Exemplaire : Média-école des étudiants en journalisme

Média-école des étudiants en journalisme

Le survivalisme ou la créativité au profit de la survie

13 mai 2018 - 20:39

Walter Ferguson apprécie toujours le contact direct avec la nature et n’hésite pas à s’investir totalement pour la voir de près. (Crédit photo : Malika Schneider)


Roxane St-Pierre Rousseau

Les personnes qui, un peu partout, s’adonnent au survivalisme, s’exercent à la débrouillardise et en savent beaucoup sur les ressources insoupçonnées du quotidien. Walter Ferguson, fondateur de Groupe Mont Gris Canada fait partie de ceux qui veulent montrer comment exploiter les ressources de la bonne façon.

Le dictionnaire Merriam Webster définit le survivalisme comme « une attitude, une politique ou une pratique basée sur la primauté de la survie en tant que valeur ».

Selon monsieur Ferguson, « le survivalisme, c’est se sortir d’une manière positive d’une situation potentiellement mortelle, de manière positive, mais temporaire ». Il se fait régulièrement approcher en se faisant demander où sont son bunker ou ses armes, comment il vit au quotidien, alors que la réalité pour lui est tout autre. En effet, sa survie se passe en forêt, ce qui s’avère bien différent du contexte désertique où les protections sont peu nombreuses. Il explique que le survivaliste se trouve entre deux avenues, l’une plus extrême que l’autre, mais Walter Ferguson choisit la voie humaine :

Une question de créativité

Le fondateur de Groupe Mont Gris Canada organise à longueur d’année des défis de survie en forêt pour former, instruire et divertir les personnes intéressées à apprendre de nouvelles techniques, mais surtout à instaurer ce type de changements dans leur vie quotidienne. Ces changements sont variés. Il peut s’agir de la façon de ranger sa nourriture ou de percevoir le monde qui les entoure. Monsieur Ferguson vit selon une liberté qu’il a acquise au fil de sa vie et ne répond pas aux préjugés, comme la peur de la fin du monde ou des zombies, qui ressortent souvent sur la notion de survivalisme.

Une majeure partie de ce qu’il fait revient à exploiter d’une manière créative les ressources qui l’entourent de la bonne manière. C’est aussi simple que de faire pousser plusieurs de ses aliments ou de démonter un appareil électronique pour comprendre son fonctionnement. Tout est une occasion de tester ses connaissances :

« Quand j’ai une crevaison, je vois une nouvelle manière de tester une nouvelle approche pour aller plus vite encore, plus efficace, ou ça me donne une occasion de montrer à ma conjointe ou à un ami », dit-il.

Ce sac n’est pas celui qu’il prend pour de grosses expéditions, mais il contient plusieurs éléments utilisés dans son quotidien.

Un sac simple comme celui-ci peut contenir beaucoup de matériel que monsieur Ferguson considère comme de base. (Crédit photo : Malika Schneider)

Un phénomène qui remonte à loin

Le phénomène du survivalisme n’est pas une nouveauté. Certains sont plus extrêmes, comme ceux qui possèdent de nombreuses armes ou qui sont plus fatalistes, mais la tendance au Québec demeure celle de ceux qui veulent savoir comment se débrouiller en toute circonstance.

Emiliano Scanu, postdoctorant en études urbaines à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) explique que les mouvements de ce type ont connu un pic dans les années 1970, à la suite de la publication de l’étude The limits to growth, sur le manque de ressources naturelles.

« Cette étude montrait que les ressources de la terre allaient s’épuiser rapidement sans une maîtrise, voire une réduction, de la croissance économique et démographique. Cette possibilité d’un effondrement économique et politique a porté des gens sur la voie du survivalisme, il s’agissait d’être en mesure de survivre sur une planète exsangue et sans une organisation politique », explique-t-il.

C’est donc une notion de retour aux sources et de la capacité d’être indépendant et autonome.

« C’est aussi vieux que l’humanité. Il y a toujours eu des gens qui ont été plus prévoyants que d’autres », précise Walter Ferguson.

Acquérir une liberté d’action

Walter Ferguson a un parcours atypique qui lui a permis d’acquérir cette liberté dont il est fier et qu’il connaît depuis son enfance, en raison de son environnement familial. « J’ai toujours été très libre dans mes actions. J’ai lu beaucoup de livres », explique-t-il. Il ne considère pas ce qu’il fait comme son métier, puisque c’est ce qu’il aime faire le plus : aider les gens et aller vers eux.

Il considère très important de s’instruire sur différents sujets, car cela fait partie du survivalisme et qu’il ne suffit pas de savoir comment se débrouiller en forêt. Au contraire, il considère qu’il est important d’apprendre sur les autres et sur une grande variété de sujets qui permettent de vivre de cette manière. Il ne vit pas très différemment des autres, mais pour lui, il suffit de trouver un équilibre et c’est également une façon d’exploiter la créativité qu’il a toujours eue, et ce, au quotidien.

« Je fais tout pour essayer de me perdre, parce que c’est le fun », ajoute Walter Ferguson.

Le fondateur de Groupe Mont Gris Canada a toujours su utiliser sa liberté et fait ses choix pour la conserver, pour vivre dans un quotidien qui le satisfait. (Crédit photo : Malika Schneider)

Un intérêt à l’international

Les cours et les activités données par monsieur Ferguson intéressent des gens de toutes les nationalités. En effet, son « mur des célébrités » indique les signatures de tous ses étudiants qui proviennent autant du Québec, l’île de la Réunion, la France, la Californie, la Tanzanie et même du Cameroun. Il y a également des personnes de tous les âges qui peuvent y participer. Des enfants aussi jeunes que six ans et des personnes plus âgées dans la soixantaine se présentent pour relever les défis et apprendre, non seulement sur le survivalisme, mais aussi sur eux-mêmes. Ces cours sont variables, mais monsieur Ferguson explique que le défi de survie 24 h est bien populaire pour ceux qui désirent sortir de leur zone de confort.

Il ajoute que les allées et venues des étudiants se font de manière plus fréquente en hiver, mais que l’actualité et la proximité des nouvelles ont un impact sur le nombre d’étudiants.

« Les gens, j’aime qu’ils découvrent l’endroit qu’ils ne connaissaient pas avant. C’est pas moi qui va vendre ce que je fais. C’est mes étudiants qui vont le vendre. Ils ont vécu quelque chose, une grande majorité d’eux », résume-t-il.