes possibles et la différence. |

Dans l’univers médiatique (films, séries et réseaux sociaux), les autistes avec du soutien léger sont davantage représentés, indique Lili Plourde, directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme (FQA) : « On voit plus les personnes avec des besoins à soutien léger à la télé. Alors, on oublie les personnes avec des grands besoins ». À son avis, il y a alors moins de reconnaissance des défis que ces personnes peuvent rencontrer pour se rendre dans la sphère médiatique, une apparence amplifiée pour les autistes à grands besoins. C’est une « image faussée de la diversité de l’autisme », selon Guillaume Dumas, neuroscientifique et professeur en psychiatrie computationnelle à l’Université de Montréal.
Vidéo explicative faite par Élyse Riverin / L’Exemplaire à l’aide des informations de l’Association québécoise des neuropsychologues (AQNP), de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), de la Fédération québécoise de l’autisme (FQA) et de rencontres avec Stéphanie Fecteau, Brigitte Harrisson et Guillaume Dumas.
Valérie Jessica Laporte, créatrice de contenu et conférencière, et Stéphanie Fecteau, chercheuse au Groupe de recherche pour les adolescent·e·s et adultes autistes (GRAADA), croient que la meilleure représentation de l’autisme est la diversité. Par exemple, dans l’émission Facteur A diffusée à Radio-Canada, les 25 personnes autistes sélectionnées pour discuter avec une personnalité publique québécoise sont tous différents et présentent une grande partie du spectre de l’autisme. Cette diversité des profils permet d’éviter une stigmatisation de la condition autistique, selon Mme Laporte.
« Le monde devrait être représenté comme il est, partout! »
— Valérie Jessica Laporte.

Toutefois, comme l’autisme est un spectre, il peut être difficile de montrer toute sa diversité, d’autant plus qu’une partie des autistes est non verbale ou ne désire pas être incluse socialement. C’est ce que dénonce Brigitte Harrisson, co-fondatrice de SACCADE, Centre d’expertise en autisme. Étant elle-même autiste et l’une des premières personnes adultes diagnostiquées au Québec, elle remarque que le combat de l’inclusion sociale vient uniquement des autistes verbaux présents dans les médias et des proches des personnes autistes. Ceux ayant les « critères de base » de l’autisme cherchent uniquement une qualité de vie.
Selon tous nos intervenants, il reste nécessaire dans les séries, les films et sur les réseaux sociaux qu’il y ait une diversité de tous les profils d’autisme : « Il y a autant de différences d’autistes que de personnes », précise M. Dumas.
Démocratiser l’autisme

Un des moyens d’aller chercher de la visibilité pour démocratiser l’autisme est la présence sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Valérie Jessica Laporte qui est présente sur Facebook, Instagram, Tik Tok et Youtube. Par son approche, elle souhaite dédramatiser l’autisme et créer des ponts avec son auditoire pour ouvrir le dialogue.
Cette présence médiatique permet aux Québécois d’avoir plus d’empathie, selon M. Dumas. En fait, plus il y a une exposition à la neurodiversité et aux handicaps, plus il y aura de tolérance envers les personnes neuroatypiques. Il précise tout de même que les médias en général favorisent les autistes verbaux et avec un soutien léger, ce qui biaise la représentation du spectre de l’autisme.

« La stigmatisation est plus en lien avec l’ignorance. »
— Guillaume Dumas.
L’augmentation des informations et de la visibilité de l’autisme sur les réseaux sociaux a entraîné également une hausse des diagnostics, particulièrement chez les adultes. Cela amène plusieurs questionnements sur les limites du spectre autistique, notamment chez les femmes dont les signes s’expriment différemment selon plusieurs neuroscientifiques dans le documentaire québécois Autisme au féminin.
Mme Harrisson indique qu’il est maintenant complexe d’obtenir des informations fiables sur l’autisme, car elles sont très nombreuses et parfois fausses, alors que les limites du spectre de l’autisme sont de moins en moins claires. De plus, puisque la «population à étudier n’est plus homogène», cela complexifie les recherches et l’acquisition de connaissances.
Par ailleurs, le manque de ressources empêchent les adultes d’aller chercher un diagnostic dans le service public, selon les témoignages. C’est pourquoi on trouve des « autodiagnostics » d’autisme léger de la part des auditeurs, indique Mme Plourde. Mme Harrisson croit que cette autodéfinition et l’accessibilité à des tests diagnostiques en ligne viennent de la « recherche d’une particularité ».
Ainsi, les « autodiagnostics », la pluralité d’informations et la diversité affectent la vision de l’autisme, parce qu’il y a alors une difficulté d’identification de l’autisme et une remise en question des diagnostics, indiquent Mme Harrisson et Mme Plourde. Selon ces dernières et M. Dumas, la présence de l’autisme avec soutien léger minimise les besoins de la condition neurodéveloppementale, surtout ceux ayant de plus grands besoins ou ceux qui ne sont pas représentés dans l’univers médiatique.
Stéréotypes

Pour répondre aux besoins de représentation et de soutien des autistes, certaines compagnies commercialisent des produits qui peuvent perpétuer les stéréotypes. C’est le cas de la poupée Barbie autiste par la compagnie Mattel. Sorti en janvier 2026, elle a été conçue en collaboration avec l’association Autistic Self Advocacy Network (ASAN) «afin de représenter les manières courantes dont les personnes autistes peuvent vivre, traiter et communiquer avec le monde qui les entoure», d’après le communiqué de Mattel.
La Barbie ne fait toutefois pas l’unaminité sur les réseaux sociaux, puisque l’autisme est un handicap invisible et que les traits de la poupée peuvent être «stéréotypés». Du point de vue de Mme Harrisson, «l’histoire de la poupée n’est pas représentative de l’autisme; elle est représentative d’une catégorie qui est actuellement plus entendue que d’autres». L’objectif est alors une représentation de l’autisme et une ouverture du dialogue bien que la poupée ne soit pas parfaite, précise Mme Plourde et Mme Laporte.
Mme Fecteau est du même avis. Elle souhaite que l’intention des produits commercialisés soit de sensibiliser et d’inclure la neurodiversité. Elle donne l’exemple des produits « Différent comme toi » de la Fondation Véro & Louis, dont la mission est de « favoriser l’inclusion sociale des adultes autistes » à travers le mouvement médiatique et le financement des Maisons Véro & Louis pour les adultes autistes.

« C’est de voir l’intention derrière, l’utilité et l’utilisation qui sont faites. »
— Stéphanie Fecteau.
Mme Fecteau croit que c’est à travers une diversité de réalités, de besoins et de physiques que la société s’approche d’une réelle inclusion et d’une sensibilité envers la neurodiversité. Ainsi, bien que la Barbie autiste transpose « maladroitement » les stéréotypes de l’autisme, l’intention derrière est bonne. M. Dumas mentionne aussi qu’il ne faut pas profiter de la détresse liée à une condition : « Pour moi, ce que je condamnerais serait de faire de l’argent sur le dos des gens qui ont déjà des problèmes ». Et Valérie Jessica Laporte d’ajouter que « tout objet peut transmettre une vision stéréotypée de quelque chose. Le risque n’est jamais nul, mais ça s’applique à tout. »
Selon tous les intervenants, la Barbie autiste doit représenter la communauté, notamment en utilisant des caractéristiques spécifiques utilisées par une grande partie des personnes autistes, soit des objets sensoriels, un casque anti-bruit, un regard qui évite le contact direct, une tablette de communication et des articulations pour faire des mouvements répétitifs.
Le stéréotype d’une personne autiste, tant dans l’univers médiatique que commercial — cinéma compris —, consiste à afficher une représentation de l’ensemble des caractéristiques autistiques dans un seul personnage cinématographique, mentionne Mme Laporte. Il est difficile de voir une représentation juste et équitable de la société, sans amplifier la condition et les particularités atypiques : « On peut-tu juste nous voir comme un humain normal? »
Diaporama créé par Élyse Riverin / L’Exemplaire sur l’application Canva.
Le mois de l’autisme en avril a amené une plus grande visibilité de l’autisme dans les médias et sur les réseaux sociaux. Cette représentation, positive ou négative, va continuer à faire évoluer la vision de l’autisme dans la société, comme elle l’a fait depuis le début des années 2000. Toutefois, l’autisme reste associé à la santé mentale, notamment par la violence d’élèves à besoins particuliers dans les écoles, souligne Mme Plourde. Cette association peut impacter les chances de se trouver un emploi pour les adultes autistes, selon elle. De son côté, Mme Harrisson insiste sur le désir d’une meilleure qualité de vie pour les personnes autistes.
C’est pour cette raison que Valérie Jessica Laporte souhaite plutôt parler de «condition autistique» sur ses réseaux sociaux, pour minimiser les impacts professionnels et personnels qui résultent de la stigmatisation. D’ailleurs, tous les intervenants, à l’instar de Stéphanie Fecteau, rappellent que l’autisme n’est pas un « problème à résoudre », comme le montre parfois l’utilisation de la pièce de casse-tête, mais bien une manière différente de voir la société.























