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L’application de la Loi interdisant les produits en plastique à usage unique sera retardée

6 mai 2021 - 19:20

« Il y avait tellement d’initiatives qui avaient été déployées pour réduire l’utilisation de produits à usage unique avant la pandémie et tout ça a été halté », déclare Louise Hénault-Ethier, cheffe des projets scientifiques à la fondation David Suzuki. (Crédit photo: Dina Jehhar)


Dina Jehhar, Mathieu Fournier, Mélissa Gaudreault

Alors que certains espéraient, au début de la pandémie, que l’environnement se porterait mieux parce qu’on pouvait apercevoir de dauphins dans le Grand Canal de Venise, les experts soulignent que le recours massif aux produits à usage unique, comme les masques, les gants et les contenants jetables sont de nouvelles habitudes qui ralentissent les réformes environnementales qui avaient été faites pré-Covid. Daniel Bregha, spécialiste des sciences physiques au sein de la division des plastiques et déchets marins du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, confirme que la mise en place de la Loi interdisant l’utilisation de certains produits en plastique prendra du retard en raison de la pandémie.

Adoptée en janvier 2020, la Loi canadienne bannissant l’utilisation de certains produits à usage unique en plastique devait entrer en vigueur avant la fin de l’année 2021. Toutefois, selon l’expert en sciences physiques, Daniel Bregha, le gouvernement de Justin Trudeau évalue l’augmentation de la quantité de produits en plastique utilisés pour faire face à la Covid-19 et essaie de déterminer comment appliquer la loi dans ce contexte. L’expert ajoute que les conditions sanitaires engendreront un retard dans l’application des réglementations, mais que le gouvernement n’est pas encore en mesure d’estimer quand la loi sera officiellement mise en place.

Le ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada a spécifié les objets visés par la Loi en octobre 2020 : seuls les six produits suivants devaient être bannis durant la première phase du projet Zéro déchet de plastique d’ici 2030.

Ces six produits à usage unique en plastique devraient être bannis au Canada d’ici la fin 2021. (Infographie: Dina Jehhar, via Canva // Source de l’information: Ministère de l’Environnement et des Changements climatiques du Canada)

En dépit de la situation, M. Bregha affirme que l’objectif du gouvernement fédéral demeure le même : atteindre un seuil de zéro déchet en plastique d’ici 2030. Toutefois, pour lui, le but du ministère est de mettre en place des politiques qui priorisent l’environnement tout en répondant aux besoins de la population.

« Nous sommes conscients des conditions spéciales de certains citoyens canadiens et nous voulons éliminer le plastique sans leur rendre la vie difficile. » – Daniel Bregha

Pour ce qui en est des nouveaux produits en plastique à usage unique, comme les masques et les gants de protection, le spécialiste renvoie la balle dans le camp des gouvernements provinciaux et territoriaux qui sont responsables de la gestion des « produits de protection à usage unique ». Il rappelle, toutefois, que le gouvernement fédéral collabore déjà avec 1200 groupes environnementaux pour analyser les impacts environnementaux de la pandémie et proposer des suggestions de méthodes de gestion aux provinces et territoires.

Il y a eu un changement de mentalité

Pour Louise Hénault-Ethier, cheffe des projets scientifiques à la fondation David Suzuki, la réalisation des études et les analyses sur la manière de gérer ces matières résiduelles en plastique devrait se faire plus rapidement.

« Quand le gouvernement oblige les écoles à fournir à tous les élèves deux masques de procédures à usage unique par jour, il doit aussi arriver avec une solution pour s’en débarrasser. » – Louise Hénault-Ethier

Selon Mme Hénault-Ethier, les instances gouvernementales du Québec devaient proposer une « meilleure caractérisation des impacts environnementaux des systèmes de protections personnelles à usage unique ». Elle affirme que le gouvernement aurait dû déterminer au préalable la démarche la plus sécuritaire et la plus écologique pour se débarrasser des masques après leur usage et non laisser les établissements sans réponse.

La pandémie de la Covid-19 a eu un impact environnemental important non seulement du côté de l’augmentation de l’utilisation des produits à usage unique, mais également d’un point de vue de changement des mentalités, ajoute la spécialiste :

« On est un peu revenu en arrière en termes de mentalité, on est revenue à re-craindre les enjeux de salubrité autour des emballages alimentaires. » – Louise Hénault-Ethier

Elle explique, qu’au début de la pandémie, il y avait un enjeu lié au fait qu’« on ne connait pas l’ennemie [auquel] on fait face », mais qu’avec le temps, les chercheurs ont confirmé que la salubrité alimentaire n’est pas le premier vecteur de transmission du virus. Pour elle, « on n’est pas obligé de retourner de façon indéfinie vers le jetable ».

La chercheure de la Fondation David Suzuki suggère que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) aurait peut-être pu déterminer une norme de protection minimale pour les masques réutilisables, par exemple. Cela aurait incité les artisans locaux auraient été incités à faire tester les masques réutilisables qu’ils confectionnent afin de confirmer que ceuxi-ci répondent aux normes de protection.

« Ça aurait non seulement réduit la surconsommation des masques à usage unique, mais ça aurait également pu stimuler notre économie locale et protéger notre environnement contre les industries du plastique qui ont eu le beau jeu durant la pandémie. » – Louise Hénault-Ethier

Des contenants pour emporter biodégradables

Si les masques font maintenant partie du quotidien de tous les québécois, les contenants de nourriture pour emporter eux aussi sont de plus en plus courants. Jean-François Saine, fondateur du restaurant Foodchain à Montréal, affirme que la pandémie l’a forcé investir dans une plus grande quantité de contenants pour emporter. N’ayant plus la possibilité d’accueillir des clients à l’intérieur des restaurants, les restaurateurs québécois se doivent d’offrir des services pour emporter ou de livraison afin de survivre, résume l’entrepreneur.

Une hausse de l’utilisation des produits jetables est remarquée à Montréal. (Crédit photo: Dina Jehhar)

Toutefois, pour M. Saine, l’empreinte écologique de son entreprise est très importante ce pourquoi sa compagnie a toujours offert des contenants et des ustensiles biodégradables.

« Nous savions, depuis le début, que des contenants biodégradables seraient plus dispendieux, mais notre impact écologique nous a toujours tenu à cœur. » – Jean-François Saine

L’entrepreneur, qui a fondé Foodchain il y a cinq ans, se dit contant d’avoir pris une telle initiative avant la mise en application de la Loi fédérale. Il déclare qu’il n’aura pas à repenser son offre de service pour emporter, comme d’autres restaurateurs qui optent présentement pour des contenants en plastique et qui devront potentiellement changer de fournisseur bientôt.